Danielle Mitterrand a été accueillie dans “Maroc-Libertés",
malgré ses déclarations hostiles
La taupe du Polisario

On l'aura compris, Danielle Mitterrand a ses propres sahraouis. Contrairement
à ce qu'elle veut laisser croire, ce ne sont pas les séquestrés de Tindouf,
mais les créations algériennes qui les séquestrent.

Abdellatif Mansour

 


• Danielle Mitterrand côté de Khadija Roussi, dont le frère Khalid a disparu en 1964.

 

Devinez qui est venu déjeuner mercredi 14 novembre 2001 dans un restaurant de Casablanca, connu pour sa gastronomie typiquement marocaine, Riad Zitoune, pour ne pas le nommer? Mme Danielle Mitterrand. Le patron du resto, lui-même ancien journaliste, est du genre averti. Mais les clients, généralement des intellos nationaux un peu dépaysés, n'en croyaient pas leurs yeux. Comment se peut-il que cette vénérable grand-mère ne soit pas déclarée persona non-grata, alors qu'elle fait campagne pour nous amputer du tiers de notre territoire national?
Si elle avait dit sur l'Algérie un centième des “gentillesses" qu'elle déverse régulièrement et même ponctuellement sur notre pays, les généraux d'Alger ne lui auraient pas permis un crochet par Tamanrasset, comme passagère involontaire d'une quatre-quatre du Paris-Dakar. Le Maroc, c'est différent, et c'est bien ainsi.

Maroc-libertés

L'ex-première dame de France, devenu simple citoyenne pour cause de décès de son président de mari, s'est aménagé une association pour meubler les après-midi de ses vieux jours. “France-Libertés", qu'elle l'a appelée. “Tindouf-séquestration" aurait été mieux indiqué, puisque nos compatriotes sahraouis constituent son principal sujet de préoccupation, dit-elle, en fait sa principale matière d'occupation. Toujours est-il que Mme Mitterrand a été accueillie dans “Maroc-Libertés", malgré ses déclarations franchement hostiles et vertement tonitruantes.


• Danielle Mitterrand avec les mères des disparus.


Dès le premier communiqué de sa fondation, daté du 30 octobre 2001, la vieille dame annonce la couleur. Elle révèle son projet de “se rendre dans les camps sahraouis de Tindouf, puis au Maroc, puis au Sahara occidental occupé”. Et ce du 5 au 19 novembre 2001.
Comme si elle n'avait pas dit assez, Mme Mitterrand ajoute qu'elle “achèvera sa mission à Laâyoune, capitale du Sahara occidental, pour témoigner sa solidarité et appuyer les Sahraouis dont l'expression minorée est étouffée par l'autorité occupante”.
En trois phrases et deux paragraphes, Mme Mitterrand a fait la totale: la remise en question du droit du Maroc à son intégrité territoriale et à sa souveraineté sur son territoire national; son refus des dernières recommandations de l'ONU sur la question du Sahara; son alignement total sur les thèses algéro-polisariennes; et, pour clôturer en apothéose, son intention annoncée de répéter ses prises de position hostiles devant les pouvoirs publics marocains. Difficile de faire mieux.
C'est plus que de la provocation, c'est carrément une déclaration de guerre venant d'une dame qui, apparemment, a peu de respect pour son âge certain. Il faut croire qu'il y a, comme cela, des régressions difficiles à vivre, pour soi et pour les autres. Mme Mitterrand s'est trouvé une vocation tardive en devenant Madame Polisario, ambassadrice itinérante des séparatistes manipulés par le trust militaro-politico-électro-ménager d'Alger.
C'est donc tout à fait naturellement que Mme Mitterrand a eu droit à Alger, avant et après son safari tindoufien, à tous les égards protocolaires, à toutes les sollicitations médiatiques. Toutes les antennes-radio, toutes les caméras de télévision, tous les porte-plumes de la presse écrite de la place des Martyrs pour rien, n'avaient d'attention que pour Mme Mitterrand qui, de son côté, servait volontiers de longues logorrhées sur l'altruisme des gouvernants d'Alger et leur appui à tous les peuples opprimés, du Kamtchaka au haut Karabakh en passant par le Tibet et le Sahara.

