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Hassan Kettani
est un jeune homme à qui on donnerait le bon Dieu sans confession.
La trentaine à peine consommée, le vestimentaire d'une élégance
islamiste raffinée, un souci évident du paraître,
le ton calme, le verbe, apaisé, généralement accompagné
d'un sourire entendu, on en arrive à croire que derrière
une barbe afghane ne se cache pas forcément un afghan. Le discours,
fondamentalement et hermétiquement islamiste, est enrobé
dans un langage de distanciation politique totale et permanente. Pas l'once
d'une virulence verbale ou d'un froncement de sourcils.
Copiage
Et pourtant,
Hassan Kettani s'est payé le luxe, à son corps défendant,
dit-il, de faire la Une de certains titres de presse, pendant la basse
saison journalistique.
Pendant les mois de juillet-août, et jusqu'à maintenant,
on lui attribue la paternité d'un groupuscule violent du nom de
Salafia Aljihadia".
Les énergumènes accusés d'avoir commis des crimes
abjects, au nom d'un intégrisme aussi nébuleux que sanguinaire,
lui ont été également comptabilisés. Égorgements,
torture à mort, vivisection à coups de sabre, corps dépecés
jetés dans des puits, les forfaits sont décrits dans leurs
détails macabres, les tronches inquiétantes et les itinéraires
caverneux de leurs auteurs affichés et reconstitués. Certains
marchands ambulants de mixtures douteuses, entre autres marginaux en rupture
de ban, se sont même fait bombarder émirs". Un
copiage pas très imaginatif. Ce n'était vraiment pas de
nature à rassurer. Ce qui ne devait jamais arriver dans un Maroc,
historiquement et sociologiquement immunisé contre le chaos intégriste,
était en train de nous tomber sur la tête, se demande-t-on,
avec angoisse. La boule de neige sang et prêche, qui ravage nos
voisins, est dans nos murs. Ce n'est pas encore la panique, mais un début
de psychose perceptible qui s'installe.
Cette menace cauchemardesque, en phase de prendre forme, semble-t-il,
n'a pas que les visages de ses sinistres exécutants. Elle aurait
aussi le visage de celui qui passe pour en être la figure de proue,
le maître à penser, l'instigateur, certains iront même
jusqu'à en faire le commanditaire. Qui est-il, ce Hassan Kettani,
subitement sorti de son préchoir pour être présenté
comme une sorte de Ben Laden national?
Filiation
Porter le
nom de Kettani est déjà tout un programme, enfin une longue
histoire. La saga des Kettani traverse plus d'un siècle et demi
du Maroc contemporain, avec une ligne de continuité en matière
de théologie islamique; mais aussi avec des incursions fréquentes,
souvent conflictuelles, dans le champ politique.
Les Kettani ont toujours succombé à l'appel de l'Orient.
Des membres de la même filiation y ont émigré dès
la deuxième moitié du dix-neuvième siècle.
Certains en sont revenus, d'autres pas.
Le grand père et le père de Hassan Kettani n'ont pas échappé
à cette tradition familiale. Le premier, Mohamed Al Mountassir
Kettani, était professeur universitaire en Arabie Saoudite, conseiller
du Roi Fayçal et fondateur de la Rabita (Alliance) internationale
des Oulémas. Le père, Ali Al Mountassir Kettani, a suivi
presque le même parcours. Ingénieur en électricité
et enseignant dans un institut spécialisé à Jeddah
et à Winnipeg, il avait la militance islamiste discrète,
sans autres signes extérieurs.
C'est dans ce milieu, tout en pesanteur transmissible, imprégné
de science, de religiosité et d'implication sociale aux interférences
politiques inévitables, que naquit Hassan Kettani. Sa voie était
tracée, comme si un Kettani ne pouvait pas échapper à
son destin.
Né à Salé, en 1972, il part très tôt
avec son père à Jeddah où il obtient le baccalauréat.
