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Si les tabous"
abordés, aujourdhui dans les colonnes de nos journaux sont
un indicateur qualitatif de la liberté dexpression, désormais
érigée en règle, au Maroc, il existe aussi un signe"
quantitatif révélateur des changements, en la matière,
intervenus au Royaume.
Celui du nombre de nouvelles publications parues dans le pays ces dernières
années. Sur ce registre, les données semblent, même,
plus éloquentes.
En effet, les statistiques fournies par le ministère de la Culture
et de la communication, font état de la création, durant
les trois dernières années, de plus de 260 publications.
En 2000, il y a eu lapparition de 102 nouveaux titres. Ce chiffre
avait légèrement augmenté en 2001. Pour ce qui est
de lannée en cours, on enregistre, dores et déjà,
la naissance de plus de 50 nouvelles publications.
Dans cette nouvelle vague, les titres en arabe, sont largement majoritaires.
Ils en représentent plus de 70%. Le reste des publications sont
rédigées, pour la plupart, en français. Mais, on
trouve, toutefois, des journaux en tamazight, en espagnol et même
en anglais.
Diffusion
Autre caractéristique:
la prédominance du caractère spécialisé et
régional des nouveaux titres. Les publications générales
à diffusion nationale ne sont pas, loin de là, négligeables.
Outre Le Journal Hebdomadaire et Demain Magazine, réapparus en
janvier 2001, on signale la naissance de Sabah en avril 2000, celle des
hebdomadaires Al Ayam fondé par Nourreddine Miftah et Tel quel,
dirigé par le jeune journaliste, Ahmed Réda Benchemsi octobre
2001, et du quotidien Aujourdhui Le Maroc en novembre de la même
année. Ce type des journaux sest renforcé, lannée
en cours, avec la création du quotidien arabophone Al Jomhour",
en janvier 2002 et la naissance, ultérieurement, des hebdomadaires
7 à Dire et le Point dirigés respectivement par les journalistes,
Abdelhafid Rouissi et Mohamed Raffiaa.
Autant dinitiatives qui renseignent sur la volonté de leurs
promoteurs de profiter, eux aussi, de nouvelles perspectives désormais
ouvertes pour la profession dans le Royaume. Une telle logique semble
également sous-tendre la démarche de Abdelhadi Alami qui
a fait ressortir son hebdomadaire Maghrib Al Youm" mis en veilleuse
depuis quelques années. Mais, la décision des camardes de
M. Alami, au sein du RNI, de créer, la même année,
un quotidien Al Tajjamoue" en lieu et place de leurs journaux
défunts, Al Mithaq et Al Maghrib, montrent, plutôt le souci
de la formation dAhmed Osman davoir voix au chapitre"
à la veille des élections législatives prévues
en octobre prochain. Même si elle continue par son rayonnement déclipser
les journaux spécialisés et régionaux, la presse
nationale est désormais numériquement dépassée
par les titres régionaux.
Régions
Certains
nouveaux titres de cette catégorie, tels que les hebdomadaire arabophones,
Casablanca, paru en 2001 et Al bidhaoui, sorti, il y a quelques mois,
et le tout nouveau quotidien Maroc Ouest, sans lavouer, une prétention
nationale. Leur diffusion dépasse, en tout cas, les limites géographiques.
Mais ce nest pas le cas de la majorité écrasante des
journaux régionaux. Ceux-ci sont, désormais, multiples et
variés. Car, si lon trouve des titres prétendant couvrir
toute une région, comme la Voix du Nord, la Voix de Tadla Azilal
ou une ville comme le journal de Rachidia créé en 2000,
on trouve dautres journaux dambition plus modeste.
Horizon
A titre
indicatif, les journaux, Béni Amr et Béni Moussa et la Tribune
d Aît Aatab, ayant vu le jour, la même année,
semblent répercuter, prioritairement, lactualité de
certaines collectivités tribales. Cette régionalisation
" à lexcès saccompagne, dans les nouvelles
publications, dune spécialisation à outrance. Les
bonnes adresses pour vous Madames, la voix de lentrepreneur, Avec
le Consommateur (en arabe), sont logés à la même enseigne
avec le Journal du Sport, Auto Hebdo Magazine et Finance News Magazine
et tant dautres parus ces trois dernières années.
Il est, cependant, nécessaire de préciser que la presse
régionale, dans son écrasante majoritaire du moins, demeure
balbutiante. Fruits souvent dinitiatives individuelles, ces journaux
manquent des moyens matériels.
Leurs tirages sont inconnus et leurs ventes très limitées.
Certains dentre eux se sont illustrés par ignorance des principes
élémentaires de la déontologie. Et on sen sert,
souvent, comme un simple fonds de commerce.
Les titres de la presse nationale ne sont pas exempts de ces lacunes.
On sait que la plupart des journaux des partis sont boudés par
les lecteurs et que beaucoup des titres de la presse dite indépendante
sont quasiment assujettis aux gros annonceurs.
Cette double contrainte, du lectorat et du marché publicitaire,
jette, dailleurs, actuellement, beaucoup de doute sur lefficience
économique" de la plupart des publications naissantes. Doù
la tendance dominante chez les observateurs à présenter
les échéances prochaines comme à la fois la
raison dêtre et lhorizon indépassable" de
plusieurs nouveaux titres aussi bien partisans quindépendants.
Mutation
Cette analyse
risque,toutefois, dêtre hâtive et réductrice.
Il existe, en effet, de nouveaux titres dont la motivation des créateurs
ainsi que la ligne éditoriale transcendent sensiblement les simples
calculs électoralistes.
Des entreprises, comme par exemple, Al Ayam et Tel Quel, ne peuvent être,
aucunement perçues comme des fonds de commerce dont la date dexpiration
coînciderait avec la fin des échéances prochaines.
Ce sont des publications qui vendent et intéressent les annonceurs.
Et qui, en plus, participent activement au débat général
sur la mutation, en cours de la société marocaine.
De tels journaux semblent être les enfants légitimes de lère
nouvelle au Maroc. Leurs promoteurs sont encouragés par lélargissement
de la liberté dexpression au Maroc quils mettent, manifestement,
à contribution. Quand SM le Roi Mohammed VI dit, souligne
lun dentre eux, dans un entretien à Asharq Awsat, jai
de la sympathie pour cette profession dont je me me sens proche et ami",
il ny a plus de meilleur adjuvant".
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