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Devinez
qui est venu déjeuner mercredi 14 novembre 2001 dans un restaurant
de Casablanca, connu pour sa gastronomie typiquement marocaine, Riad Zitoune,
pour ne pas le nommer? Mme Danielle Mitterrand. Le patron du resto, lui-même
ancien journaliste, est du genre averti. Mais les clients, généralement
des intellos nationaux un peu dépaysés, n'en croyaient pas
leurs yeux. Comment se peut-il que cette vénérable grand-mère
ne soit pas déclarée persona non-grata, alors qu'elle fait
campagne pour nous amputer du tiers de notre territoire national?
Si elle avait dit sur l'Algérie un centième des gentillesses"
qu'elle déverse régulièrement et même ponctuellement
sur notre pays, les généraux d'Alger ne lui auraient pas
permis un crochet par Tamanrasset, comme passagère involontaire
d'une quatre-quatre du Paris-Dakar. Le Maroc, c'est différent,
et c'est bien ainsi.
Maroc-libertés
L'ex-première
dame de France, devenu simple citoyenne pour cause de décès
de son président de mari, s'est aménagé une association
pour meubler les après-midi de ses vieux jours. France-Libertés",
qu'elle l'a appelée. Tindouf-séquestration" aurait
été mieux indiqué, puisque nos compatriotes sahraouis
constituent son principal sujet de préoccupation, dit-elle, en
fait sa principale matière d'occupation. Toujours est-il que Mme
Mitterrand a été accueillie dans Maroc-Libertés",
malgré ses déclarations franchement hostiles et vertement
tonitruantes.

Danielle Mitterrand avec les mères des disparus.
Dès le premier communiqué de sa fondation, daté du
30 octobre 2001, la vieille dame annonce la couleur. Elle révèle
son projet de se rendre dans les camps sahraouis de Tindouf, puis
au Maroc, puis au Sahara occidental occupé. Et ce du 5 au
19 novembre 2001.
Comme si elle n'avait pas dit assez, Mme Mitterrand ajoute qu'elle achèvera
sa mission à Laâyoune, capitale du Sahara occidental, pour
témoigner sa solidarité et appuyer les Sahraouis dont l'expression
minorée est étouffée par l'autorité occupante.
En trois phrases et deux paragraphes, Mme Mitterrand a fait la totale:
la remise en question du droit du Maroc à son intégrité
territoriale et à sa souveraineté sur son territoire national;
son refus des dernières recommandations de l'ONU sur la question
du Sahara; son alignement total sur les thèses algéro-polisariennes;
et, pour clôturer en apothéose, son intention annoncée
de répéter ses prises de position hostiles devant les pouvoirs
publics marocains. Difficile de faire mieux.
C'est plus que de la provocation, c'est carrément une déclaration
de guerre venant d'une dame qui, apparemment, a peu de respect pour son
âge certain. Il faut croire qu'il y a, comme cela, des régressions
difficiles à vivre, pour soi et pour les autres. Mme Mitterrand
s'est trouvé une vocation tardive en devenant Madame Polisario,
ambassadrice itinérante des séparatistes manipulés
par le trust militaro-politico-électro-ménager d'Alger.
C'est donc tout à fait naturellement que Mme Mitterrand a eu droit
à Alger, avant et après son safari tindoufien, à
tous les égards protocolaires, à toutes les sollicitations
médiatiques. Toutes les antennes-radio, toutes les caméras
de télévision, tous les porte-plumes de la presse écrite
de la place des Martyrs pour rien, n'avaient d'attention que pour Mme
Mitterrand qui, de son côté, servait volontiers de longues
logorrhées sur l'altruisme des gouvernants d'Alger et leur appui
à tous les peuples opprimés, du Kamtchaka au haut Karabakh
en passant par le Tibet et le Sahara.
Altruisme
algérien
Évidemment,
le Maroc en a eu pour son épaisseur historique, en tant qu'empire
chérifien dont les frontières s'arrêtaient à
peine sur la rive ouest du fleuve Sénégal. Mais bien que
l'on ne soit plus ni dans l'Afrique sub-saharienne ni en Andalousie, nos
voisins algériens et hispaniques continuent à nous traiter
d'expansionnistes sur notre simple espace géographique décolonisé.
