Moussem culturel d'Asilah
Priorité au dialogue

La 24ème édition du Moussem culturel d'Asilah est organisée du 26 juillet au 18 août 2002. Elle sera ponctuée par deux grands événements, la 17ème université d’été Al Mouatamid Ibn Abbad et le 7ème Forum culturel
arabo-africain.

Mahjoub Haguig

 

• Mohammed Benaïssa.

 

L’aventure a commencé en 1978, quand Mohammed Benaïssa, encouragé et aidé par des potentialités de la ville, avait lancé une opération de propreté. Onze artistes-peintres avaient alors pris part à l’événement. Les murs de la ville se sont parés de dessins et de grandes fresques colorées. Des jardins multicolores sont apparus sur les murs blancs d’Asilah.
Au fil des années, les empreintes des multiples passages plastiques se sont asséchées, décolorées, avant de céder la place à de nouveles œuvres, fruits de l’ingéniosité d’autres artistes-peintres, venus en grand nombre signer “le livre blanc” de la ville. À l’honneur de la paix, qui règne au sein des ruelles de cette ville séculaire.
Asilah, en effet, résiste depuis plus de cinq siècle, aux influences du temps. Ici, comme pour bon nombre de villes maritimes, le minéral règne en maître. Le dur et le liquide se livrent une petite bataille secrète qui façonne le caractère et la beauté de la ville atlantique.
La valse estivale des artistes-peintres continue depuis et avec elle, les fresques murales apparaissent et disparaissent, cédant la place à de nouvelles créations éphémères. Tel un champ floral, ces compositions surgissent, s’épanouissent, se fanent, se ternissent et s’effacent sous l’effet de l’érosion. En laissant derrière elles des traces de vies.
Chaque année, durant la période, l’étranger ou l’habitant retrouve avec bonheur les ateliers en plein air et accompagne pas à pas l’accomplissement des multiples dessins qui égaient la ville : les rebords des fenêtres, la profondeur des portes, la perpétuelle lutte entre le blanc de la chaux et les couleurs suavement appliquées sur les murets.

Réflexion

Par la suite, les rencontres se sont perpétuées autour de l’art, dans le cadre très attrayant du festival d’Asilah. Chaque année, durant le mois d’août, la ville est prise d’assaut, en plus des festivaliers, par des centaines d’artistes venus prendre part aux différentes activités artistiques du festival. Des intellectuels, des peintres, des chercheurs, des musiciens, des comédiens… tous participent activement à un véritable bal artistique. Au centre de ces rencontres, la réflexion et la création dans toutes ses formes.
L’édition 2002 reconduit le concept initial qui a marqué les précédentes années, avec une attention particulière à la diversification du programme et à son ouverture sur de nouveaux sujets de débats, toujours d’actualités, et de nouvelles formes de la création : la littérature, la peinture, le théâtre et la musique.
Cette année, le Moussem culturel d'Asilah est organisé du 26 juillet au 18 août. L’édition 2002 sera marquée par deux grands événements ; la 17-ème université d’été Al Mouatamid Ibn Abbad et la 7e édition du Forum culturel arabo-africain.
Les activités du festival ont été ouvertes par l'exécution de fresques murales le dimanche 27 juillet 2002 et par l'ouverture des ateliers d'art (sculpture, gravure et peinture pour enfants) qui devront être marqués par le vernissage d'une grande exposition de peinture le vendredi 2 août.
L’actuelle édition, accueillant près de 300 participants, prévoit aussi des expositions et des concerts animées par des artistes du Maroc, d'Irak, d'Autriche, du Venezuela, de l'Equateur et de Russie. L'autre particularité du festival, la création dans le cadre du Forum Arabo-africain, d'un prix littéraire pour le roman arabe, baptisé du nom du grand romancier marocain, feu Mohamed Zaf-zaf, qui sera décerné le 15 août prochain.

Création

Par ailleurs, et dans le cadre de l'Université Al Mouatamid Ibn Abbad, les débats seront rehaussés par la participation du Secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, le 10 août, dans un débat intitulé “La coopération euro-arabe: enjeux et contraintes". Parmi les autres débats prévus dans le cadre de cette université estivale, on note: “l'Amérique et le monde: quelle Amérique et quel monde?" (3-5 août) “La place de la romancière arabe dans le paysage romanesque arabe" (7-8 août) “Ciné et télévision dans le monde arabe: concurrence ou complémentarité ? (12-14 août) “L'art du roman au Maroc: cas de Mohamed Choukri".
Asilah doit toutes ces activités, comme dans le cas de la ville d’Essaouira, à des initiatives locales et surtout à un personnage clé : Mohammed Benaissa. L’ex-ambassadeur du Maroc aux USA et actuel ministre des Affaires étrangères aime sa ville et le prouve depuis de longues décennies. Le festival d’Asilah est une tradition initiée par ce fin diplomate, qui a veillé tout au long des années passées à la réussite et la pérennité de cette action culturelle. Il en fait, en plus d’une plate-forme de rencontres entre artistes et intellectuels, un lieu de débats orientés vers des questions cruciales touchant en général les relations entre le Maroc et le reste du monde, et en particulier les échanges entre notre pays et les USA.

Fondation

La création d’un institut d'études américaines à Asilah est une idée ingénieuse, vu le tournant qu’ont pris les événements après le fameux 11 septembre. Plus que jamais, le monde arabe a besoin de comprendre les Américains et ces derniers ont tout à gagner à tirer au clair l’image de l’arabe et du musulman, associée à tort et à travers à l’intégrisme qui sévit ces temps-ci un peu partout dans le monde. L’idée avait jailli lors d’un colloque, il y a trois ans, et feu Hassan II avait donné son accord. Le projet est devenu une belle réalité au service du dialogue avec le pays de l’oncle Sam et de la compréhension du système américain, ses institutions et ses structures.
Le financement de cet institut, ainsi que de toutes les autres activités du festival est assuré par la Fondation du forum d’Asilah.
Cette Fondation a pour mission d’animer l’activité culturelle au sein de la ville pendant toute l’année et assurer au festival les moyens de ses ambitions. De la sorte, le festival d’Asilah sortira de l’improvisation qui a caractérisé ses activités et contribuera à l’installation d’une assise financière solide qui palliera les surprises qui peuvent entraver le bon déroulement de ses activités. “Cette initiative a en effet l'avantage de mettre une fois pour toutes des biens à la disposition de la Fondation pour financer ses projets et activités. On ne va plus faire du porte-à-porte comme ça a été le cas jusqu'ici, afin de collecter de l'argent en faisant appel à la générosité des gens et des sponsors. Un travail que j'ai fait pendant 20 ans et qui devient de plus en plus pénible”, expliquait à MHI Mohammed Benaïssa.


Retour