Les surfers marocains appellent à l'aide
La glisse fait la planche

Si les baigneurs attendent le printemps pour les premiers plongeons, les "Enfants de la glisse" hantent toutes les plages du Maroc 12 mois sur 12. Et le pays est réputé pour ses vagues.

Amale Samie

 

• Jeunes surfers marocains.

 

Le soleil cogne, la réverbération est aveuglante, le sable est brûlant, les baigneurs accablés se sont réfugiés sous les parasols.
Dans l'eau, comme des graines de tournesol sur le fil crémeux de l'écume, des points noirs montent et descendent inlassablement au gré des vagues, comme des mouettes au repos, attendant la bonne vague, LA vague, celle que les surfers enfourcheront pour se faire transporter avec une impudente élégance, jusqu'au bord de l'eau. Quand cette vague arrive, la plus haute, la plus rectiligne, celle qui enfle régulièrement, la nonchalance apparente cesse brusquement, et les surfers, la poitrine contre la planche se mettent en position et brassent frénétiquement l'eau pour partir en même temps que les tonnes d'eau déplacées par l'onde qui les emporte, comme des cavaliers hardis, nés sur leur monture.

Mouettes

Les surfeurs sont là. Surf (planche longue et pointue) ou bodyboard (planche courte rectangulaire), ils font désormais partie du paysage du bord de mer. Et si les baigneurs attendent le printemps pour les premiers plongeons, les “Enfants de la glisse" hantent toutes les plages du Maroc 12 mois sur 12. Et le pays est réputé pour ses vagues.
La façade atlantique est truffée de coins, les “spots", peu connus des baigneurs et peu intéressants pour les pêcheurs, qui abritent des groupes de surfers, des adeptes attachants d'un sport marqué par une "philosophie", spontanée. Sans prétention.
Que veulent-ils dire: ils sont jeunes, ils détestent l'agressivité, ils aiment la musique, ils pratiquent un sport d'hommes libres et créatifs. Ils sont maintenant des milliers au Maroc, ils se multiplient depuis 20 ans, mais le mouvement s'est emballé, il y a une dizaine d'années. Ils ont entre 7 et 77 ans, mais la majorité se recrute dans la tranche des 15-30 ans. Ces surfers se sentent abandonnés, ils sont simplement heureux qu'il n'y ait pas eu besoin d'une autorisation pour l'introduction de l'Océan.

La Vague

Ils voient leurs cadets s'escrimer tout seuls avec une planche rebelle, ils n'ont pas de locaux pour entreposer leurs planches et ces planches coûtent cher, sans parler des palmes et de la combinaison qui protège leur corps de l'hypothermie durant les longues heures où ils voguent au gré de la houle.
À Casablanca, à Rabat, Essaouira et Agadir, ils se connaissent tous, échanges des nouvelles, des revues et parlent de compétitions. Justement, certains parcours européens passent par le Maroc. Nos surfers voient alors ceux d'Europe, comparent le matériel, l'organisation et la débauche de moyens. Les plus âgés pensent avec tristesse que contrairement à ce qu'ils espéraient, la génération qui les suit sera aussi démunie qu'ils l'étaient.
Pas de structure pour unifier ce sport, des associations esseulées et à la fortune inégale, pas de compétitions de niveau notable, et surtout, pas d'apprentissage alors qu'ils sont tous prêts à devenir moniteurs bénévoles, ils insistent bien là-dessus, les Marocains sont d'excellents surfers, mais il n'y a pas encore de fédération à l'heure actuelle. Bien sûr il y a une esquisse de championnat, mais pour Hicham El Ouarga, président le l'Association de surf du Bouregreg, pour qu'il y ait un saut qualitatif, il faut que le développement du surf au Maroc soit axé sur la direction et la formation des jeunes, ces actions doivent s’inscrire en symbiose avec des structures sportives performantes et un calendrier de compétition adéquat".
Il semble que seule l'action de Ahmed Moussaoui puisse débloquer la situation car, vue l’absence d’autorité de tutelle, “le surf actuel au Maroc est un terrain presque vide où se côtoient et parfois s’opposent expression d’une liberté et nécessité d’organisation, éthique sportive et intérêts commerciaux".
Les projets immédiats s'en ressentent, selon Hicham El Ouarga, une compétition va être organisée les 9,10 et 11 août à la Plage des nations à Salé. Les sponsors ne se bousculent pas au portillon.


Pour développer le surf…

 

• Le jeune Taha El Ouarga.

 

Il faut bien sûr utiliser l'image du surf, mais il faut que ce soit dans l'intérêt bien compris du sport et des sportifs. Les sponsors et les responsables doivent le comprendre. Ils doivent aider les associations.
Il y a déjà un déséquilibre entre les régions du Maroc, il faut cesser d'axer l'action sur les pôles touristiques déjà existants (Agadir, Essaouira etc.).
Plus de 90 % de surfeurs sont issus de milieux défavorisés, une formation centrée sur cette catégorie de sportifs doit prendre en compte le fait social. Il s'agit d'aider à la création de la fédération pour un développement harmonieux par la recherche de sponsors sérieux. Pour toucher le plus de gens, les surfers ont besoin de la presse et de la publicité, il faut que des documentaires, des brochures soient édités.
Pour un progrès uniforme su surf, il faut construire d'autres clubs de Surf dans les autres villes du royaume en prenant exemple sur le club construit et organisé par sa Majesté le Roi à Rabat.
Les surfers désirent lancer un appel au ministère de la Jeunesse et des Sports ainsi qu'à l'Office national de tourisme et à tous les médias qui doivent s'intéresser à ce sport devenu de loin le sport aquatique le plus pratiqué au Maroc.
www.surfaumaroc.com

 

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