La tuberculose, maladie d’un autre siècle
Retour à la case départ

La tuberculose contamine 30.000 personnes par an. 3000 développent une
résistance aux médicaments et propageront la maladie. L’année d’après
on se retrouve avec le même taux d’infection. La tuberculose serait-elle
un cercle vicieux? Et si oui, comment en sortir?

Abdelali Darif Alaoui

 

• Thami Khiyari, ministre de la Santé.

 

Il est de notoriété publique que certaines maladies deviennent plus difficiles à soigner quand elles ne réagissent plus aux médicaments. C’est le cas aussi pour la tuberculose qui devient ainsi incurable. Quand on sait que 1% de la population tuberculeuse au Maroc présente des symptômes de résistance aux médicaments, l’on ne saurait trop vous conseiller de mettre un masque. Un individu, dont la tuberculose a acquis une résistance aux médicaments, à la moindre toux ou éternuement peut transmettre un bacille tout aussi résistant à son entourage. Selon le Docteur Nezha Trombati au Service de pneumologie à l’Hôpital 20 Août à Casablanca, “la transmission se fera et la personne atteinte développera elle aussi un bacille résistant”. Le pire c’est que le malade, de peur de perdre leur emploi, cachent son véritable maladie et argue de l’asthme, de l’allergie ou d’une autre maladie. Une fois mis à nu, il se ferait éjecter illico presto de son travail car ses collègues en auront peur.

Propagation

Si l’on s’en tient à la règle de progression géométrique, et en partant du fait qu’un tuberculeux au bacille résistant infecte au moins cinq personnes, ces individus auront tous un bacille résistant et deviendront des porteurs et des vecteurs de ce germe incurable. Pour en revenir à un raisonnement arithmétique, l’équation se présentera sous la forme d’une multiplication avec un exponentiel de plus en plus croissant.
À en croire les derniers chiffres révélés par le ministère de la Santé en février 2001, lors d’un séminaire sur le sujet, le nombre de cas est passé de 104 pour 100.000 habitants en 1998 à 106 cas pour 100.000 habitants en 2001. Sur la base d’une population de 30 millions d’âmes, le Maroc compterait 31800 malades, soit une croissance de près de 2% par rapport à 1998. Une tendance qui s’inscrit en porte-à-faux avec les tendances baissières des années précédentes, et dont les taux oscillaient entre 2 et 4% par an. Et encore ces chiffres sont le fruit de comptages du ministère…
Définie comme une maladie infectieuse causée par un bacille appelé Mycobacterium tuberculosis, la tuberculose s’attaque aux poumons mais aussi à d’autres organes. Reconnaissable à la perte de poids, d’énergie, d’appétit et à une fièvre et une toux grasse, cette maladie se transmet par voie respiratoire. Si un individu atteint tousse ou éternue, les minuscules gouttelettes contenant le microbe peuvent être inhalées par son entourage immédiat. Une fois dans les poumons, ce virus peut, grâce au réseau sanguin, se propager dans d’autres points du corps. Pour déceler la maladie, le meilleur moyen c’est de faire des tests de crachats, intradermiques ou radiographiques.
Le Maroc, qui essaie tant bien que mal de lutter contre cette maladie, a initié, au cours des années 80, le Programme national de lutte anti-tuberculose, qui a reçu un sérieux coup de fouet en 1990 avec l’adoption du Traitement de chimiothérapie directement supervisé, recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé.
Ce traitement impose au patient de venir chaque fois se faire administrer les médicaments. Les expériences passées avaient montré que le malade ne suivait pas scrupuleusement le traitement, ou bien prenait un médicament sans les autres et développait ainsi une pharmacorésistance (résistance aux médicaments). Cette tactique qui semble avoir porté ses fruits entre 1990 et 1998, a été prise au dépourvu, semblerait-il, par l’exode rural. Ce dernier explique-t-il tout?A priori, non !
D’abord, la population vivant en dessous du seuil de la pauvreté est passée à 5,5 millions de personnes, soit 18,5% de la population (toujours sur la base de 30 millions d’âmes). Un pourcentage appelé à augmenter car la sécheresse y va de son grain de sel. Résultat un entassement dans les bidonvilles et l’habitat anarchique avec des conditions d’hygiène et de salubrité qui sont en deçà de l’inimaginable. Ce n’est pas un hasard si la métropole de Casablanca concentre environ 25% de cette population. Le triste record est détenu par la préfecture de Ben M’sick-Sidi Othmane avec 197 cas pour 100.000 habitants). Selon des experts internationaux 90 % des cas infectés demeurent ainsi toute leur vie. Ils ne transmettront pas le bacille car ne développant pas la maladie. L’explication à ce phénomène est l’efficacité du système immunitaire qui réagit à la présence des germes et empêche leur multiplication. Dans ce cas, la contamination n’a pas lieu. En transposant cela au Maroc, on devrait avoir une population de 4980 âmes porteuse du bacille. Un chiffre qui explique que la courbe de la tuberculose soit plate, sans fléchissement notable et tendant vers le haut.

Traitement

Pour sortir du cercle vicieux, l’enveloppe de 35 millions de dollars allouée par le ministère de la Santé, sous la tutelle de Thami Khiyari, demeure insuffisante. Le traitement d’un bacille résistant nécessite plus de 10 millions de centimes, alors qu’un cas qui se déclare peut être jugulé grâce à un traitement de 500 voire 600 dirhams par an. Dr. Trombati affirme que “le traitement des cas résistant aux médicaments exige un traitement long qui fait appel à des médicaments hors de prix”. L’inexistence de médicaments génériques complique d’autant plus la situation.
Cause de 4% des décès au Maroc, la tuberculeuse se joue des dispositifs mis en place. La solution résiderait dans le développement de la recherche, la sensibilisation, la régionalisation du traitement de ce dossier, la formation de personnel qualifié …
La tuberculose, de l’avis de l’Association SOS Tuberculose, doit faire l’objet d’une approche intégrée qui prend en compte le milieu de vie de la population affectée, surtout les cas chroniques. Autrement, les 35 millions de dirhams équivaudront à verser de l’eau dans du sable car on se retrouve avec plus de cas l’année d’après.

 

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