Enfin presque, si l'on considère Sebta et Mellilia. Encore heureux
que Mme Mitterrand ne se soit pas intéressée, certainement
faute de temps, aux particularismes des Doukala, des Abda, des Beni Aârous
et autres Chiadma. Autrement c'en était fini pour notre hymne national.
Le plus étonnant, c'est que Mme Mitterrand soit étonnée
par l'accueil qui lui a été fait au Maroc. En fait, elle
a eu droit à un double étonnement pour le prix d'un sauf-conduit.
D'un côté, ses déclarations ont provoqué une
indignation largement partagée et une levée de bouclier
des partis politiques, du mouvement associatif et de la presse nationale.
De l'autre côté, elle a eu, malgré tout, l'autorisation
d'entrer au Maroc, d'y circuler librement, de Marrakech à Rabat
en passant par Casablanca et peut-être même par Laâyoune,
et de rencontrer qui elle voulait et qui voulait la rencontrer.
Pour être reçue au Maroc, il fallait que Mme Mitterrand soit
invitée. Effectivement, elle l'a été par des associations
marocaines. Mais suite à son épanchement diarrhéique
à Alger-Tindouf-Alger, nombre de ces associations ont émis
des réserves sur sa venue au Maroc, d'autres ont carrément
refusé le moindre contact avec elle.
Une fois au Maroc, Mme Mitterrand n'a pas chômé. Elle devait
s'entretenir, en toute liberté, avec un large éventail d'associations,
entre autres, celles des droits de l'Homme, des disparus, des victimes
de la torture, ainsi que leurs sections à Laâyoune si jamais
elle reçoit l'accord des autorités publiques pour se rendre
dans cette ville, ce qui n'est pas du tout acquis.
De même qu'elle a eu, à Marrakech, un entretien de près
de quatre heures avec les membres du Conseil consultatif pour les provinces
sahariennes, avec le président du Conseil municipal de Laâyoune,
Kalli Hanna Ould Rachid, et l'ambassadeur itinérant, Brahim Hakim.
Mme Mitterrand ne pourra pas dire, dans ses prochains réquisitoires
sur le Maroc, qu'elle n'a pas eu accès aux différentes sensibilités
nationales sur le sujet du Sahara marocain. Un sujet qui semble lui insuffler
une improbable nouvelle jeunesse.
Insolente
légèreté
En plus
de ses litanies répétitives et provocantes, Mme Mitterrand
a placé la barre encore plus haut. Elle a demandé rien moins
que d'être reçue en audience par S.M Mohammed VI. Comble
d'une insolente légèreté, qui normalement devait
se dissiper avec le troisième âge, elle a claironné
qu'elle allait exprimer au Souverain son refus de l'accord cadre de l'ONU
pour le Sahara. Pourquoi donc Mme Mitterrand tient-elle à rencontrer
le Roi du Maroc, garant de l'unité du pays, puisque sa position
à elle, est définitivement imperméable à tout
débat raisonnable sur la question?
On sait ce que pense Danielle Mitterrand de la solution préconisée
par James Baker pour le Sahara; solution avalisée par le Conseil
de sécurité et adoptée par les grandes puissances
et la quasi-totalité de la communauté internationale.
Elle dit ceci: Toute solution promue 2ème ou 3ème
voie, que l'on voudrait dicter aux Sahraouis, ne correspond pas à
leurs aspirations". Et qu'est ce donc qui correspondrait aux élus
du cur de Mme Mitterrand? La réponse est aussi simpliste
que toute la démarche de la jeune doyenne des dames de France:
le référendum.
Autrement dit, la voie sans issue, le blocage, le maintien du statu-quo,
avec tout ce que cela comporte de risques de pourrissement et de déstabilisation
pour tout le nord-ouest africain.
