L’accord de réunification MNP/MP
Le rassemblement par la division...

Comme le MNP et le MP recrutent globalement dans les mêmes régions et dans les mêmes fiefs, ils ont jugé utile de ne pas diviser leurs matelas électoraux pour ne pas faire l’affaire de leurs adversaires respectifs.

Mustapha Sehimi

 

Mohand Laenser, leader du MP.

 

Voici donc que le MNP de Mahjoubi Aherdan et le MP de Mohand Laenser ont décidé, dimanche dernier, à Salé, de la réunification de leurs deux formations. En présence d’une centaine de personnes et des membres des bureaux politiques de chacun de ces partis, les deux responsables ont annoncé la réunification entre les deux branches issues de la Mouvance populaire. Comme pour donner plus de symbole à cette initiative, le Dr. Abdelkrim Khattib – co-fondateur historique du MP avec Mahjoubi Aherdan, en 1957-58- a été associé à cette manifestation.
Quelle signification peut être donnée à celle-ci? Force est de relever que les interprétations qui en sont faites ne sont pas univoques; loin de là. Ainsi, selon une première lecture, il ne s’agirait de rien d’autre que d’un accord électoral de circonstance entre deux partis confrontés à la prolifération du multipartisme, qui a pris une dimension fortement préoccupante. Comme le MNP et MP recrutent globalement dans les mêmes régions et dans les mêmes fiefs, tous deux ont jugé utile de ne pas diviser leurs matelas électoraux – réels ou supposés – pour ne pas faire l’affaire de leurs concurrents et de leurs adversaires respectifs.

Multipartisme

Dans ce cas de figure, d’aucuns réduisent même cet accord à des préoccupations plus politiciennes encore mutuellement bénéfiques à ses initiateurs, à savoir: assurer la réélection de Ouzzin Aherdan à Oulmès en même temps que celle de Mohand Laenser à Boulemane – ce serait toujours cela de gagné alors que ce scrutin du 27 septembre prochain manque tellement de visibilité! Selon une autre approche, ce sont plutôt des positionnements futurs qui seraient ainsi en train d’être pris. Aherdan et son parti sont sans doute aujourd’hui dans le gouvernement et constituent l’une de ses composantes dans la majorité qui l’appuie. Mais son “soutien critique” ou plus précisément ses humeurs et ses foucades incontrôlées n’en ont pas fait un partenaire maîtrisable, fiable, avec lequel on peut conclure sérieusement un autre bail pour la nouvelle législature. Et Me. Abderrahmane Youssoufi, Premier ministre - et, dit-on, ailleurs … - sont fortement enclins à envisager au-delà de 2002 un schéma gouvernemental et parlementaire faisant pratiquement l’économie des voix du MNP de Mahjoubi Aherdan.

Destitution

C’est parce qu’il n’ignore pas cet état d’esprit que celui-ci aurait décidé depuis de mois de sortir du “ghetto” dans lequel on voulait l’enfermer à terme en s’alliant avec le Mouvement de Mohand Laenser.
Le bouillant “Amghar” du MP a dû beaucoup prendre sur lui pour en arriver à cette extrémité, lui qui répétait à l’envi depuis des lustres que sa destitution de la direction du MP, à la suite du congrès extraordinaire d’octobre 1986 avait été un “hold-up”; qui ne reconnaissait par suite aucune “légitimité” à Mohand Laenser et à son équipe; et qui s’identifie toujours à “Al Haraka” - belle appropriation personnelle d’un capital symbolique… En tout cas, avec cet accord du 7 juillet, il escompte que le MNP et le MP vont peser davantage, qu’ils vont ainsi négocier ensemble – dans le cadre d’un “package”, pourrait-on dire – avec la personnalité chargée de former le prochain gouvernement. En contrepoint, c’est ce même calcul qui paraît prévaloir du côté de Mohand Laenser, qui aime à rappeler que “notre monde rural n’est pas fait, pour des raisons culturelles, pour l’opposition…”. Il avait déjà invoqué cet argument en 1992, lors du premier gouvernement de “technocrates” - en vain. En mars 1998, la formule mise au point avait opté pour le MNP au lieu du MP: d’abord, du fait de la personnalité de Aherdan et de son parcours; ensuite, parce que le MNP – à la différence du MP – n’était pas dans le Wifaq, positionné dans l’opposition. Cette posture-là était inconfortable pour Mohand Laenser – et on l’a vu lors de cette législature. Le leader du MP, loin d’incarner le rôle de chef de l’opposition qu’il pourrait jouer, s’en est tenu pratiquement à un profil bas.
Modéré dans la critique – une sorte de service minimum, en somme – il a multiplié les signes d’“ouverture” et de “dialogue” en particulier avec le leader du Parti de l’Istiqlal, Me. Abbès El Fassi.

Manœuvres

Chacun d’entre eux paraissait y trouver son compte: le premier en affirmant une vocation gouvernementale qui ne demande qu’à être satisfaite, le second en travaillant des alliances susceptibles de le servir face à l’hégémonisme de l’USFP et à son dessein de “monter” un pôle formateur et progressiste au lieu et place de la Koutla dont la survie n’est plus qu’une référence rhétorique à laquelle chacun doit encore sacrifier.
De telles manœuvres peuvent-elles évacuer un certain nombre d’interrogations de principe? La première a trait à la portée même de l’accord MNP/MP: tiendra-t-il durablement? Comment seront réglés les arbitrages lors des candidatures de chacun des deux partis? Le subjectivisme incurable de de Aherdan sera-t-il surmonté au profit d’une commune coordination entre deux partenaires censés être à part entière? La deuxième regarde les limites mêmes de cette initiative de réunification: que compte-t-on faire avec d’autres segments de la mouvance populaire comme le MDS de Mahmoud Archane, l’Union Démocratique de Bouazza Ikken et “Al’Ahd” de Najib Ouazzani? Situation d’autant plus problématique à régler que c’est le responsable précité du MDS qui, dès août 1998 déclarait avait proposé tant au MNP qu’au MP une plate-forme politique et organisationnelle de rassemblement et de coordination, sans obtenir une réponse circonstanciée.

Subjectivisme

Sans doute, les signataires de l’accord du 7 juillet précisent-ils, dans leur communiqué commun, que “la présente initiative est ouverte à toutes les composantes de la scène politique nationale partageant les mêmes visions…”. Mais rien n’indique que le processus unitaire qu’il ont ainsi formalisé se préoccupe de manière prioritaire de la réunification de l’ensemble des familles de la Mouvance populaire. Si tel était vraiment le cas à terme, l’opération tentée ici sera pour le moins hasardeuse: en n’étant alors qu’un accord électoral de circonstance, elle accentuerait seulement la division entre les uns et les autres (MNP/MP d’un côté, MDS UD AL AHD de l’autre). La recomposition politique que les uns et les autres appellent pourtant de leurs vœux, peut-elle être activée et consolidée par des arrangements de cette nature?

 

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