Entretien avec Mohamed Sassi, principal dissident de l’USFP
Un divorce annoncé

Rien ne va plus entre la direction actuelle de l’USFP et ses contestataires du courant “Fidélité à la démocratie”. “Si le divorce n’est pas encore,
officiellement annoncé, on est déjà dans une situation de séparation des corps”, affirme Mohamed Sassi, chef de file des contestataires, qui insiste sur l’urgence des réformes constitutionnelles au Maroc.

Propos receillis
par Abdallah Ben Ali

 

• Mohamed Sassi.

 

• Maroc Hebdo International: votre courant “Fidélité à la démocratie " a boycotté le 6ème congrès de l’USFP sans pour autant cautionner la scission faite par les amis de Noubir Amaoui. Où vous situeiez-vous, politiquement, aujourd’hui ?
- Mohamed Sassi: Par rapport aux instances dirigeantes de l’USFP, issues du dernier congrès, le divorce n’a pas encore été officiellement annoncé. Mais, on est, effectivement, dans un état de séparation des corps. Les membres et les sympathisants de “Fidélité à la démocratie" sont, aujourd’hui, hors des structures de l’USFP.
Comme vous l’avez évoqué, nous n’avons pas pu prendre part aux premières assises du Congrès national socialiste parce que la méthode adoptée dans leurs préparatifs était aux antipodes de nos exigences relatives à la démocratie interne et au respect du pluralisme au sein des instances partisanes. Nous avons fondé une association politique, qui porte le nom de notre courant. Nous suivons de très près les événements politiques dans notre pays et nous nous efforçons de les infléchir dans le sens du renforcement des facteurs de démocratisation.

• Maroc Hebdo International: Votre association ne risque-t-elle pas de se métamorphoser en parti?
-Mohamed Sassi: Il n’en est pas question dans l’immédiat. A aucun moment, nous n’étions enclins à la création d’une énième officine politique au Maroc. A aucun moment non plus, nous n’étions motivés par une logique scissionniste. Nos avons, plutôt, milité, et nous militons toujours pour l’avènement d’un grand parti socialiste unifié qui regrouperait toutes les composantes de la gauche marocaine.

• Maroc Hebdo International:Pourrez-vous revenir au bercail?
-Mohamed Sassi: Ce n’est pas, du tout, évident. Mais, il faut rappeler que nous n’avons pas lésiné sur les efforts pour maintenir l’unité de l’USFP. Avant même la tenue du congrès, nous avons proposé une formule pour la préparation de la grand-messe du parti qui, si elle avait été adoptée, aurait permis d’éviter le pire. Nous y suggérions d’emboîter le pas aux partis socialistes européens ; de reconnaître l’existence des courants au sein de l’USFP et de tenter de leur aménager une représentation proportionnelle au sein des instances dirigeantes du parti. Mais la proposition a été totalement ignorée. Ultérieurement, nous sommes revenus à la charge.
Nous avons préconisé la convocation d’une conférence partisane ouverte à toutes les sensibilités de l’USFP pour tenter une sortie de la crise exacerbée par les circonstances de l’organisation du 6ème congrès.
Nous avons alors soutenu qu’il fallait sortir de l’atmosphère délètre du dernier congrès et se focaliser sur la préparation, dans les meilleurs délais, de nouvelles assises de l’USFP qui seraient de nature à dépasser les griefs évoqués par une bonne partie des militants en adoptant la pluralité des courants au sein du parti. Mais encore une fois “les décideurs" de l’USFP ont été sourds à notre discours.
Ils ont préféré la fuite en avant en s’efforçant, contre toute logique, à créditer l’idée saugrenue qu’il n’existait pas de crise au sein du parti alors que celui-ci était en train de perdre une partie considérable de ses militants issus de la classe ouvrière et de la jeunesse. Au lieu de corriger le tir, les “décideurs" nous ont sommé de “respecter la discipline" à l’égard d’une direction illégitime issue d’un congrès qui était, de l’aveu de tous les observateurs impartiaux, falsifié.

