Qui sont ces artistes franco-marocains ?
Maroc sur Seine

Ils sont Marocains et clament haut et fort leur appartenance à une France tolérante et à leur attachement à leur pays d’origine. En atteste leur mobilisation contre l’extrême
droite et le plaisir qu'ils éprouvent à se produire devant le public marocain.

Mahjoub Haguig

 

• Nadia Farès.

 

Ils sont de Casablanca, Meknès, Essaouira, Marrakech et même de Boujâad. Ils ont réussi en France et leur carrière artistique est plus belle encore que dans leurs rêves les plus fous. Mais ils sont tellement talentueux que leur parcours ne peut que s'enrichir dans l'avenir, car ils ont choisi la France, le pays d'Europe qui a le mieux intégré toutes ses composantes ethniques ou culturelles et qui mérite réellement la distinction de creuset. Ils sont aussi engagés, contre la pauvreté et l'analphabétisme dans leur pays et contre le totalitarisme et le racisme en France.
La présence de Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle a secoué la France. En refusant le discours raciste du chef de file du Front National, ces Français un peu particuliers, adoptent unanimement la culture de la tolérance, et récusent le rejet de la génération Black Blanc Beur, symbole de la réussite en France.

Engagement

Dans sa composante Beur, la France est restée forte. Une génération qui a percé dans tous les domaines de la création. Du sport, à la musique, en passant par le cinéma et le théâtre. Les Français d’origine marocaine ont conquis le monde du show biz. Ils font les Unes des journaux et des magazines et animent les plateaux de télévisions. Ils ont d'abord façonné leurs carrières tous seuls, avant de se voir porter sur le devant de la scène. Jamel, Gad, Nadia, Amal, Roshdy…ce sont des patronymes familiers à tous les Français.

• Jamel Debbouze.


La nouvelle coqueluche de l’Hexagone est sans nul doute Jamel Debbouze. Il est tout simplement irrésistible. Son rôle d’architecte de fortune dans “Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre” ne laisse pas indifférent. Son jeu lui a permis de surclasser des acteurs du calibre de Gérard Depardieu et Christian Clavier. Le phénomène Debbouze bat tous les records d’entrées en France.
Ce n’est pas que le chemin de la consécration ne fut pas long. Né à Trappes, une ville d’entrepôts dans le Sud de la France, Debbouze traîne avec les copains des cités chaudes de sa ville, avant de se convertir en gentil comique. Au passage, il perd en 1989, l’usage de son bras droit dans un accident de voiture, mais s’entête à réussir son ascension. En moins de cinq ans, il devient une star nationale. Il faut dire aussi que le contexte s’y prêtait. La scène comique baigne dans les clichés. Le moment était opportun pour l’émergence d’une nouvelle génération de comiques d’une autre carrure. Jamel s’invente son propre langage, ses propres gags. Il est vite remarqué grâce à ses brèves apparitions sur Canal+. Les téléspectateurs sont sous le charme. Le phénomène Debbouze est en marche.
Sur grand écran, il prolonge ses tics de la scène. “Zonzon”, “Le Ciel, les oiseaux et ta mère”, “Le fabuleux destin d’Amélie Poulain” signent la naissance d’une belle carrière.
Jamel Debbouze, connu jusque-là pour sa tchatche hilarante, est sorti de son silence pour lancer, avec le soutien d'Akhenaton, chanteur de IAM, le collectif “Vive la France”. Une Cassette intitulée “Non”, a réuni une trentaine de personnalités dont une bonne partie issue de l’immigration pour exprimer leur rejet de l’extrême droite. “Si Le Pen est élu, j’aurais des problèmes, moi”, lançait-il à la gueule des intervieweurs. Le mot de ralliement est entendu. D’autres stars françaises d’origine marocaine sont sur le pied de guerre. La fête du travail est un prétexte pour monter au créneau. Ils étaient des milliers à venir commémorer la disparition de Brahim Bouaram, mort noyé dans la seine, le 1er mai 1995, après avoir été poussé par les skinheads sortis d’un cortège frontiste. On pouvait facilement reconnaître l’actrice et la chanteuse française d’origine marocaine, Nadia Farès, et l’humoriste Gad El Maleh parmi ceux-là. Le temps d’une manifestation.