De retour au Maroc, il sinscrit à lInstitut anglais
des hautes études où il décroche un diplôme
de gestion. Il repart ensuite à Amman pour un master
de théologie et philologie islamiques. Durant toute son enfance
et sa prime jeunesse, il a beaucoup voyagé avec son père
qui était un véritable globe-trotter.
Mekka
Des pérégrinations
à travers le monde musulman et occidental qui lont conduit
à rencontrer des oulémas de différentes nationalités.
Son enracinement dans ses convictions islamistes est définitif.
Hassan Kettani sera un prédicateur professionnel, dûment
attitré par le ministère des Habous et des Affaires islamiques.
Cest à la mosquée Mekka, à Salé,
quil prodigue ses prêches tous les vendredis. Salé
nest pas seulement son lieu de naissance, mais le siège de
la Zaouia Kettania fondée par ses ancêtres. Hassan Kettani
est présenté comme un incitateur à la violence la
plus infâme, sous couvert dislamisme. Il faut dire que ses
préches sont courus par tout Salé et même dailleurs.
Le jeune imam ne se contente pas de ce succès hebdomadaire. Il
fait de la moralisation de proximité et même à domicile,
dans les quartiers pauvres de Salé. Hassan Kettani attire lattention
aussi bien des services concernés que pas concernés. La
découverte des crimes à motivation intégriste accroît
les soupçons.
Ses leçons religieuses sont considérées comme des
discours politiques, et son engagement moralisateur assimilé à
de lactivisme recruteur. Le samedi 23 août 2002, la mosquée
Mekka est fermée, pour, officiellement, raison de travaux
de réfection.
Lui-même se fait signifier son interdiction de prêche. Il
est plus dune fois convoqué et entendu par les responsables
de la sécurité. Mais il nest pas pour autant retenu
en détention, ni même gêné dans ses mouvements
de vie normale.
Il est donc visible. On peut même lapprocher. MHI est allé
le voir et lécouter, pas à Guantanamo, mais chez lui,
à Souissi, quartier chic de Rabat.
La maison familiale est un petit palais. Dans lun des salons où
on est reçus, un petit deux-pièces cuisine pourrait
être aménagé. Des motifs peints sur bois couvrent
dimmenses plafonds, des petits carreaux fluorescents, aux couleurs
harmonieuses, courent sur les murs en bas relief, le tout dun seul
tenant. Il ny a pas de doute, on est chez des gens aisés.
Il ne manque que les serveurs en cols blancs. Le maître des logis
n'en a pas, pas plus quun quelconque gardiennage aux portes. Il
reçoit et sert le thé lui-même. Il est vrai que les
Kettani ne sont pas dans la dèche. Mais tout de même, que
va-t-on faire dans une galère islamiste lorsquon est si confortablement
installé ?
Suspicion
Et puis
que fait Hassan Kettani en dehors du vendredi de prêche et du message
islamiste livré à domicile ? En Businessman certainement
averti, il soccupe de ses affaires. Autre source de suspicion dont
il fait lobjet : n'est-il pas un imam engagé, doublé
d'un pourvoyeur de fonds? Si tel était le cas, il ne serait probablement
pas en liberté.
L'entretien commence sur un questionnement direct, sans détours
ni fioritures. Etes-vous le chef spirituel de la salafia Aljihadia"?
Etes-vous l'instigateur d'actes de violence directement ou indirectement
inspirés de vos prêches? On se doutait bien que les réponses
à des questions aussi compromettantes ne seraient pas affirmatives.
Serait-il un adepte de la violence intégriste qu'il ne l'avouerait
pas à des journalistes motivés par leur seule curiosité
professionnelle.
Hassan Kettani nie tout, en bloc. Mieux. la salafia Aljihadia"
n'existe pas, dit-il. C'est une invention des journalistes. Il affirme
ne pas connaître, non plus, les auteurs des derniers crimes intégristes.
