Aïcha Belcaïd, militante des droits de l’Homme
Dévouement au féminin

C’est au CCDH que Aïcha Belcaïd “fait ses lettres de noblesse”. Ce qui ne
l’empêche pas de mener une vie où l’engagement au sens sartrien est
constamment présent même si elle ne se reconnaît pas vraiment dans un parti politique. Cette militante trouve encore du temps à consacrer à des “détresses individuelles”. Comme elle le dit joliment.

Abdellatif El Azizi

 


• Aïcha Belcaïd, l’engagement au quotidien.

 

Ce qui frappe d’abord, c’est la voix, une intonation d’une douceur infinie. Le cœur sur la main, Aïcha Belcaïd aime à se définir comme une “enfant du terroir”, berbère jusqu’au bout des ongles, cette femme, d’une élégance raffinée, représente un modèle d’intégration que lui envieraient bien des dames. Quand elle évoque son enfance, ses yeux brillent d’un éclat neuf. “Nous avions une maison immense. A El Mers, près de Boulmane. Je me rappelle de tous ces enfants perdus, ces femmes, ces personnes âgées qui trouvaient refuge dans notre demeure”, déclare-t-elle. Son grand-père avait fait de cette demeure, non seulement un gîte pour les déshérités de la région, mais il s’occupait également de rendre justice au nom du sultan puisqu’il était le chef de la tribu des Aït Segrhouchen. Issue du mariage d’un descendant de Sidi Ali Serghouchi, ce saint dont le seul “regard a suffi pour pétrifier un chacal”, elle retrouve du côté de sa mère, qui appartient à la Zaouia des La chraf, cette écoute attentive à la souffrance des autres, cet élan continu dans le don. Quelques années à suivre un père militaire dans la ville ouvrière de Youssoufia à un moment où le syndicalisme battait son plein lui apprendront le sens du politique: “j’ai été très tôt sensibilisée aux questions liées à la lutte des ouvriers. Ce fut ma première leçon de politique”


Sensibilité

Façonnée dans ce moule, la jeune lycéenne, qui décroche son bac à seize ans, se lance dans des études de droit à la faculté de Casablanca. Après une licence en sciences politiques, suivie d’un DES en sciences administratives, elle se retrouve dans le cabinet du ministre des Postes et des Télécommunications de 1983 à 1989. Ce sera sa première expérience professionnelle. Elle en profitera pour donner à ses étudiants de l’Ecole Nationale d’Administration un enseignement riche sur la base d’une expérience effective. Maître assistant à l’ENA , elle soutient en décembre 1993 une thèse de doctorat sur le statut juridique de la presse au Maroc. Elle mettra la main à la pâte en commettant de temps à autre des articles de presse. Elle pensait déjà que la profession avait besoin d’une refonte du cadre légal qui la régit sur la base des principes de liberté et de responsabilité à même de la mettre à l’abri des dérapages.
Mais l’aventure ne commence vraiment qu’en1998 quand elle est appelée à rejoindre le Conseil Consultatif des Droits de l’Homme.
Avec une culture profondément enraciné des droits de l’homme, elle sait que chaque jour dans le Maroc, des hommes, des femmes et des enfants, voient leurs droits élémentaires remis en cause, niés, bafoués. Certains sont victimes de l'arbitraire, d'autres subissent des violations de leurs droits dans les actes parfois les plus simples de leur vie: travailler, s'exprimer, se réunir, voter.
C’est pour ces gens là, pour leur honneur bafoué qu’elle n’hésite pas à intégrer le CCDH en tant que membre actif. Une structure qui semble tout indiquée pour ceux qui s’intéressent de très près à la question. Cette proximité, elle l’appréciera davantage puisqu’elle intègre dès le départ la commission de la communication et relations avec les ONG. Au CCDH, elle ne se laissera pas enfermer dans l'image de la femme de service qui la menaçait déjà. Le respect des autres sera son garde-fou, sa passion fera le reste. On l’écoute, plutôt sous le charme, parler d’une expérience aussi riche.

Loyauté

A Madrid où elle représentait le CCDH à un colloque organisé en janvier 2000 par Amnesty International, elle laisse de côté la diplomatie pour dénoncer “les multiples formes de répression et d’humiliations auxquelles sont soumis les séquestrés de Tindouf. Les emprisonnements arbitraires, les viols, les liquidations physiques… Elle appelle l’assistance à rompre un silence déloyal au sujet des séquestrés de Tindouf!”.
Au CCDH, où elle n’hésite pas à “faire ses lettres de noblesse”, ne l’empêche pas de mener une vie où l’engagement au sens sartrien est constamment présent même si elle ne se reconnaît pas vraiment dans un parti politique . Dans le monde associatif, en politique mais plus encore chez elle. Puisqu’elle trouve encore le temps après une journée de travail au rythme infernal à consacrer du temps à des «détresses individuelles». Comme elle le dit joliment.
La petite enfance avait été sans souci, sans lassitude attendrie, même si désormais elle prend en charge les maladies de la misère, imprégnée d’une profonde morale religieuse, elle tient à ce que sa petite fille de onze ans apprenne à écouter les autres sans jamais se lasser. Profondément croyante, ce petit bout de femme n’attend pas grand-chose en échange mais elle cite néanmoins ce fameux verset “A ceux dont les cœurs sont plein générosité, Dieu donnera en retour”.


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