En fait, par cette position, Mme Mitterrand ne s'inscrit pas seulement
dans la stratégie algérienne, mais elle rejoint les idées
préconçues de l'inter-groupe parlementaire européen
animé par Margot Kessler, sous le générique équivoque
de Paix pour le peuple sahraoui". Quelle paix, pour quel peuple?
Mme Kessler lève le voile sur les intentions de son collectif,
en exprimant, le 5 novembre 2001, son soutien enthousiaste au voyage
de Mme Mitterrand dans les camps de réfugiés sahraouis et
dans les territoires du Sahara occidental occupés par le Maroc".
Voyage
compromis
Pour la
dame Mitterrand, la communauté internationale, qui veut en finir
avec un problème factice vieux de plus de vingt-cinq ans, ne fait
rien d'autre que de s'amuser du peuple sahraoui qui aspire à
son auto-détermination". Par auto-détermination, une
tambouille mêlée à toutes les sauces mal mijotées,
il faut comprendre indépendance. La mayonnaise ne prendra pas,
parce que si elle prenait, ce serait pour rester dans le lexique
pied-noir, cher à Mme Mitterrand- le pastis pour toute la région.
On l'aura compris, Danielle Mitterrand a ses propres sahraouis. Contrairement
à ce qu'elle veut laisser croire, ce ne sont pas les séquestrés
de Tindouf, mais les créations algériennes qui les séquestrent.
Le passage à Laâyoune de Mme Mitterrand, formellement prévu
pour le 16 novembre, est plus que compromis.
Pas pour sa sécurité qui est parfaitement assurée,
mais par égard au rang hérité de son défunt
mari. Les sections locales du mouvement associatif et la population de
Laâyoune projettent de lui réserver un accueil pas très
agréable, quitte à tenter d'empêcher l'avion de Mme
Mitterrand d'atterrir.
La section locale de l'OADP à Laâyoune, pour ne citer que
ce parti politique, prépare un accueil digne de l'ex-première
dame de France, avec force banderoles de protestation. Mme Mitterrand
a suffisamment de jugeote politique pour ne pas se laisser dire qu'il
s'agit d'une manifestation orchestrée par les services marocains".
L'OADP, organisation d'opposition irréductible, échappe
à ce catalogage éculé.
Si ce voyage se concrétisait, Mme Mitterrand pourrait ou aurait
pu rencontrer des Sahraouis satisfaits, d'autres un peu moins, d'autres
encore plus franchement et même bruyamment contestataires. Tous,
citoyens marocains avec leurs satisfecits, leurs ambitions et leurs problèmes.
Mais ce n'est pas cela finalement qui gâchera la visite de Mme Mitterrand.
Le principal facteur de perturbation de ce voyage, aussi improbable que
pas très tranquille, c'est la récente grâce royale
des détenus sahraouis pour diverses raisons touchant à l'ordre
public. Mieux, Mme Mitterrand pourrait, ou aurait pu rencontrer ces ex-détenus
graciés, y compris le pro-Polisario repenti, Daddach Sidi Mohamed,
dont la mère, retenue à Tindouf, ne rêve que de rejoindre
son fils.
Daddach
repenti
À
Laâyoune, Danielle Mitterrand constaterait, ou aurait pu constater,
de visu les réalisations accomplies dans la capitale du Sahara
libéré, ainsi que le vent de liberté qui y souffle
envers et contre les allégations fallacieuses d'Alger et du Polisario.
Toutes ces réalités, Mme Mitterrand pourrait les chasser
de son esprit définitivement branché sur Tindouf. Mais elle
pourra difficilement accepter la proposition que lui a faite Khalli Hanna
Ould Rachid: ouvrir les camps de Tindouf, tout comme le Sahara marocain
a toujours été ouvert; et laisser les Sahraouis libres de
leurs mouvements, pour se déplacer et s'installer là où
bon leur semble. Résultat prévisible: Il n'y aurait plus
grand monde à Tindouf; mais il y aura toujours de la place à
Laâyoune, à Dakhla, à Smara et à Boujdour.
Et bon retour, tout de même, à Danielle Mitterrand dans sa
France Libertés" qui, fort heureusement, n'est pas la
France que l'on connaît et qui nous connaît.
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