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Frisant
la quarantaine, les traits tirés par les responsabilités
quil assume, Abdessamad Bencherif savance dun pas assuré,
son regard vif sappuie sur les gens qui sont dans le café.
Son portable, véritable bureau ambulant sonne par intermittence.
Tout en sexcusant, il écourte les communications. Le chef
de rédaction qui est en face de moi na rien à voir
avec ce jeune journaliste fraîchement émoulu qui vient de
quitter les amphis de la faculté de droit de Tétouan.
Né le 4 avril 1964 à Beni Boufrah dans la province dAl
Hoceima, dans une famille modeste de huit personnes, Abdessamad Bencherif
contracte très vite une identité dactiviste. Très
jeune, il côtoie son père résistant au sein du parti
de lIstiqlal contre loccupant espagnol. Il simbibe ainsi
de lambiance feutrée des conciliabules avec des patriotes.
Militantisme
Les idées
nationalistes, maghrébines et panarabes de son père lui
vaudront une assignation à résidence. Une épreuve
qui a marqué Bencherif dans son enfance.
Sa mère, femme au foyer a milité pour scolariser ses fils
et obtient gain de cause. Abdessamad Bencherif rejoint ainsi lécole
Aït Tayeb située à plus de 5 kilomètres de chez
lui. Une fois le CM2 en poche, il intègre linternat de Taguist
pour y poursuivre ses études. Durant cette période, deux
événements serviront de déclic. Le premier est le
discours quil a prononcé après la Marche verte en
présence de son père et de ses instituteurs. Le second est
la guerre du ramadan de 1973 qui a opposé Arabes et Israéliens.
Je men souviens très bien car mon père suivait
les informations sur la radio et ce conflit ma beaucoup marqué
et jen garde beaucoup dimages, déclare-t-il avec
une pointe damertume.
Une fois son baccalauréat en poche, Abdessamad Bencherif sinscrit
à luniversité dOujda. Cest là quil
lira son premier poème en public lors dune soirée
poétique organisée par lUNEM en 1982 sous le titre
Beyrout, lidentité absolue. Le départ
de sa famille vers Tétouan en 1983 le pousse à quitter Oujda
pour Tétouan où il décroche en 1988 sa licence en
littérature arabe.
Son plan est arrêté. Il va sonner à la porte de Radio
Tanger où il est engagé comme collaborateur. Les encouragements
de ses professeurs qui croyaient quil avait des chances de réussir
dans la presse. Pourtant après cette première expérience,
ses demandes ne trouvent pas décho au niveau de la presse
nationale.
Persévérance
Pour se
rapprocher des quotidiens nationaux, il entame un troisième cycle
à Rabat. La chance finalement lui sourit quand il fait la rencontre
dAhmed Iznassni, directeur dAl Mithaq Al watani, grâce
à laide dAhmed Boughaba, un futur confrère.
Un tournant décisif dans la vie dAbdessamad Bencherif.
Très vite, ce journaliste savère un touche-à-tout.
Culture, politique, société et autres dossiers sont disséqués
au fil des lignes quil rédige. Quand il quitte Al Mithaq
en 1989, il collabore avec plusieurs publications nationales et étrangères
jusquen 1993. Date à laquelle il est employé au sein
de la chaîne 2M alors cryptée. « Cétait
très tentant et travailler à 2M me paraissait comme un privilège
», se rappelle-t-il avec nostalgie.
Depuis, sa situation matérielle et professionnelle saméliore.
Ses capacités dorateur le désignent doffice
comme présentateur. Une tâche dont il sacquittera avec
brio tout en remplissant sa mission de journaliste. Connu pour ses fous
rires, Abdessamad Bencherif a réussi à dérider une
fois Mahjoubi Aherdane, invité dune émission en différé.
Devant le feu incessant des questions, linvité sest
écrié maintenant arrêtez vos questions. Vous
croyez que je suis une poule. Suit alors une crise de fou rire qui
a vite fait de contaminer le reste de léquipe sur le plateau
de tournage.
Fidélité
Lidéalisation
du métier de journaliste, qui était sienne, a été
un catalyseur de dépassement de soi. Bien des fois, il devait mener
de front plusieurs tâches en plus du journal télévisé.
La fidélité au métier et aux principes que
jai acquis mont poussé à me surpasser dans une
ambiance qui nétait pas toujours propice. Jétais
journaliste à tout faire et cela sest répercuté
négativement sur ma santé, déplore Abdessamad
Bencherif.
Quand on interpelle ce journaliste sur son passage de lécriture
journalistique à celle littéraire, il déclare que
ses engagements au sein du Club de la presse, du SNPM et de la société
civile et les profondes mutations qua vécues la société
marocaine lont poussé à commettre Enjeux communs.
Dernièrement, Abdessamad Bencherif anime une émission Pour
tous les gens. Prévu initialement en octobre 2001, le lancement
de cette émission a été retardé jusquen
janvier 2002. Après avoir longtemps travaillé au sein de
la presse écrite et audiovisuelle, le jugement que dresse Abdessamad
Bencherif est contrasté. Au Maroc actuellement, le métier
est traversé par plusieurs courants qui ont perturbé le
paysage aussi bien dans la presse écrite quaudiovisuelle.
La presse ne sert plus les finalités qui sont siennes. Elle est
devenue une source denrichissement et de manipulation politique,
affirme-t-il.
Il estime par ailleurs que la profusion de titres et la diversité
qui sen est suivie ne peut en aucun cas justifier la médiocrité.
La diversité suppose dasseoir des valeurs et des mécanismes
capables dassurer un exercice sain et transparent du métier,
ajoute-il. Léducation politique reçue au foyer familial
a fait de ce jeune journaliste un militant. Pour lheure il décline
lépithète dactiviste car il sest rendu
compte quil existait un déficit de culture syndicale et politique.
Le prochain ouvrage dAbdessamad Bencherif pourrait bien porter sur
le fonctionnement des partis politiques.
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