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Le RNI (Rassemblement
national des indépendants) n'est pas un parti comme les autres.
Il mérite une approche un peu plus nuancée que les formules
expéditives habituellement utilisées pour les partis qui
ne sont pas issus du Mouvement national. Formé en 1978, par les
SAP (sans appartenance partisane) des élections de 1977, alors
que son président, Ahmed Osmane, était Premier ministre,
le RNI apparaissait comme un parti de l'administration, bien
que la formule soit devenue quelque peu désuète depuis l'alternance.
Ce qui ressemble a une sorte de tare congénitale, le RNI aura du
mal à s'en débarrasser.
Première entorse à cet a priori sur les conditions d'une
naissance annoncée, Ahmed Osmane quittera la primature dès
la fondation du RNI; alors que d'habitude "on" crée des
partis pour des personnalités politiques en instance d'être
nommées à la tête du gouvernement. En mars 1979, effectivement,
Ahmed Osmane demande à feu Hassan II d'être déchargé
de ses fonctions de Premier ministre pour s'occuper de son parti. Les
signes d'une formation atypique se succéderont, un peu à
l'image du parcours de son leader.
Ben Barka
Un parcours
d'accompagnement rapproché de toutes les péripéties
politiques du Maroc indépendant. Les jeunes et même les moins
jeunes ne le savent peut-être pas, mais Ahmed Osman n'est pas né
à la politique avec son accession à la primature, encore
moins avec la création du RNI.
Cela remonte à beaucoup plus loin, à une fréquentation
précoce de la chose politique, aux multiples fonctions officielles
et administratives qu'il a assumées, avec, évidemment, le
passage obligé par les hasards de la vie.
Au commencement était la décision de Mohammed V d'intégrer
au collège Royal de jeunes élèves brillants appartenant
aux différentes couches sociales et différentes régions
du pays. Ahmed Osmane en fera partie. Il sera sur les mêmes bancs
de classe que feu Hassan II. Osmane et Moulay Hassan feront leurs études
de droit ensemble à Bordeaux.
Nous sommes en 1947. Venu d'Oujda, sa ville natale, il est accueilli à
la gare de Rabat par son futur professeur de mathématiques, Mehdi
Ben Barka.
Ahmed Osmane retrouvera Mehdi Ben Barka en 1956, au Conseil consultatif,
une sorte d'assemblée constituante où le premier était
membre et le second président. Membre de la première cellule
du cabinet royal en 1955, à Saint-Germain en Lay (France), alors
que Mohammed V était sur le chemin du retour d'exil, il sera le
directeur de ce même cabinet royal, entre août 1971 et novembre
1972 date à laquelle il est nommé Premier ministre.
On remarquera que Ahmed Osmane a été appelé à
ces deux fonctions suprêmes au lendemain des deux tentatives de
coups d'État du 9 juillet 1971 et du 16 août 1972.
Ce qui démontre la stature politique de l'homme et la confiance
dont il jouissait auprès de feu Hassan II dont il sera le beau-frère
en épousant feu Lalla Nezha.
Déviation
Ceci pour
dire que lorsqu'on a eu une fréquentation d'une aussi grande proximité
du Palais royal et de la famille régnante, il est peu probable
et très invraisemblable que l'on devienne un politique aux ordres
du ministère de l'Intérieur, aussi puissant fût-t-il.
D'ailleurs, comme chacun sait, entre Driss Basri et Ahmed Osmane, le courant
n'est jamais vraiment passé. Plus qu'un conflit de compétence,
il y avait une incompatibilité d'humeur et de conception des affaires
publiques.
En somme, le RNI, n'est pas un "parti de l'administration",
selon la formule consacrée, mais un produit du sérail qui
devait être le point de ralliement d'une élite de techno-politiques
en mal de responsabilité publique pour faire valoir leur savoir-faire.
Il en a été ainsi effectivement avec les hauts et les bas
qu'a connus le Maroc durant les décennies 70, 80 et 90. Les hauts,
c'était l'embellie économique durant la première
moitié des années 70 et la mobilisation nationale pour la
récupération du Sahara marocain.
Les bas, c'était tous les grenouillages autour de la marocanisation
des intérêts étrangers au Maroc, à partir de
1973, et tous les tripatouillages électoraux.
Ahmed Osmane, Premier ministre de 1972 à 1979, la décennie
de toutes les chances, se dit plus victime qu'artisan ou partie prenante
dans ces déviations aux résultats économiques et
politiques que l'on connaît.
Carrière
C'est certainement
ce recul qui a permis au RNI d'être suffisamment un parti pas comme
les autres pour survivre jusqu'à faire partie d'une coalition gouvernementale
dirigée par le principal parti de l'ancienne opposition, l'USFP
de Abderrahmane Youssoufi.
Valeur aujourd'hui, on peut légitimement se demander si le RNI
a été sauvé par l'alternance ou par sa propre histoire
plutôt originale. Sans basculer dans le cliché éculé
du Zaïm (leader charismatique), le RNI perdure grâce à
l'itinéraire et à la stature de son chef de file.
Du Cabinet royal à la primature, en passant par une longue carrière
de diplomate, et surtout le perchoir du Parlement face à une vraie
opposition, qui est aujourd'hui son allié, Ahmed Osmane a réalisé
le grand chelem. Il n'a plus rien à prouver, sauf à démontrer
que le RNI pourrait supporter l'épreuve d'élections libres,
régulières et transparentes.
Critiques
Ahmed Osmane
sait qu'il négocie la transition de son parti d'un contexte politique
à un autre. Il n'en est pas moins confiant. Tout en affirmant qu'il
adhère totalement à la déclaration de politique générale
de Abderrahmane Youssoufi, il annonce, sans ambages (voir entretien pages
6 et 7), qu'il n'assume pas l'ensemble du bilan du gouvernement où
siègent quatre membres de son parti.
Ses points de critiques essentiels portent sur la justice, l'administration,
la diplomatie et l'investissement. Calmement, avec l'assurance d'un connaisseur-pratiquant
des rouages de l'État, il estime que le nouvel environnement politique
permettait de conduire des réformes nécessaires et efficaces.
Ce qui, d'après lui, n'a pas été le cas. Il donne
l'impression, sans le dire, de comparer avec les temps politiquement très
durs où il était, lui-même, chef de l'Exécutif.
C'est en tout cas ainsi qu'il entend défendre les couleurs du RNI
aux élections de septembre 2002.
Face à cette échéance de tous les espoirs démocratiques,
Ahmed Osmane joue gros, mais ne fait pas double jeu.
Pour la simple raison qu'il parle d'un lieu qui est plus qu'une tribune
partisane. C'est un vécu exceptionnel, pas toujours facile, parfois
même pénible, qui ne l'a pas empêché d'entretenir
des relations de respect avec les hommes respectables de la classe politique
marocaine.
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