Prédictions pour la campagne agricole 2001-2002
Le spectre de la sécheresse

Des études scientifiques récentes ont mis en relief le degré de vulnérabilité
de l’économie marocaine face aux impacts de la fréquence et intensité
des sécheresses d’ici 2020.

Seddik Mouaffak

 

Nous sommes à la fin de la saison automnale et la pluie n’est pas encore au rendez-vous. La météo ne semble pas annoncer des jours meilleurs. Certes, après les dernières pluies, le niveau des barrages a augmenté. Est ce suffisant? Rien n’est moins sûr. Les agriculteurs sont inquiets. Le spectre de la sécheresse pèse encore une fois de tout son poids sur nos campagnes.
On ne le répétera pas assez, la sécheresse est de plus en plus chronique. Des études scientifiques récentes comme celle préparée pour le compte du Ministère de l’Environnement, dans le cadre de la présentation de la première communication nationale présentée par le Maroc à la septième Conférence des Nations Unies sur les Changements Climatiques qui a eu lieu à Marrakech, par une équipe de chercheurs universitaires a mis en relief le degré de vulnérabilité de l’économie marocaine face aux impacts de la fréquence et intensité des sécheresses d’ici 2020.

Dérèglement

En effet l’étude de vulnérabilité/adaptation effectuée par Jamal Alibou, Zoubir Bouazza et Mohamed Sinan de l’Ecole Hassania des Travaux Publics, de Seddik Mouaffak de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Casablanca et de Mohamed Jalil du bureau d’études Hydraumet, a notamment constaté, sur la base de scénarios climatiques, non seulement à une tendance à la réduction moyenne du volume annuel des précipitations mais aussi à une baisse moyenne et générale des ressources en eau d’ici 2020.
Les conséquences de cette baisse et du dérèglement des précipitations seraient, entre autres, une réduction de la capacité des barrages,une réduction des rendements des céréales ainsi qu’un accroissement des besoins en eau des cultures irriguées. Selon les auteurs de cette étude, les impacts négatifs des changements climatiques pourront, néanmoins, être atténués si des programmes d’adaptation sont mis en en œuvre dans les brefs délais,notamment dans les secteurs les plus vulnérables comme ceux de l’eau et de l’agriculture.

Désengagement

Certes, les efforts fournis par le ministère de Bouamer Taghouane, Ministre de l’Equipement et des Travaux Publics, en matière de construction et d’aménagement des barrages et par le ministère d ‘Ismail Alaoui, Ministre de l’Agriculture, du Développement Rural et des Pèches Maritimes, en matière de renforcement du dispositif d’aide et d’allègement des dettes des exploitants agricoles ne sont pas négligeables. Mais ils restent insuffisants pour faire face aux défis du monde rural d’ici l’an 2020.
Une politique conséquente de développement rural reste tributaire d’un développement agricole dynamique et soutenu . Politique qui prend notamment en compte la maîtrise de l’aléa climatique et une meilleure valorisation de la ressource en eau.Or, les stratégies traditionnelles de résistance à l’aléa climatique fondées sur la complémentarité entre activités, entre terroirs et parfois entre régions ont été gravement compromises par la difficulté croissante d’accès à une ressource inégalement répartie.
Sur un autre plan, l’aléa climatique conditionne à la fois la situation des exploitants agricoles et celle de l’emploi rural . Les stratégies de résistance à l’aléa, parties intégrantes d’une politique de développement rural, devraient être dominées par la recherche de la réduction des risques plutôt que de leur compensation par un régime d’assurance ou d’assistance conjoncturelle. Par ailleurs, on ne peut pas ignorer les efforts consentis par les pouvoirs publics en matière de mise en valeur des périmètres irrigués. Efforts qui se sont traduits par une progression spectaculaire de la production des zones irriguées.
Mais, les auteurs du document de référence de la “stratégie 2020 de développement rural” publié en 1999 par le Ministère de l’Agriculture, du Développement Rural et des Pèches Maritimes ont constaté “qu’au cours des années 80, l’option de mise en valeur dirigée n’était plus tenable dans le cadre d’une économie de marché et d’un désengagement de l’Etat imposés par l’ajustement structurel”.
De nouvelles options doivent être prises en considération, impliquant notamment, selon le même document “la réorganisation des Offices Régionaux de Mise en Valeur Agricole(ORMVA) en fonction d’une nouvelle mission centrée sur la gestion de l’eau et des aménagements” et “une responsabilisation accrue des usagers dans le domaine de l’entretien des réseaux et la gestion directe de leur exploitation par la libéralisation des assolements, la constitution des associations d’usagers et l’incitation à l’économie de l’eau sous tendue par une politique améliorée de la tarification”.

 

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