Entretien avec Ben Rochd Er Rachid
“J’ai été victime des sectes”

Propos recueillis par
Abdellatif El Azizi

 

• Ben Rochd Er Rachid.

 

Maroc-Hebdo International: Existe-t-il des sectes au Maroc?
- Ben Rochd Er Rachid : Oui. Mais elles sont plutôt liées aux communautés occidentales vivant ici, si bien que pour nous, afin de différencier les sectes des jamâat islamistes locales, on peut estimer que les sectes sont des groupes plus ou moins religieux importés. On peut les classer en deux familles : les sectes d’obédience judéo-chrétiennes (Franc-maçonnerie, Rose-croix, les Témoins de Jéhovah...) et les groupes extrême-orientaux tels que La Méditation transcendentale ou le groupe japonais Soka Gakkaï.

• Maroc-Hebdo International : Les sectes n’ont pas pignon sur rue et ne font apparemment pas d’actions promotionnelles. Comment sont-elles organisées et surtout comment font-elles pour recruter?
- Ben Rochd Er Rachid : En dehors du groupe d’origine hindoue La Méditation transcendentale qui organisait dans les années 80 des conférences en public, les sectes restent très discrètes. Cette discrétion est avant tout inhérente à une certaine culture du secret. Il faut préciser qu’il s’agit de groupes ne rassemblant généralement pas plus d’une vingtaine de personnes dont au moins la moitié n’est pas marocaine. Ce sont les relations qu’entretiennent ces sectes avec leurs bases en Europe, en Amérique ou en Asie qui font leur raison d’être. Les adeptes font donc partie de la classe aisée, occidentalisée et intellectuelle, soit une minorité très restreinte où tout le monde se côtoie dans les mêmes endroits et fréquente les mêmes lieux (salles de yoga, de danse, de gymnastique, clubs ou associations culturelles). C’est justement à cause de leur ouverture et de la permissivité de leur clientèle à la mystique que les sectes y trouvent un terrain idéal pour leur recrutement. La plupart du temps le contact direct suffit amplement pour le recrutement.
Les réunions se déroulent souvent dans des villas avec des pratiques, un cérémonial, des conventions et des discours propres à chaque groupe, bien que les traits communs entre sectes sont plus nombreux que les différences. Pour les sectes de modeste importance, ces réunions auxquelles il faut ajouter les contacts avec les membres d’outre mer, suffisent en attendant “l’ère du triomphe de l’intégrale mystique". Quant aux sectes plus significatives comme la Soka Gakkaï, elles se présentent à l’extérieur sous forme d’associations culturelles, ce qui constitue une bonne façade légale. La puissante secte américaine les Témoins de Jéhovah utilise plutôt les publications (livres, brochures, revue... ) gratuites et à grande diffusion pour s’implanter dans tous les pays du monde.

• Maroc-Hebdo international : Les sectes au Maroc sont-elles dangereuses ?
- Ben Rochd Er Rachid : Au niveau de chaque individu, je pense que oui. Je connais plusieurs jeunes hommes qui, cédant au discours “new age" de la secte La Méditation transcendentale, ont été irrémédiablement déséquilibrés psychologiquement et socialement. Cela dit, il ne faut pas exagérer le danger des sectes au Maroc, d’abord parce que leur présence est négligeable et que le Maroc n’est pas un terrain fertile pour elles: la pauvreté et l’impact de l’Islam ne leur laissent qu’une marge d’influence minimale.

 

 

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