• Maroc Hebdo International: Celle-là rétorque que les quatre ténors de “Fidélité à la démocratie" ne représentent qu’eux-mêmes…
-Mohamed Sassi: C’est risible. Nous étions depuis longtemps une composante en vue du paysage usfpéiste. Nous n’avons pas existé ex nihilo.
Si le courant de M. Amaoui représentait la base syndicale du parti, si un autre tenait sa force de l’appareil administratif, nous étions les porte-voix de la jeunesse du parti qui continue de s’identifier, presque entièrement, à nous. D’ailleurs, les idées défendues, aujourd’hui, par l’Association Fidélité à la démocratie ont été, d’abord, élaborées par la jeunesse ittihadie. Notre association regroupe, également, des intellectuels très critiques à l’égard du comportement de nos élites partisanes. Nous tirons aussi notre force de la cohérence de nos thèses et de la clarté de nos propos.

• Maroc Hebdo International:Pourtant, les dirigeants de l’USFP ne semblent pas s’alarmer de votre départ.
- Mohamed Sassi: Oui, il est vrai que Abderrahmane Youssoufi n’a jamais pris la peine de nous contacter. Mais son attitude est compréhensible. Elle est sous-tendue par la même logique qui a prévalu lors du congrès: “les gens de Fidélité à la démocratie sont intraitables sur les principes, il vaut mieux les tenir à l’écart". On n’a pas pris le risque de tenir un congrès national ouvert qui allait aboutir à un procès de l’expérience de l’alternance. On ne semble pas disposé, aujourd’hui, non plus, à entendre nos questions dérangeantes sur lesquelles Abderrahmane Youssoufi n’a pas de réponses.

•Maroc Hebdo International: Quelles questions?
- Mohamed Sassi: Nous continuons de penser que la question principale à laquelle l’élite politique marocaine doit répondre est la suivante: “la vérité politique doit-elle émaner des urnes ou de l’Histoire et le patrimoine ?" .
C’est la réponse à cette question qui détermine, au Maroc, si l’on est moderniste ou conservateur. Nous pensons que les dirigeants actuels de l’USFP ont failli à la stratégie du combat démocratique en acceptant toutes les règles du jeu politique qui ne favorisent pas la mise en place d’une démocratie réelle dans notre pays.
Nous pensons également que le cabinet de l’alternance, dirigé par M. Youssoufi, n’a pas pu mettre le pays sur les rails de la démocratisation véritable.

• Maroc Hebdo International: Vous persistez, donc, à croire qu’une
révision de la constitution est nécessaire?

-Mohamed Sassi: Oui et peut-être même plus que jamais. A mes yeux, le texte actuel ne peut pas échapper à la mise à jour avant les prochaines élections. Pour une série des raisons dont les moindres sont: le statut du Sahara prévu dans l’accord-cadre de l’ONU ; la suppression de la seconde chambre qui constitue une demande presque unanime de la classe politique et la suppression également de la mention du Conseil supérieur de l’enseignement, prévu dans l’actuelle constitution, qui a été intégré dans le Conseil économique et social. Sans oublier, bien sûr, les causes profondes qui plaident pour un amendement substantiel de la loi fondamentale telle que l’exigence d’une véritable séparation des pouvoirs.

• Maroc Hebdo International: Serait-ce suffisant?
-Mohamed Sassi: Non. Nous pensons que le processus démocratique dans notre pays doit passer par trois étapes:
D’abord, l’instauration d’un partenariat et un partage des pouvoirs entre les institutions constitutionnelles; ensuite la préparation du terrain politique et constitutionnel pour atteindre l’ultime phase qui serait une monarchie parlementaire.
Cela est notre vision de base qui est à l’origine de nos divergences avec les “décideurs " actuels de l’USFP. Elle est également déterminante de nos alliances.

• Maroc Hebdo International: A propos justement des alliances, quel parti entendez- vous soutenir lors des prochaines échéances?
- Mohamed Sassi: Nous n’avons pas encore tranché cette question. Mais je tiens à rappeler que nous avons toujours plaidé pour un candidat démocrate unique. A notre sens, le terme démocrate exclut les membres des partis de l’Administration et les islamistes.
Nous serons sans doute amenés à réactualiser cette position.
D’ores et déjà, nous avons une entente, sur des questions majeures, avec l’OADP, la Gauche socialiste unifiée et le Congrès national socialiste ( de Noubir Amaoui).

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