Altruisme algérien

Évidemment, le Maroc en a eu pour son épaisseur historique, en tant qu'empire chérifien dont les frontières s'arrêtaient à peine sur la rive ouest du fleuve Sénégal. Mais bien que l'on ne soit plus ni dans l'Afrique sub-saharienne ni en Andalousie, nos voisins algériens et hispaniques continuent à nous traiter d'expansionnistes sur notre simple espace géographique décolonisé. Enfin presque, si l'on considère Sebta et Mellilia. Encore heureux que Mme Mitterrand ne se soit pas intéressée, certainement faute de temps, aux particularismes des Doukala, des Abda, des Beni Aârous et autres Chiadma. Autrement c'en était fini pour notre hymne national.
Le plus étonnant, c'est que Mme Mitterrand soit étonnée par l'accueil qui lui a été fait au Maroc. En fait, elle a eu droit à un double étonnement pour le prix d'un sauf-conduit. D'un côté, ses déclarations ont provoqué une indignation largement partagée et une levée de bouclier des partis politiques, du mouvement associatif et de la presse nationale.
De l'autre côté, elle a eu, malgré tout, l'autorisation d'entrer au Maroc, d'y circuler librement, de Marrakech à Rabat en passant par Casablanca et peut-être même par Laâyoune, et de rencontrer qui elle voulait et qui voulait la rencontrer.
Pour être reçue au Maroc, il fallait que Mme Mitterrand soit invitée. Effectivement, elle l'a été par des associations marocaines. Mais suite à son épanchement diarrhéique à Alger-Tindouf-Alger, nombre de ces associations ont émis des réserves sur sa venue au Maroc, d'autres ont carrément refusé le moindre contact avec elle.
Une fois au Maroc, Mme Mitterrand n'a pas chômé. Elle devait s'entretenir, en toute liberté, avec un large éventail d'associations, entre autres, celles des droits de l'Homme, des disparus, des victimes de la torture, ainsi que leurs sections à Laâyoune si jamais elle reçoit l'accord des autorités publiques pour se rendre dans cette ville, ce qui n'est pas du tout acquis.
De même qu'elle a eu, à Marrakech, un entretien de près de quatre heures avec les membres du Conseil consultatif pour les provinces sahariennes, avec le président du Conseil municipal de Laâyoune, Kalli Hanna Ould Rachid, et l'ambassadeur itinérant, Brahim Hakim. Mme Mitterrand ne pourra pas dire, dans ses prochains réquisitoires sur le Maroc, qu'elle n'a pas eu accès aux différentes sensibilités nationales sur le sujet du Sahara marocain. Un sujet qui semble lui insuffler une improbable nouvelle jeunesse.

Insolente légèreté

En plus de ses litanies répétitives et provocantes, Mme Mitterrand a placé la barre encore plus haut. Elle a demandé rien moins que d'être reçue en audience par S.M Mohammed VI. Comble d'une insolente légèreté, qui normalement devait se dissiper avec le troisième âge, elle a claironné qu'elle allait exprimer au Souverain son refus de l'accord cadre de l'ONU pour le Sahara. Pourquoi donc Mme Mitterrand tient-elle à rencontrer le Roi du Maroc, garant de l'unité du pays, puisque sa position à elle, est définitivement imperméable à tout débat raisonnable sur la question?
On sait ce que pense Danielle Mitterrand de la solution préconisée par James Baker pour le Sahara; solution avalisée par le Conseil de sécurité et adoptée par les grandes puissances et la quasi-totalité de la communauté internationale.
Elle dit ceci: “Toute solution promue 2ème ou 3ème voie, que l'on voudrait dicter aux Sahraouis, ne correspond pas à leurs aspirations". Et qu'est ce donc qui correspondrait aux élus du cœur de Mme Mitterrand? La réponse est aussi simpliste que toute la démarche de la jeune doyenne des dames de France: le référendum.
Autrement dit, la voie sans issue, le blocage, le maintien du statu-quo, avec tout ce que cela comporte de risques de pourrissement et de déstabilisation pour tout le nord-ouest africain.
En fait, par cette position, Mme Mitterrand ne s'inscrit pas seulement dans la stratégie algérienne, mais elle rejoint les idées préconçues de l'inter-groupe parlementaire européen animé par Margot Kessler, sous le générique équivoque de “Paix pour le peuple sahraoui". Quelle paix, pour quel peuple? Mme Kessler lève le voile sur les intentions de son collectif, en exprimant, le 5 novembre 2001, son soutien enthousiaste “au voyage de Mme Mitterrand dans les camps de réfugiés sahraouis et dans les territoires du Sahara occidental occupés par le Maroc".