Pour lui, ses prêches ne sont même pas à l'origine
de ces forfaits. C'est la société, dans son infini tissu
de vices et de misère qui en est le terreau. Soit, mais vous, pour
quel type de société êtes-vous, une société
libre comme la nôtre, où les Marocains déjà
musulmans depuis quatorze siècles n'ont pas besoin d'être
ré-islamisés, ou une société fermée,
répressive, une caricature de l'Islam tolérant et pacifique?
Rétrograde
Hassan Kettani
se revendique de la salafia qui, dit-il, est une école de pensée
qui sinscrit dans la droite ligne malékite, aussi vieille
que la venue de l'Islam au Maroc. Aussi, ajoute-t-il, la salafia coule
tellement de source historique continue qu'elle n'a nul besoin de structures
organisées ou de groupuscules constitués.
Hassan Kettani ne serait donc membre ou inspirateur d'aucune forme d'organisation
islamiste. Il se pose en réformateur non-violent. Il est vrai que
les choses à réformer dans notre société ne
manquent pas. Mais comment vivrions-nous, entre nous, si on chargeait
M. Kettani de nous réformer"? Réponse de l'intéressé:
selon la charia.
Et les principes universels des Droits de l'Homme, et la démocratie
dans tout cela? Pour toute réponse qui n'en est pas une, Hassan
Kettani s'en tient toujours à sa charia". Du haut de
ses trente ans, le jeune prédicateur ne donne pas l'impression
d'être un activiste excité ou un agitateur qui appelle à
la violence. Mais le modèle de société qu'il prône
ne peut être perçu autrement que comme un saut en arrière
de plusieurs siècles.
Avec
la collaboration
de Abdellatif El Azizi et Taïeb Chadi
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Un courant
qui a pignon sur rue au Maroc
Salafisme, mode demploi
A en croire
nos leaders islamistes, les Marocains seraient , comme M. Jourdain, des
«salafistes» qui signorent. Le salafisme nétant
quune volonté commune de restaurer l'islam pur des origines
(des «salaf» pour retrouver la foi des prédécesseurs).
En réalité le salafisme a pour idéologie le dépassement
des quatre écoles traditionnelles du droit musulman (hanafite,
malékite, chaféite et hanbalite) pour se conformer à
la source première du Coran et de la Sunna.
Le maître à penser des salifistes est Ibn Taymiyyah, un fondamentaliste
du 13 ème siècle célèbre pour son interprétation
littérale du Coran. Par la suite, le salafisme qui va être
codifié par Mohamed bin Abdulwahhab, va donner naissance au Wahabisme
qui prône lislam rigoriste qui a donné naissance au
phénomène Ben Laden.
Tradition
La prédication
salafiste repose sur quatre piliers: le monothéisme absolu, l'adhésion
étroite au modèle transmis par les deux sources indiscutables
de l'islam, le Coran et la sunna, l'unicité parfaite de Dieu, l'obligation
d'intégrité et de droiture, le rejet de la corruption et
de l'hypocrisie et enfin la purification constante de l'âme par
la conformité stricte à la loi divine. Dune manière
générale, cette obligation de pureté, impose un double
jihad cautionné par les docteurs de la foi.
Lindividu doit pratiquer le jihad contre ses propres passions par
un mode de vie strict à la limite de lascèse et le
jihad contre toutes les formes de vie impies.
Ascèse
Les salafistes
qui prônent la violence ne sont pas légion puisque la plupart
se contentent de mener leur vie personnelle en conformité avec
celle des ancêtres.
Ce qui nempêche pas certains leaders de se soulever contre
lOccident infidèle. Aujourdhui, la doctrine wahhabite,
activiste, est populaire dans un grand nombre de pays musulmans, y compris
au Maroc. Pour le courant salafiste, la notion de « oumma »
ou communauté des croyants sous la férule dun calife
est le seul modèle politique valable et viable.
Si au Maroc, la salafia reste relativement discrète, cest
en Algérie que le courant sest bien installé recrutant
des adeptes surtout dans les quartiers populaires et les périphéries
de certaines villes comme Alger. Le FIS qui a donné naissance au
GIA (Groupe islamique armé), mène la guerre sainte
au nom de principes salafistes.
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