Réglage institutionnel vers un Maroc nouveau
Pour un nouvel élan

Un Parlement “suffisamment" représentatif; un gouvernement qui gouverne et une primature comme seul “ministère de souveraineté". En somme, une gouvernance gestionnaire, moderne et démocratique.

Abdellatif Mansour

 


• S.M. Mohammed VI et le Premier ministre, Abderrahmane Youssoufi.

 

L'année prochaine à la même époque, serons-nous dans un autre Maroc? Des rendez-vous ont été pris, certains ont été confirmés, tel le calendrier électoral. D'autres n'ont été honorés que très partiellement ou pas du tout, tel le train de réforme d'instances publiques, avec comme têtes d'affiche la justice et l'appareil gouvernemental dans la plénitude de ses prérogatives et dans son rapport à l'institution monarchique.
Toute cette superstructure, pour employer un terme en disgrâce, n'étant pas une fin en soi, la démocratisation de la vie publique et le recadrage des rouages de l'État n'ont de sens que s'ils créent les conditions propices à la relance de l'économie. Étant entendu que la plus belle démocratie du monde ne peut donner que ce qu'elle a. À elle seule, surtout, elle ne fait pas bouillir la marmite. Vaste programme.

Recadrage

C'est dire que l'année monarchique qui débute, juillet 2002- juillet 2003, sera décisive. Après les trois premières années de la succession dynastique, c'est réellement le nouveau règne de Mohammed VI qui commence. Aussi vrai que les régimes durent parce qu'ils sont la synthèse entre l'ancien et le nouveau. C’est tout le secret de la stabilité politique légendaire du Maroc. Mais c’est aussi la condition pour qu’une stabilité soit productrice d’évolution novatrice.
La transition héritée de Hassan II, telle qu'elle a été conçue et mise en place par le défunt Roi, aura été menée à son terme par S.M Mohammed VI.
Cette transition-là prend fin. Pendant ces trois dernières années, on avait l'impression d'être au milieu du gué. On a envie de dire, maintenant: exit la transition, vivement le début du commencement de la concrétisation du changement tant attendu. À partir d'octobre 2002, on devrait entrer de plain-pied dans une nouvelle configuration nationale.
La porte, la clé de voûte pour le passage d'un contexte à l'autre, ce sont évidemment les prochaines élections prévues pour septembre 2002.
Cette échéance-là ne devrait pas ressembler aux précédentes qui, toutes, se succédaient et se ressemblaient un peu beaucoup.
Pendant près de quatre décennies, la démocratie à la marocaine n'a pas pu se débarrasser de ses allures bananières. Concoctage préalable de cartes politiques et distribution gracieuses de quotas. L'issue du scrutin était grossièrement connue à l'avance. Cette fois-ci et jusqu'au jour d'aujourd'hui, du moins, aucun signe de ces anciennes pratiques n'est apparu.
Le microcosme semble quelque peu perdu sur un échiquier qui a fait le trop plein d'entités politiques. Va-t-on nous faire le coup de la vérité des urnes, se demande-t-on dans les alcôves du Landerneau, avec un rien d'angoisse dissimulée? Et pourtant, si pour la première fois dans l'histoire du Maroc post-indépendance, on nous donne à connaître qui représente quoi, le pays serait “bien parti", pour un vrai recadrage institutionnel.

Balivernes

Si l'on imprime au pays une dynamique de changement d'époque, on devrait, logiquement, avoir tout ce à quoi on ne peut échapper. C'est aussi simple que l'attirail classique de la démocratie sous une monarchie constitutionnelle et sociale: Un Parlement “suffisamment" représentatif; un gouvernement qui décide, exécute et rend compte; bref, un gouvernement qui gouverne; et une primature comme seul “ministère de souveraineté", pour que le Premier ministre soit le chef immédiat de tous les ministres, sans exception. En somme une gouvernance gestionnaire et démocratique.
Ce réglage interne auquel on peut arriver sans autre forme de dramatisation, donne pourtant la chair de poule aux nostalgiques des anciennes méthodes. Ils crient à “l'atteinte aux prérogatives royales” et à “l'importation de modèles non-compatibles avec les us, les coutumes et les réalités marocaines".
Balivernes et fausses justifications d'un immobilisme avoué. Que les frileux qui frissonnent pour leurs rentes viagères à chaque ébauche de renouveau institutionnel, se rassurent. La monarchie n'a jamais eu une assise populaire aussi forte qu'avec Mohammed VI.
Le Souverain est plus que jamais le garant du bon fonctionnement des institutions.
Toute la question est de savoir si ce fonctionnement pourrait être conforme à des règles de modernité en phase avec l'air du temps et l'évolution des mœurs politiques universellement admises. Nul besoin de modèle emprunté, ni même de révision constitutionnelle immédiate pour y parvenir.

Efficacité

La Constitution actuelle permet une marge non-utilisée pour un changement perceptible d'attitude, de posture et de façon de faire. Ce n'est donc pas un “grignotage insidieux des attributs du Souverain”, encore moins la réduction de la monarchie à une sorte d'icône de type anglais.
Seule importe l'efficacité sans autre paravent ni barricades pour les gouvernants immédiats et des décideurs en première ligne. Au bout de cette efficacité, la réponse, autrement que par des promesses, aux attentes légitimes des différentes catégories de la population.
C'est-à-dire et pour tout dire, le levier économique si désespérément recherché, et la réduction, autant que faire se peut, des immenses failles sociales qui caractérisent la société marocaine.
Ces attentes, aussi vitales, aussi minimales et aussi pressantes soient-elles, “attendent toujours”. La transition politique et les trois premières années “transitoires” de la succession dynastique devaient en principe permettre à ces attentes de ne pas attendre plus longtemps. Il faut espérer qu'il en sera ainsi à partir d'octobre 2002.

Retour