Ahmed Benjelloun, dirigeant du Parti de l’Avant-garde
démocratique socialiste
“L’alternance est une supercherie”

Ahmed Benjelloun, dirigeant du PADS, voit d’un mauvais œil la loi sur les partis qu’il qualifie de “scélérate”. Il défend la position de son parti qui ne cherche pas à la “fois les avantages du pouvoir et l’honneur de l’opposition”.

Abdallah Ben Ali

 

• Ahmed Benjelloun.

 

• Maroc Hebdo International: Feu Ali Yata parlait à propos du PPS, en s’en offusquant, de “hizbicule”. Etes-vous un parti ou un hizbicule?

- Ahmed Benjelloun: Euh… Je ne sais pas à quelle aune on mesure le poids d’un parti. Le PADS est une formation implantée dans les quatre coins du Maroc, et significativement présent dans beaucoup de secteurs; dans le secteur ouvrier, dans l’enseignement et les syndicats. Certes, on n’est pas représenté au Parlement et dans les collectivités locales. C’est imputable à notre refus de participer, et, partant, de cautionner un processus électoral auquel nous n’avons jamais cru. Notre parti tire sa vraie force de la robustesse de ses principes et de la qualité de ses militants. Je ne vous cache pas que j’étais, le 7 avril courant, ému au point d’avoir les larmes aux yeux, par la participation des nos militants à la marche de solidarité avec nos frères palestiniens. Nos centaines de militants, qui ont suspendu les travaux du congrès national du parti pour prendre part à cette grande manifestation contre les pogroms exécutés par Sharon en Palestine, ont brillé, de l’aveu de tous, par leur organisation et leur discipline.

• MHI: Votre parti est une formation de gauche. Qu’est-ce qui distingue, aujourd’hui, le PADS des autres composantes de cette famille politique?
- Ahmed Benjelloun: Ce qui nous distingue, c’est notre attachement proclamé, haut et fort, aux références, aux options et aux valeurs de la gauche. Contrairement à d’autres, notre parti ne s’était jamais ridiculisé en professant un discours de gauche tout en adoptant une ligne politique droitière. À ce propos, je ne peux ne pas citer mon camarade et ami le très regretté Mohamed Bahi qui avait l’habitude de dire: “il ne faut pas tenter d’avoir à la fois les avantages du pouvoir et l’honneur de l’opposition”.

• MHI: Vous avez toujours été contre la participation aux élections. Mais il semble que la nouvelle loi sur les partis va rendre celle-là obligatoire. Qu’allez-vous faire?
- Ahmed Benjelloun: Ce n’est certes pas cette loi scélérate qui va nous obliger à revoir nos positions sur cette question. Nous sommes en train de nous mobiliser, avec tout ce que compte ce pays de vrais démocrates, pour avorter ce projet de loi. Nous ne pouvons pas le laisser passer. Ceux qui nous ont sorti ce texte de leurs manches, comme des prestidigitateurs, n’arriveront jamais à leur objectif: mettre hors jeu le PADS. Notre parti, qui est la continuité légitime et historique du mouvement populaire de libération, du mouvement unioniste, celui de l’UNFP puis de l’USFP, sera toujours là. Comme nous avons réussi à arracher la reconnaissance de notre existence légale, comme nos militants ont survécu à Oufkir, à Dlimi et à toutes sortes de tortionnaires, nous saurons tenir tête aux promoteurs de cette loi scélérate.

• MHI: Mise à part cette loi que vous qualifiez de scélérate, est-il vrai que lors des délibérations de votre récent congrès, une large opinion s’est dégagée en faveur de la participation aux élections?
- Ahmed Benjelloun: Oui, cette loi, je la qualifie de scélérate parce qu’elle l’est effectivement et aucun démocrate digne de ce nom ne pourra lui trouver un autre qualificatif. Pour répondre à votre question, je vous dis que les congressistes ont évoqué cette question passagèrement. C’est notre conseil national, la plus haute instance du parti après le congrès, qui y trancherait, le moment venu. Mais, d’ores et déjà, nous avons fixé les conditions d’une telle participation

• MHI: Quelles sont ces conditions?
- Ahmed Benjelloun: Nous exigeons, principalement, une réforme constitutionnelle substantielle qui favoriserait l’émergence d’une assemblée législative ayant les pleins pouvoirs de légiférer et de contrôler l’action de l’exécutif et un gouvernement responsable devant les élus de la nation et ayant la faculté réelle d’élaborer et de mettre en œuvre la politique générale de l’État.
Nous demandons également l’adoption de lois garantissant la transparence des élections. Et, last but not least, une vraie volonté politique de rompre, sur ce plan, avec le passé. Or, jusqu’ici, nous n’avons eu que des vœux pieux exprimés par notre honorable ministre de l’Intérieur.

• MHI: Malgré toutes les assurances solennelles, vous ne croyez pas que les prochaines élections seront intègres et transparentes?
- Ahmed Benjelloun: Non, je ne le crois pas. Tout indique, par contre, que nous allons assister une énième mascarade électorale.

• MHI: Pensez-vous que le gouvernement d’alternance pourrait tolérer la falsification du scrutin ?
- Ahmed Benjelloun: Que dites-vous! L’alternance, c’est la plus grande supercherie du 20ème siècle; c’est une imposture! Ce gouvernement est un appareil makhzenien. Il ne différe en rien de ses prédécesseurs. Il fait de la figuration. Il n’a aucun pouvoir. Il sert à embellir une odieuse réalité politique, économique et sociale.

• MHI: Y aura-t-il, à votre avis, un raz de marée islamiste lors des prochaines échéances?
- Ahmed Benjelloun: Non! C’est un épouvantail que certains cercles du pouvoir agitent pour nous faire avaler toutes sortes de couleuvres et de compromissions.

• MHI: Revenons au PADS, pourquoi votre parti s’est-il tenu à l’écart de toutes les tentatives de regroupement de la gauche marocaine ?
- Ahmed Benjelloun: Nous étions précurseurs en ce sens. Dès 1989, nous avions lancé un appel à toutes les forces progressistes du pays pour la constitution d’un front patriotique de lutte pour la démocratie. Nous n’étions pas entendus. Le PADS ne se tient pas à l’écart, ce sont les autres qui le tiennent à l’écart. Cela dit, nous avons une coordination très poussée avec nos camarades de Annahj Eddimocrati ( la Voie démocratique).

• MHI: Le nouveau comité central du PADS se réunira, samdi 20 avril, pour élire le secrétariat national et le secrétaire général du parti, allez-vous briguer ce poste?
- Ahmed Benjelloun: C’est une question à laquelle je ne veux pas vous répondre maintenant. Samdi, vous aurez la réponse.

 

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