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Le
désert ponce les âmes", pensait Théodore Monod.
Parfois, cest le corps quil menace. Les mines antipersonnel
font encore des victimes. Les habitants de la région de Assa-Zag
sont régulièrement menacés. Les dernières
pluies ont dégagé ces bombes qui plombent toujours le désert
marocain malgré la fin de la guerre avec le Polisario. Si depuis
des millénaires, le vent et les rares pluies effacent les pas des
caravanes, le désert reste dangereux avec les milliers de mines
disséminées par les deux parties en conflit.
La province dAssa Zag fait partie de la région de Guelmime
- Essmara. Zag est à peine à quelque 80 kilomètres
de Tindouf, fief du Polisario et QG des soldats séparatistes.
Orientation
Plus de
50 % de la population de la province est rurale, cest ce qui explique
que les déplacements à travers le désert soient aussi
fréquents, élevage oblige.
Le réseau routier de la province, construit et non revêtu,
est de 150 km seulement. Mais les pistes qui se perdent dans le désert
sont multiples et les déplacements de sable accentuent les difficultés
dorientation. Plus on senfonce dans le Sahara vers le sud
et plus les risques sont grands de se retrouver sans s'en apercevoir au
beau milieu d'un champ de mines.
Lenvironnement désertique, notamment le sable, le vent, et
occasionnellement des pluies torrentielles, posent le problème
du déplacement permanent des mines dans le sol.
Régulièrement des bêtes sautent sur des mines, les
hommes plus rarement, mais cela arrive parfois. Pour avoir des données
chiffrées sur la question, il faut se lever de bonne heure, dune
extrême sensibilité, le sujet reste hautement tabou. Officiellement,
il ny a pas de victimes de mines antipersonnel au Maroc. Dans leur
réponse au questionnaire de l'Observatoire des Mines, le 23 juin
2000, les Marocains ont affirmé qu'à leur connaissance,
il n'y a pas de victimes civiles de mines au Maroc". Malgré
cela, les Nations Unies notaient quen lan 2000, de nouvelles
victimes ont été enregistrées en Algérie,
en Egypte, en Iran, en Iraq, en Israël, en Jordanie, au Koweït,
au Liban, au Yémen, mais aussi au Maroc. 42 accidents par
mines ont été ainsi répertoriés de novembre
1999 à mars 2000. La zone la plus affectée par les mines
au Sahara s'étend jusqu'à dix kilomètres à
l'est des accotements. La délimitation précise des engins
non explosés, éparpillés sur l'ensemble du territoire
relève pour linstant du secret défense. Pourtant,
en 1991, le Maroc avait signé un accord avec la Mission des Nations-Unies
pour le Référendum au Sahara Occidental (MINURSO) avec lobjectif
de procéder au déminage des zones marocaines. Entre le 6
décembre et le 22 mai 2000, les deux parties en conflit, en collaboration
avec la MINURSO ont conduit vingt-huit opérations de destruction
d'engins non explosés et de munitions. Les militaires des deux
parties ont effectué des opérations de déminage,
qui ne couvrent qu'une partie infime des zones sinistrées. La MINURSO
a coopéré avec les deux parties pour identifier et repérer
les zones dangereuses le long des itinéraires de patrouille de
la MINURSO. L'étude sur limpact socio-économique des
mines, entreprise au niveau mondial, a envoyé une mission exploratoire
au Sahara Occidental afin dévaluer la faisabilité
d'une Etude, mais sans succès.
Dans ces opérations de déminage, onze soldats du contingent
international de la MINURSO, ont trouvé la mort, depuis que la
MINURSO est présente dans ce secteur. Selon les derniers chiffres
de la MINURSO du 21 juin 2000, environ 60% de la zone contrôlée
par le Maroc a été déminée, et moins de 20%
de celle contrôlée par le Polisario. Un rapport des Nations-Unies
sur le Sahara Occidental en janvier 1999 a recommandé la mise en
place dun programme pilote de déminage, mais le projet semble
navoir fait lobjet daucun suivi depuis lors.7
Du côté des Nations-Unies, le dernier rapport du Secrétariat
Général précise qui au cours de la période
du 13 mai 2000 au 3 juillet 2000, 278 mines et engins non explosés
ont été localisés et 124 détruits du côté
marocain, alors que 488 étaient identifiés et 177 détruits
du côté du Front Polisario".
Destruction
Les estimations
du nombre de mines au Sahara varient de 200 mille à 10 millions.
Le Polisario qui ne produit pas de mines a importé des mines d'Algérie
et dIsraël. La MINURSO a confirmé la présence
sur le territoire du Sahara de trente-cinq différents types de
mines antipersonnel et vingt et un différents types de mines antichars,
en provenance de douze pays différents. Au niveau diplomatique,
cette histoire de mines est utilisée par les deux parties en conflit.
LAlgérie qui est le véritable vis-à-vis du
Maroc dans cette histoire de mines sen est tirée avec une
habile pirouette.
Faisant porter le chapeau au Polisario, elle a signé le 3 décembre
1997 la Convention de Maputo sur linterdiction de lemploi,
du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel
et sur leur destruction . Laissant aux mercenaires de Mohamed Abdelaziz
le soin de clamer à tout vent que pour pouvoir signer la convention
ils devaient auparavant accéder au statut détat
souverain" A maintes reprises, des représentants du Polisario
sont montés au front pour affirmer quils signeraient et ratifieraient
le Traité, sils pouvaient le faire!. En avril 2000, le patron
des mines antipersonnel du Polisario, Dah Bendir se fendait dune
déclaration qui en dit long sur la volonté des généraux
algériens de maintenir la pression sur le Maroc, Etant donné
les incertitudes de la situation actuelle, nous ne pouvons nous engager
à détruire toutes les mines que nous possédons, car
nous pouvons être à nouveau en guerre demain. Mais nous souhaitons
nous y engager, dès que le conflit sera définitivement résolu."
Même sil na pas adhéré au Traité
d'interdiction des mines, le Maroc a été l'un des 12 pays
non-signataires à assister (en tant qu'observateur) à la
Première Conférence des Etats Parties au Traité d'interdiction
des mines à Maputo en mai 1999. Durant la Première Conférence,
les Marocains se sont insurgés de voir le Maroc inclus dans la
catégorie mauvais pays" . Le Maroc a par ailleurs envoyé
des représentants de sa mission permanente à Genève
à la majorité des réunions inter sessionnelles des
Groupes Permanents d'Experts.
Le Maroc nest pas partie prenante au Protocole, initial et révisé,
de la Convention sur les Armes Conventionnelles, mais a assisté,
en tant quobservateur, à la Première Conférence
des Etats Parties au Protocole II amendé de décembre 1999.
Et le Parlement marocain avait approuvé le Protocole II, amendé
en mai 2000.
Comme on le constate, le dossier est épineux et la recherche d'une
solution ressemble à un voyage risqué, un vrai champ de
mines.
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