Voyage compromis

Pour la dame Mitterrand, la communauté internationale, qui veut en finir avec un problème factice vieux de plus de vingt-cinq ans, ne fait rien d'autre que de “s'amuser du peuple sahraoui qui aspire à son auto-détermination". Par auto-détermination, une tambouille mêlée à toutes les sauces mal mijotées, il faut comprendre indépendance. La mayonnaise ne prendra pas, parce que si elle prenait, ce serait –pour rester dans le lexique pied-noir, cher à Mme Mitterrand- le pastis pour toute la région.
On l'aura compris, Danielle Mitterrand a ses propres sahraouis. Contrairement à ce qu'elle veut laisser croire, ce ne sont pas les séquestrés de Tindouf, mais les créations algériennes qui les séquestrent. Le passage à Laâyoune de Mme Mitterrand, formellement prévu pour le 16 novembre, est plus que compromis.
Pas pour sa sécurité qui est parfaitement assurée, mais par égard au rang hérité de son défunt mari. Les sections locales du mouvement associatif et la population de Laâyoune projettent de lui réserver un accueil pas très agréable, quitte à tenter d'empêcher l'avion de Mme Mitterrand d'atterrir.
La section locale de l'OADP à Laâyoune, pour ne citer que ce parti politique, prépare un accueil digne de l'ex-première dame de France, avec force banderoles de protestation. Mme Mitterrand a suffisamment de jugeote politique pour ne pas se laisser dire qu'il s'agit d'une manifestation orchestrée par “les services marocains". L'OADP, organisation d'opposition irréductible, échappe à ce catalogage éculé.
Si ce voyage se concrétisait, Mme Mitterrand pourrait ou aurait pu rencontrer des Sahraouis satisfaits, d'autres un peu moins, d'autres encore plus franchement et même bruyamment contestataires. Tous, citoyens marocains avec leurs satisfecits, leurs ambitions et leurs problèmes. Mais ce n'est pas cela finalement qui gâchera la visite de Mme Mitterrand.
Le principal facteur de perturbation de ce voyage, aussi improbable que pas très tranquille, c'est la récente grâce royale des détenus sahraouis pour diverses raisons touchant à l'ordre public. Mieux, Mme Mitterrand pourrait, ou aurait pu rencontrer ces ex-détenus graciés, y compris le pro-Polisario repenti, Daddach Sidi Mohamed, dont la mère, retenue à Tindouf, ne rêve que de rejoindre son fils.

Daddach repenti

À Laâyoune, Danielle Mitterrand constaterait, ou aurait pu constater, de visu les réalisations accomplies dans la capitale du Sahara libéré, ainsi que le vent de liberté qui y souffle envers et contre les allégations fallacieuses d'Alger et du Polisario.
Toutes ces réalités, Mme Mitterrand pourrait les chasser de son esprit définitivement branché sur Tindouf. Mais elle pourra difficilement accepter la proposition que lui a faite Khalli Hanna Ould Rachid: ouvrir les camps de Tindouf, tout comme le Sahara marocain a toujours été ouvert; et laisser les Sahraouis libres de leurs mouvements, pour se déplacer et s'installer là où bon leur semble. Résultat prévisible: Il n'y aurait plus grand monde à Tindouf; mais il y aura toujours de la place à Laâyoune, à Dakhla, à Smara et à Boujdour.
Et bon retour, tout de même, à Danielle Mitterrand dans sa “France Libertés" qui, fort heureusement, n'est pas la France que l'on connaît et qui nous connaît.

Retour