Disparitions forcées au Maroc
Quand Amnesty s’en mêle

Abdallah Ben Ali

 


• Des parents arborant la photo de leurs fils disparu.

 

Ceux qui s’élèvent contre l’impunité dont continuent de jouir, au Maroc, les responsables des graves violations des droits de l’homme, commises, pendant les “années de plomb", viennent de gagner un allié de taille. Amnesty International (AI), après bien des hésitations a finalement décidé de se charger du dossier. À cet effet, elle vient de dépêcher, au Maroc, une mission d’investigation sur ce volet.
Composée de Sarah Hammoud, coordinatrice des campagnes au sein de l’équipe de l’Afrique du Nord au secrétariat international d’AI et de Philip Luther, enquêteur dans la même équipe, la mission a entamé ses travaux, lundi 24 juin 2002, à Rabat. Elle y a rencontré des militants des droits de l’homme et recueilli de témoignages des dizaines des victimes des pratiques arbitraires. Sarah Hammoud et Philip Luther, tous les deux de nationalité britannique, se sont déplacés, par la suite, à Casablanca où ils se sont entretenus, notamment, avec plusieurs familles de disparus.

Investigation

Mais l’étape la plus délicate de la mission semble avoir été celle du Sahara où les deux enquêteurs d’AI ont séjourné du 28 juin au 5 juillet 2002. “Nous étions, certes, étroitement surveillés par les agents de sécurité marocains, mais à aucun moment notre investigation n’a été entravée", indique Sarah Hammoud qui affirme avoir rencontré les figures de proue de la section saharienne du Forum Vérité et Justice (FVJ) et recueilli, avec son collègue, “les témoignages des dizaines de familles sahraouies éplorées par l’opacité entourant le sort de leurs parents disparus depuis l’enclenchement du conflit saharien" au milieu des années 70. À en croire Sarah Hammoud, ces témoignages furent “particulièrement émouvants" . “Comment peut-il, d’ailleurs, en être autrement alors que ce sont des gens qui sont éternellement hantés par la mémoire de leurs parents?" s’interroge-t-elle.
Avant d’affirmer, sur un ton ferme, “c'est leur droit le plus élémentaire d’être édifiés sur le sort de leurs parents; savoir s’ils sont morts ou s’ils sont encore vivants…".
Les deux enquêteurs d’Amnesty international qui se sont rendus à Laâyoune et à Smara, où ils ont rencontré les plus hauts représentants de l’Etat marocain, devaient achever leur mission au Royaume, dimanche 7 juillet. Avant de rejoindre leur siège à Londres, ils entendent se concerter encore, à Rabat et à Casablanca, avec plusieurs potentialités marocaines actives dans le domaine des droits de l’Homme.

Camps

À quoi doit-on s’attendre à l’issue de cette mission ? Vu sa nature informative - glaner le plus grand nombre d’informations sur le dossier de la disparition forcée et réviser la liste des disparus dont le sort demeure inconnu - on parle de centaines de disparus dans tout le Maroc. La mission ne doit pas, du moins pas dans l’immédiat, se solder par un rapport destiné à accabler le Maroc. Mais les résultats de ses travaux seront mis à contribution, selon Sarah Hammoud, pour définir les actions futures à entreprendre par Amnesty International pour acculer les autorités marocaines à donner un “traitement définitif et satisfaisant" au dossier des disparitions forcées.
Au regard de l’Organisation, dirigée par Sidiki Kaba, ce “traitement" doit commencer par l’établissement de la vérité, toute la vérité, sur le sort des disparus et finir par la traduction devant la justice des responsables des violations graves des droits de l’homme. “L’impunité est inacceptable!" s’insurge Sarah Hammoud qui indique que les prochaines actions d’Amnesty dirigées vers le Maroc seront l’objet de concertation avec les militants des droits de l’homme au Royaume. Pourtant, il est clair que Rabat et AI ne sont pas au seuil d’une nouvelle crise. L’ONG, dont certains dirigeants ont été reçus, l’année dernière par SM le Roi Mohammed VI puis par le Premier ministre, Abderrahmane Youssoufi, se félicite, dans ses rapports publiés ces dernières années, “de progrès indéniables" réalisés par Rabat en matière de droits de l’homme. Symptomatique également de l’entente qui prévaut dans les relations entre le Royaume et l’organisation, la “réunion interne", organisée par Amnesty International, il y a une quinzaine de jours à Bouznika, en présence d’une centaine de ses membres venus des quatre coins du globe. L’ouverture du Royaume est particulièrement appréciée. D’autant qu’en Algérie voisine, Amnesty international, est depuis quelque temps, “indésirable". Ses membres sont interdits de fouler le territoire algérien. Ainsi, avoue, impuissante, Sarah Hammoud, “nous n’avons point la possibilité d’enquêter sur les violations des droits de l’homme ni en Algérie ni dans les camps de Tindouf" situés dans le sud-ouest algérien.

 

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