Complexité des rapports hispano-marocains
Gibraltar, Sebta et Melillia

L’erreur de l’Espagne dans ses relations avec le Maroc, consiste à user des mêmes stratégies ou plutôt des mêmes tactiques : le chantage. Elle crie fort sans raison, ou elle se présente en victime ou encore elle joue la crédulité en disant: "Pas de différends, d’aucune nature, d’aucun type."

D. Abouyoussef

 


• SM Mohammed VI en compagnie du roi d’Espagne Juan Carlos et du Premier ministre José Maria Aznar.

 

L’avantage dans les relations bilatérales entre Etats, c’est de pouvoir comprendre le pourquoi du comment des choses! Aujourd’hui l’Espagne applique à la lettre ce proverbe marocain qui dit: “m’a frappé et a pleuré; s’est dépêché et m’a accusé”.
L’affaire présente et l’actualité qui préoccupent l’Espagne est d’une lecture très simple: comment distraire le Maroc tandis que s’ouvrent des négociations sur le futur statut de Gibraltar?
Le souci majeur de l’Espagne est donc de nous faire oublier en ce moment Sebta et Melillia. Le drame pour l’Espagne serait que le Maroc fasse un parallèle avec Gibraltar ; que le Maroc rappelle ses revendications, insiste sur les conditions de l’occupation, retrace les guerres pour libérer ces deux villes, raconte les guerres menées avec succès pour libérer El Jadida, Agadir, Essaouira, Mehdia, Acila, occupées à la même période que Sebta et Melillia, révèle aussi les dessous qui n’ont pas permis l’occupation de Tanger en ces temps-là.

Hostilités

En conclusion: le tout pour le Maroc est de démontrer, si besoin est, que son combat pour Sebta et Melillia est sans limites, continu, permanent, incessant et exaltant, comme celui de l’Espagne pour la ville de Gibraltar, occupée par les Anglais à la même période.
Alors l’Espagne nous accuse de tout et de rien : notre Sahara, l’immigration clandestine et même régulière, la pêche, l’agriculture, l’UE, le Conseil de Sécurité, la France, les Marocains juifs, les Marocains musulmans, la circulation dans le Détroit et en Méditerranée, les Iles Canaries et les frontières maritimes, nos relations avec l’Afrique, la tomate et les oranges exportées… il n’y manque que l’air et le soleil sur lesquels l'Espagne souhaiterait aussi nous restreindre…
Nous connaissons notre voisin du nord. Il nous connaît. À tous les tournants de l’histoire marocaine, l’Espagne est là.
Pour elle, l’occupation de la Péninsule ibérique par Tarik est un sacrilège, une hérésie qu’elle a pu faire payer aux Morisques en septembre 1609 avec, à la clé, plusieurs centaines de milliers de morts –on parle de 300 000 à 500 000 morts-. Pour certains historiens un génocide escamoté.
En dehors des péripéties des hostilités contre nous, de Charles-Quint, de Jeanne la folle ; d’Isabelle-la-Catholique, du Duc de Lerma, voire de l’Inquisition ibérique et des Ferias des villes espagnoles revanchardes et haineuses où le matamore a toujours le dernier mot, l’Espagne s’est donné presque un siècle de répit avec la défaite de Tétouan en 1859 où victorieuse, suite à une énième agression de sa part, elle a astreint le Maroc à des dédommagements et intérêts colossaux pour l’époque –qu’elle devrait, à priori, nous rembourser- qui ont saigné l’économie marocaine et ont préparé la perte de notre souveraineté consommée en 1912. Tout étant lié : le moment de répit passé, dès notre indépendance, l’Espagne recommença à souffler le chaud et le froid sur nos relations; Sebta et Melillia obligent.

Renouveau

On ne peut oublier le rôle –une codominance- de l’Espagne, sa façon de faire, ses complexes vis-à-vis du Maroc, ses clichés, ses méthodes et ses anti-méthodes, précurseurs de toujours de ce choc des civilisations qui fait l’actualité. L’erreur de l’Espagne dans ses relations avec le Maroc, consiste à user des mêmes stratégies ou plutôt des mêmes tactiques : le chantage. Elle crie fort sans raison, ou elle se présente en victime ou encore elle joue la crédulité en disant: “Pas de différends, d’aucune nature, d’aucun type." Comment négocier avec ceux qui fuient? L’Espagne, avec ses proches ou lointaines complicités objectives, n’a pas encore compris qu’il est des temps révolus qui s’effacent, et qu’il est des temps nouveaux qui s’installent. Le chantage ne peut perdurer. À chaque période ses hommes, leurs expressions et leurs styles.
Le Maroc, à travers ses initiatives, comprend l’acharnement de l’Espagne pour le retour en son sein de Jabal Tarik, patrimoine de l’Histoire. L’Espagne devrait comprendre l’acharnement du Maroc pour le retour de Sebta et Melillia. Une bonne façon d’effacer de tristes pages de l’Histoire commune en ce monde qui se dit en renouveau. Le Royaume du Maroc, Etat du continent africain, qui a fait un long chemin avec l’Espagne musulmane, almoravide et almohade, le sait bien: un jour, il faut bien partir, avec le plus de dignité possible et en sauvant l’avenir. Ainsi fut fait pour l’intégrité territoriale du Maroc quand l’Espagne a restitué, dans le calme et la sérénité, Tarfaya, Sidi Ifni et les provinces sahariennes comme elle a dû quitter auparavant mais difficilement Santa Cruz (Agadir) et Arzella (Acila).
Et donc, demain à Gibraltar espagnole, répondront sur rive, Sebta et Melillia marocaines. Toute autre gesticulation est vaine.


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