Talent

Le rêve de Nadia Farès est intact. Une carrière de chanteuse. Elle fugue à l’âge de 15 ans, laissant derrière elle, un père marocain et une mère russe, propriétaires d’un magasin d’Antiquités. Le cinéma l’accueillera enfin quand elle parviendra à décrocher des rôles dans des téléfilms. L’actrice a tous les atouts nécessaires. Sensuelle, photogénique, elle ne tarde pas à s’imposer comme incontournable du cinéma français, bien que ses débuts soient timides. Le sex-symbol décroche son premier rôle dans “Les amies de ma femme” de Didier Van Cauweleart, mais le vrai succès n’arrivera que dans “Elles n’oublient jamais”. La brune aguichante, prouve son talent, mais tarde à s’affirmer. Sa rencontre avec Bernie Bonvoisin, son compagnon par la suite, relance sa carrière avec un premier rôle dans “Les démons de Jésus” (1997). Puis dans “Les Grandes bouches” (1998). Avec “Les rivières pourpres”, elle trouve son créneau. Depuis, son chemin semble tout tracé. En 2002, elle est à l’affiche de “Nid de guêpes” de Florent Emilio Siri, en compagnie de Samy Naceri, héros du très réputé “Taxi”.
L’actrice a défendu avec acharnement sa carrière. Ce sera le cas pour Gad El Maleh, aussi, bien que lui, ait parcouru un plus long chemin avant de s’affirmer.
Tout commence par la quête d’une vie normale, après un séjour de 17 ans au Maroc. Une dizaine d’années plus tard, il en fait le thème de son premier spectacle.
Sa première escale, le Canada. Il y apprend les arts de la planche, avant de mettre les voiles, destination la France.
À Paris, il est accepté aux cours Florent, où il aiguise son talent. À sa sortie, il se remet à l’écriture d’un essai autobiographique teinté d’humour. Quatre ans plus tard, il sort “Décalages”. C’est le triomphe.
“Salut cousin”, “XXL”, “Train de vie” et par la suite “La vérité si je mens” relancent sa carrière dans le cinéma. Les propositions sont nombreuses, mais Gad sélectionne au maximum pour que le cinéma ne nuise pas trop à sa carrière d’humoriste. “Les Français adorent le brassage des cultures. Je vais leur en donner de ce brassage”.

Modèles

Pour le choix de ses rôles cinématographiques, Gad El Maleh s’est inspiré énormément du parcours de Roshdy Zem, l’acteur marocain le plus talentueux de sa génération. Il ne s’en cache pas. Car ce dernier a su imposer ses choix. Il est parvenu à se débarrasser définitivement du cliché du beur français. Aujourd’hui, ses rôles sont aussi divers que ses films.
Avec un sourire séducteur et une présence imposante, le jeune acteur, natif de Gennevilliers en 1965, a acquis très vite ses titres de noblesse. En 15 ans de carrière, il compte une filmographie jalonnée d’une trentaine de films tous genres confondus. Après un rôle secondaire dans “Keufs”, il rejoint André Téchiné dans “J’embrasse pas” et par la suite dans “Ma maison préférée”. En 1995, ce fut le déclic. Son rôle de dealer dans “N’oublie pas que je veux mourir” de Xavier Beauvois le reconduit sous les feux de la rampe. Son talent est applaudi par la profession. Sa nomination au César pour son rôle dans “Ma petite entreprise” couronne un parcours atypique.
Moins riche, mais aussi prolifique, la carrière de Saïd Taghmaoui est aussi impressionnante. Il parvient au bout de quelques années à imposer son talent, bien que sa carrière ait pris un itinéraire plutôt hollywoodien.
Les Marocains se rappellent certainement de lui dans le rôle de chef de bande, visage balafré, dans “Ali Zaoua, prince de la rue” de Nabyl Ayouch. L’acteur franco-marocain n’est pas à son premier coup d’essai. Il traîne derrière lui, une longue expérience dans le domaine du cinéma, qu’il entame par “Haine” de Mathieu Kassovitz en 1995. Le film reçoit tous les honneurs, mais Taghmaoui n'en tire pas vraiment profit.
Il croit tellement à son talent, qu’il finit par claquer la porte du cinéma français, après une longue période d’attentisme.
Au passage, il améliore ses compétences artistiques, renforce ses connaissances linguistiques (italien, allemand, anglais) avant de s’envoler à la découverte d’autres horizons. Sa patience paye au bout de quelques années. Taghmaoui tourne en Italie, en Allemagne et surtout aux USA. Hollywood l’adopte dans une multitude de projets, sans jamais le propulser au-delà des rôles secondaires. À partir de l’année 2000, Taghmaoui est plus prolifique. En deux ans, il tourne une dizaine de films !
La musique est l’autre créneau qui accueille depuis un certain moment les exploits de nos compatriotes. Dans ce domaine, deux noms s’imposent. Abdy, le tisserand de mélodies, et Sofia Mestari, la voix de l’Hexagone à l’Eurovision 2000.
Le premier fait du “Maghoc” (Maghreb+Occident) un style personnel. Le résultat est un chatoyant album “Galbi” qui fait le tour des styles de musique et brasse des courants pourtant donnés disparates sur papier.

