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L'exode
des Juifs du Maroc sera certainement l'objet de nombreuses recherches
et d'ouvrages. Ce départ, qui est une perte pour le Maroc, s'est
fait dans des conditions spéciales et chaque vague d'émigration
vers la France, Israël et le Canada avait ses motivations à
elle.
L'Agence juive travaille au corps les Juifs du monde entier et cherche
à les attirer en Israël, mais Simon Lévy, universitaire,
chercheur et membre responsable de la communauté juive marocaine
a écrit des ouvrages sur le sujet. Pour lui, le départ des
Juifs marocains s'est passé dans des conditions qui n'ont rien
à voir avec leur départ d'Irak et d'Égypte.
Les départs du Maroc étaient d'autant plus déchirants
que les Juifs marocains étaient conscients de vivre dans un pays
qui était le leur au plein sens du terme. Et surtout leurs compatriotes
musulmans qui, sauf exception, n'ont jamais attribué à leurs
amis juifs les exactions israéliennes, ont perdu tout lien avec
eux.
Exactions
Simon Lévy,
juif communiste et résistant a vécu le drame qui s'est enclenché
en 1948 aux premières loges. Engagé dans la résistance,
il a vu quelques rares coreligionnaires se laisser duper par les appels
sionistes. Mais il a vu aussi l'émigration économique entre
1948 et 1956.
Une période troublée de l'histoire du Maroc a commencé
avec le partage de la Palestine par l'ONU en 1947.
Le protectorat français avait tout fait pour détacher les
juifs des musulmans, favorisant -très relativement- les uns pour
qu'ils n'endossent pas publiquement l'appel des nationalistes à
lutter pour l'indépendance. Il est inutile de rappeler les noms
des résistants juifs puisqu'ils étaient en l'occurrence
Marocains d'abord.
Les conflits israélo-arabes, depuis 1948 et le coup de force contre
la nationalisation du Canal de Suez en 1956 ont provoqué des exodes
massifs, précipités, parfois même dans la panique.
Il n'y a rien eu de tel au Maroc.
Pour Simon Lévy, les Juifs irakiens ont fui l'Irak non seulement
en raison des tensions sociales mais surtout à la suite d'attentats
perpétrés par l'Agence juive contre des juifs irakiens pour
semer la terreur dans leurs rangs et les faire fuir en Israël.
Marginalisation
Il ne faut
pas faire dans l'angélisme, ni passer sous silence les débordements
imbéciles. Mais pour Simon Lévy, il n'y a eu ni pogrom,
ni chasse aux juifs, ni expulsion et les autorités du pays avaient
soin de rassurer la population juive et d'interdire formellement tout
comportement agressif à l'encontre des juifs. Cela ne s'est pas
passé dans un climat de terreur. Certains Juifs marocains sont
partis de leur plein gré parce qu'ils croyaient en Israël,
d'autres y sont allés par nécessité, d'autres encore
ont choisi un autre pays, le Canada, la France et les Etats-Unis.
Pourquoi sont-ils partis? Pour Simon Lévy, il y avait deux raisons
à leur départ. La raison politique concerne peu d'individus.
Si 90 000 juifs environ sont partis entre 1948 et 1956, ils l'ont fait
pour des raisons économiques.
Les matelassiers, les cordonniers, les colporteurs (essouwaqa), les ferblantiers
et certains artisans étaient plus souvent juifs que musulmans.
L'introduction du machinisme et du travail industriel ont progressivement
tué ces métiers, la paupérisation des juifs et leur
marginalisation pendant le protectorat ont fait que la majeure partie
des 90 000 émigrants étaient, selon Simon Lévy, des
déclassés. Ils venaient de toutes les régions du
Maroc.
Conflit
Casablanca
seule comptait alors 80 000 juifs dont une majorité de gens modestes.
Les routes et les transports publics ont tué le colportage. Les
machines ont ruiné les petits métiers. Avec les jeunes qui
partaient à l'étranger pour leurs études, il était
devenu quasi impossible pour certaines familles de rester au Maroc. Mais
jamais ils n'ont abandonné de biens, ni terres, ni maisons, ni
manufactures, ni ateliers: ils ont vendu leurs biens à temps ou
ils les ont confié à un membre de la famille ou de la communauté
juive le soin de vendre leurs biens.
L'émigration des Juifs du Maroc s'est faite dans des conditions
spécifiques: personne ne les a dépouillés de leur
bien, leur sécurité était assurée. On peut
trouver que cette émigration d'une catégorie des enfants
du pays est triste, on ne peut pas en rendre les Marocains responsables.
En Égypte par contre, pays sur le front, comme l'Irak, il y a eu
un départ précipité des Juifs. Les faux attentats
antijuifs et les très fortes tensions qui existaient entre juifs
et musulmans ont poussé des juifs à partir en abandonnant
leurs biens.
Ce n'est pas arrivé dans mon pays, affirme Simon Lévy.
Le Maroc n'a pas exilé une partie de ses enfants. Tout n'était
pas rose, bien évidemment, mais lorsqu'on invente un conflit qui
n'a pas eu lieu, on fait le jeu des extrémistes. Durant toutes
les guerres israélo-arabes, jamais une mesure restrictive ou vexatoire
n'a été prise à l'encontre des juifs. Voilà
ce qu'il faut dire au monde, le Maroc est un pays tolérant, c'est
ce que nous devons mettre en avant, lorsque nous défendons notre
pays, particulièrement au moment où juifs et musulmans du
Maroc sont engagés dans la défense de leur pays.
Fidélité
Nous vivons
dans un des pays où juifs et musulmans ont coexisté dans
l'harmonie la plus complète pendant des siècles. Le judaïsme
marocain est porteur d'une culture qui est la nôtre, l'amour des
juifs marocains, où qu'ils vivent, pour leur patrie, le Maroc,
leur action pour la défense de l'intégrité territoriale
de leur pays, et leur fidélité aux Souverains marocains
font d'eux des citoyens qu'il est impossible d'oublier au sein de la famille
des Marocains.
La voix de ces juifs en Israël est spécifique, on peut souhaiter
qu'ils soient de plus en plus convaincus que la violence d'État
est la pire agression contre la paix. Beaucoup d'entre eux prônent
le dialogue et militent pour des négociations franches, on les
entend moins parce qu'ils sont moins nombreux ou peut-être moins
médiatisés. Quant au Congrès juif mondial (CJM),
on ne peut pas dire quil ne compte que des sionistes.
Simon Lévy est formel: Le judaïsme marocain est représenté
au CMJ depuis SM Hassan II. Il comprend certainement des sionistes, mais
pas seulement, il compte aussi des progressistes et des pacifistes. Ne
dilapidons pas nos valeurs de modération, de discernement et faisons
savoir au monde que la paix au Moyen Orient doit bénéficier
des leçons du judaïsme marocain.
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