|
Ou nos ressources
halieutiques sont gérées de manière à ne jamais
toucher au capital ou lon décide de tout racler en misant
tout linvestissement sur le court terme en procédant à
lexploitation sauvage du poisson jusquà extinction,
et dans dix ans il ny aura plus la moindre sardine dans les eaux
marocaines. Cétait le choix devant lequel se trouvait le
Maroc. Après avoir refusé lexploitation de notre poisson
par lUnion européenne, à commencer par lEspagne,
à ses conditions, nous nous devions de reconsidérer notre
richesse en poisson, de changer de conception: tout faire pour que, sauf
catastrophe biologique, les enfants des pêcheurs daujourdhui
puissent pêcher à leur tour.
Un plan daménagement a donc été établi
par le ministère des Pêches en concertation avec tous professionnels,
il est appliqué depuis un an. Au terme de cet accord dont le ministre
des Pêches, Saïd Chbaâtou, se félicite, une période
de repos biologique de 4 mois et des quotas pour les prises avaient été
institués.
Catastrophe
À
lissue dune année dapplication de ce plan daménagement
poulpier, les prises sont passées de 110.000 tonnes pêchées
en 2000 à 88.000 tonnes en 2001. Soit une diminution de 20 %. Pour
Saïd Chbaâtou, cest une réussite presque complète.
Jai toujours milité pour une politique de diminution
des prises compensée par une augmentation des prix. Les prix ont
été multipliés par 2, soit près de 5000 dollars
la tonne avec une baisse dun quart des prises.
Des résultats identiques ont été enregistrés
pour les marins pêcheurs artisanaux et côtiers, soit 70.000
personnes, donc autant de familles. Leurs prises ont connu des prix de
vente au kilogramme qui sont passés de la fourchette 12 à
15 Dh le kg en 2000, à 58 à 60 Dh le kg
en 2002.
Par ailleurs, lÉtat a aussi trouvé son compte dans
le plan daménagement poulpier. Les exportations ont été
optimisées, ainsi, selon lOffice des Changes, les prix moyens
sont passés de 29.000 Dh la tonne en 2000, à 43.000 Dh la
tonne en 2001. Soit une augmentation de 48 % générant ainsi
une entrée en devises de 2,74 milliards de Dh en 2000 et de 3 milliards
de Dh en 2001. Soit une augmentation en valeur de 8 %, pour une quantité
pêchée réduite de 26 %.
Rigueur
Une gestion
rigoureuse de la ressource sans diminution des revenus, cest incontestablement
un succès. Une réserve, tout le monde nen bénéficie
pas. Les officiers de marine, à peu près 8000 personnes,
allaient être laissés en dehors de ce progrès général
de lactivité de pêche. Leur salaire est fixe, un mode
de rémunération qui les lèse. « Le succès
du plan daménagement allait faire des laissés pour
compte ».
En tant que ministre de tutelle, Saïd Chbaâtou devait intervenir.
Sans se départir de son rôle darbitre qui rapprocherait
les positions des armateurs et celles des officiers marins contraints
à une longue et vaine action revendicative pour des conditions
de travail plus dignes mais aussi à une rétribution, un
pourcentage, sur le tonnage des prises. Et surtout au respect du SMIG.
Les armateurs en ont offert la garantie au ministre, mais pour ce qui
concerne le projet contrat dembarquement soumis à lexamen
des deux parties, syndicat et armateurs, il a provoqué une levée
de boucliers chez des armateurs rétifs à lidée
de mettre noir sur blanc leur accord de principe sur un contrat. Un contrat
proposé par le ministère des Pêches qui porterait
ensuite la mention du pourcentage exact sur les prises à lissue
de négociations futures entre les partenaires. On ma
accusé de vouloir outrepasser mes prérogatives en imposant
un contrat entre deux partenaires sociaux. Cest faux: je me dois
dabord de faire respecter la loi, et le SMIG, cest la loi,
déclare en substance M. Chbaâtou.
Certains armateurs ont fait des propositions concrètes sans mouvement
de grève tendue, ils ont vite pris la mer. Dautres ont joué
lépreuve de force en demandant les formulaires de contrat
alors que les nouveaux nétaient pas encore élaborés
puisque ces armateurs navaient pas encore pris la peine de me soumettre
leur offre et leurs souhaits.
Sanction
Laffaire
est désormais classée. Plus de 96 % des bateaux ont repris
la mer. Certains nont pu embarquer quaprès avoir signé
un engagement spécifique. En fait dengagement
spécifique, ils ont signé un document qui attente gravement
à leur dignité, leur droit à un travail honnête
et celui de nourrir leurs familles. Une sanction destinée à
leur faire passer le goût de la grève.
Au final, Saïd Chbaâtou sest retrouvé entre deux
feux : le syndicat des officiers et marins, le SNOMPH (syndicat national
de la pêche hauturière) aussi reproche au ministre ce que
lui reprochent quelques armateurs : sa partialité. Cela devrait
rassurer un ministre qui a dérangé de gros intérêts
mais qui aura tout de même réussi à faire appliquer
la loi.
|
|
Maroc Hebdo International: On vous a accusé de vouloir imposer
un contrat de travail au mépris du droit des sociétés
à établir ces contrats.
- Saïd Chbaâtou: Non, jai voulu proposer un contrat satisfaisant
pour les deux parties au moins comme base de négociations. Ce contrat
comporte 10 points strictement relatifs à la loi et deux points
relatifs au travail et à la rémunération des marins.
Dailleurs nous y sommes parvenus avec les crevettiers.
Maroc Hebdo International: On dit que votre politique est strictement
électorale et que vous comptez être élu sur une liste
FFD.
- Saïd Chbaâtou: Je ne suis pas dans ce parti, et je vois mal
comment je pourrais intéresser des électeurs vivant sur
la côte alors que je suis enraciné dans ma région
dorigine. Il ny a pas de marins pêcheurs près
de Midelt.
Maroc Hebdo International: LÉtat ne délivre
plus de licences, pourtant vous venez den accorder à des
armateurs mauritaniens.
- Saïd Chbaâtou: La décision politique et la stratégie
économique du Maroc sont du ressort de lÉtat. Ces
licences, il est utile de le préciser, ont été accordées
à des sociétés mixtes marocaines à 51 %. Dautre
part, lactivité de ces sociétés ne représentera
que 7 % des prises alors que lUnion européenne prélevait
85 % des prises. Avec le groupe AON, Abdellah Ould Nouigged, le Maroc
veut instaurer maintenant une zone de prospérité commune
au Maroc et à nos frères mauritaniens dont bénéficieront
dabord les populations du Sahara.
Retour
|