Mélodies

Né à Kenitra, Abdy s’installe en France à l’âge de 10 ans. C’était suffisant pour que le jeune beur s’imprègne des couleurs de son pays natal. Sa rencontre, avec Safy Boutella et la présence de son grand frère à ses côtés lui permettent de donner naissance à un vieux rêve. Un CD de onze titres ou chaque morceau renferme une histoire d’amour et de passion. On y trouve de tout. De Hocine Slaoui à Prince, en passant par Nass El Ghiwane, Abdelhadi Belkhayat, Maréchal Kibbou, les Beatles, Barry White … Un mélange savoureux de notes, ou les musiciens modulent sans gros souci des bonnes “mœurs”. Et pour prouver davantage son attachement à son pays, Abdy, lance, dans un geste éloquent, son CD en avant-première mondiale à Casablanca.
La même ville verra naître, en 1980, Sofia Mestari, celle qui sera, vingt ans plus tard, la voix de la France à l’Eurovision.
La jeune chanteuse coulait une vie paisible, tout en cultivant son amour pour la musique (Charles Aznavour, Tracy Chapman, le Gospel …). Ce n’est qu’à 20 ans, que sa carrière, initialement orienté vers une filière juridique, s’ouvre à la musique. En intégrant "Cucumber Soap", chanteuse du groupe, elle rencontre ses futurs producteurs qui travaillent énormément sa voix et la lance sur le chemin de la gloire. Devant une assistance de 17 000 personnes, elle représente la France et chante d’une voix grave: "On aura le ciel". Malgré une avant dernière place décevante, son nom revient dans toutes les discussions et son image est désormais associée à l’histoire de la chanson française. Sophia Mestari ne baisse pas pour autant les bras. Elle sort “On aura le ciel”, dix titres, dans un mélange de pop, soul et folk. L’album est à la fois acoustique et rythmé. En 2002, la jeune chanteuse enchaîne avec un second album, "Derrière les voiles" qu’elle présente sur TV5 le 17 février 2002.
Ce deuxième essai confirme son talent et la conforte dans ses choix musicaux. À vingt-deux ans, elle guette toujours l’occasion de concrétiser son vieux rêve : chanter en duo avec Tracy Chapman, son idole. La réussite de ces artistes est une bouffée d’air pour les "rebeus" (Beurs) des banlieues françaises. Ils représentent un modèle d’intégration que les responsables français aimeraient mettre plus à profit pour augmenter les chances d’intégration d’une bonne partie des banlieusards. “Notre action, souligne Jamel Debbouze, est certes destinée aux jeunes qui ont voté FN, mais s’adresse, prioritairement, aux jeunes Français issus de l’immigration que l’on n'a pas trop vus dans les manifestations”.

 

 

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