Entretien avec Mohamed Kacimi, artiste-peintre
La peinture, corps et âme

Mohamed Kacimi est un éternel nomade. Il entame son long voyage
initiatique à l’âge de 15 ans, avant de s’envoler à la découverte de nouvelles impressions. Sa touche poétique interpelle un langage universel.

Propos recueillis
par Mahjoub Haguig

 

• Mohamed Kacimi.

 

• Maroc hebdo international: Comment avez-vous vécu votre exposition rétrospective?
- Mohamed Kacimi: D’abord un sentiment de contentement. Si à chaque fois on présente un artiste, avec la même dimension et le même effort, la dynamique de notre champ artistique en sortira gagnante. De telles actions peuvent nous sortir de l’amateurisme qui caractérise les actions entreprises jusqu’à maintenant.
L’artiste en général crée, mais il doit être épaulé pour la mise en valeur de son œuvre. Il y a tout un travail parallèle qui installe toutes ces initiatives dans la mémoire d’un pays, d’une culture. Sinon, notre culture, qu’elle soit visuelle ou littéraire, n’arrêterait pas de patauger dans des traditions trop fermées.
• MHI: Qu’est ce qui compte le plus pour vous, la reconnaissance nationale, ou le rayonnement international?
- Mohamed Kacimi: Je ne me suis jamais posé la question. Quand je sillonne des territoires, je me sens comme un chercheur, un découvreur, un rêveur, un poète… comme un être qui a besoin d’être dans les éléments du monde. C’est dans ce sens que ça fonctionne. Jamais dans le registre rigide. Il y a mes racines, ma culture qui m’animent intérieurement, pas seulement sur le plan artistique mais aussi sur le plan politique et social. Mais, il y a également ce qui se passe dans le monde et qui de ne nous laisse pas indifférents. Finalement, qu’on fasse le choix de l’appartenance ou qu’on ne le fasse pas, les gens sont toujours là pour vous le rappeler.
• MHI: Existe-t-il une ligne de partage entre vos différentes formes de création?
- Mohamed Kacimi: De toute façon, ça fonctionne de telle manière qu’on vous le rappelle quotidiennement. Dernièrement, j’étais à Bamako pour travailler avec des étudiants. Curieusement, je faisais tout dans cet atelier. J’écrivais quantité de pensées sur des bouts de papier, et en même temps je faisais ma peinture, normalement. À aucun moment, je ne me suis posé la question. Pour moi, c’est le même geste. Je suis un être qui appartient à son temps et qui emprunte plusieurs formes de création pour s’exprimer, en fonction des moyens qui le provoquent.
• MHI: Où situez-vous votre peinture?
- Mohamed Kacimi: Il y a toujours des historiens, des critiques d’art, des conservateurs de musée qui font ce genre d’analyse, qui situent les choses dans leur histoire. Même si parfois, on est obligé de tout faire, de jouer l’initiateur, le philosophe pour dire pourquoi nous travaillons sur telle ou telle forme d’expression. Je pense que je suis parmi ceux qui ont installé cette peinture dans notre pays, parmi ceux qui ont beaucoup milité pour qu’il y ait un langage, une spécificité visuelle et artistique. Même quand j’écris sur mon travail, je le fais de manière poétique. Seulement, quand je peins je me pose des questions, j’engage mon corps dans une chorégraphie interne qui structure les choses.
• MHI: Vous avez une prédilection pour les grands formats …
- Mohamed Kacimi: C’est un choix qui s’inscrit dans un long processus de création. Probablement aussi une façon qui tient de l’artistique et de l’intellectuel. Par ce support, je questionne mon corps. En changeant de position, le corps ne produit pas la même chose. Le travail de quelqu’un qui s’exécute sur un petit format est automatiquement mental et manuel. Dès lors qu’on se met sur une échelle de trois mètres, le rapport au corps prend d’autres dimensions. L’engagement est autre.
• MHI: Comment avez-vous vécu le mélange de toutes vos sources d’inspiration?
- Mohamed Kacimi: Faire une synthèse de son travail n’a jamais été une entreprise aisée. Surtout que je suis quelqu’un qui a fait des études entrecoupées, qui n’étaient pas dirigées de manière académique, dans le sens stricte du terme … Il est vrai que j’ai traversé plusieurs périodes d’expérimentation, mais curieusement, même quand ça changeait au niveau du résultat, il y avait toujours une forme d’expression qui traversait toute mon œuvre. Vers 1966, lors de ma première exposition, j’avais commencé par peindre des personnages expressionnistes et poétiques. Aujourd’hui, je reviens au point de départ.
• MHI: De bons souvenirs?
- Mohamed Kacimi: J’ai vécu de bons moments qui m’ont beaucoup aidé dans ma création. J’ai aussi rencontré des gens qui m’ont supporté et avec lesquels j’ai dialogué en communion.
• MHI: Des moments de doute?
- Mohamed Kacimi: Énormes! Ce sont des moments permanents. Nous sommes dans une position assez bizarre avec le monde qui nous entoure et que nous ne maîtrisons pas . Ne serait-ce qu’en relation avec ce qui se passe maintenant en Palestine. Il y a de quoi être totalement perturbé. Que veut l’humanité de ce monde ?
• MHI: À quand remonte votre dernière toile?
- Mohamed Kacimi: À il y a quelques semaines, à l’occasion de la journée mondiale de la poésie, où j’ai exposé une toile faite pour la circonstance.

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