Commémoration du 26ème anniversaire de la Marche Verte
Ce 6 novembre 1975...

El Rhezouani Rachidi a été membre de l’État major avancé de la Marche verte. Vingt six ans après ce grandiose événement, qui a permis à notre pays
de récupérer ses provinces du Sahara, M. Rachidi nous a fait part de son
témoignage. Un témoignage riche en informations et en impressions.

Par El Rhezouani Rachidi

 


• Feu S.M Hassan II et S.M le Roi Mohammed VI alors Prince Héritier au cœur de l’action.

 

En tant que membre de l’État Major avancé de la Marche Verte, j’ai voulu témoigner et exprimer mes sentiments sur cette œuvre unique et géniale, rêvée par un géant de l’histoire et réalisée autour de lui par un peuple capable de relever tous les défis et qui s’est ouvert par ce fait majeur la voie à tous les espoirs.
Je ne parlerai ni de la gestation de l’idée en elle même, exceptionnelle dans l’histoire de l’humanité, ni du secret qui a été tenu, ni de l’organisation minutieuse, ni de la formidable logistique qui a été déployée pour ce faire.
La Marche Verte aura été avant tout une démonstration d’alliance entre la modération, la sagesse et la force d’une stratégie qui ne sacrifie en rien l’essentiel et qui est habitée par le respect du voisinage, de l’avenir et du droit international.
Elle a sans nul doute été le catalyseur d’une «conscience nouvelle» et d’une «école politique nouvelle».

Générosité

Les Marocains y ont étalé leur diversité, leur unité, leur détermination, leur générosité, leur solidarité et leur capacité d’endurance.
J’y ai rencontré les meilleurs hommes, les plus humbles, les plus forts, les plus généreux. Là bas, nulle tendance partisane, nulle sensiblerie ne s’est faite sentir, car l’objectif commun était d’assurer la continuité de notre être. Mais comment ne pas s’y engager corps et âme alors qu’en toile de fond, l’on sait que le Roi qui en a été l’initiateur, a tout investi pour sauvegarder l’intégrité territoriale du Maroc comme l’a fait avant lui son auguste père pour l’indépendance du Maroc.


• Rhezouani Rachidi au milieu des marcheurs.


Pendant son déroulement, les membres de l’État Major avancé et tout l’encadrement, ont géré une population en déplacement dans un climat pré-saharien. Des solutions ont été imaginées sur place, pour transporter, distribuer, guérir, animer, maintenir l’enthousiasme dans la fraternité et contre l’œuvre de désinformation qui n’a pas manqué et qui a connu son paroxysme la veille de ce jour historique du 6 Novembre.

Sacrifice

Car le risque était là, lancinant! La sagesse de l’engagement était matérialisée par la paix intérieure affichée par les engagés. Certes tout était prévu pour défendre les marcheurs, mais tout se passait comme si tous avaient accepté implicitement de sacrifier leur vie pour leur pays.
Cette formidable force intérieure, cette déferlante sans force de guerre, a évidemment subi des tentatives pour la décourager. A titre d’exemple, le soir du 5 novembre 1975, nous eûmes droit à une caricature ultime lorsqu’un journaliste nous exhibait de prétendues preuves des dangers que nous faisions encourir aux marcheurs.
Il eut droit à une réponse de l’un de nous, simple mais cinglante: « La mort est une probabilité librement acceptée par nous, en ce qui nous concerne, nous marcherons en premier. Si la mort est au rendez-vous, les centaines de milliers de Marocains derrière sauront répondre; la responsabilité incombe à ceux d’en face ». Cette visite certainement calculée n’eut aucun impact sur notre moral. Des dizaines de milliers se sont ébranlés ce mémorable 6 Novembre 1975 pour passer la frontière selon un ordre de marche «rigoureusement respecté », dans une ferveur indescriptible.

Rigueur

Quelque vingt kilomètres parcourus, un arrêt sur ordre supérieur, un retour au point de départ. Cela peut paraître aisé à réaliser mais l’arrêt d’un élan de masse est, en lui-même une épreuve. Le secret de cette élasticité exceptionnelle réside sans nul doute dans la symbiose entre le Roi et le peuple et dans la confiance infinie tissée entre eux depuis des générations.
Certes, l’encadrement de la Marche verte produisait une véritable alchimie d’ordre et de conviction et tous ceux qui pouvaient compléter l’effort produit, l’ont fait en se dépensant sans compter. Dès lors tout devint possible et il n’existait plus d‘impossibilité.
Les volontaires savaient de ce fait que leur engagement et leur mouvement constituaient un moyen de pression pour le Roi qui servait à son tour la patrie au meilleur de ses intérêts et nul ne remit en question l’ordre d’arrêt. Sa Majesté Hassan II a exprimé en ces termes son admiration aux volontaires.
«Ils viennent d’écrire une des pages les plus glorieuses de notre histoire, une page qui sera citée en exemple aux générations futures en fait de discipline, d’obéissance, de maturité, d’endurance et de patriotisme. Les jeunes liront l’épopée de nos volontaires comme nous avons lu l’Anabase du Grec Xénophon ou le récit de la longue Marche de notre ami le président Mao Tsé-toung au début de ce siècle».
Deux chiffres à eux seuls expliquent l’exceptionnelle force intérieure de la marche.
26 décès pour une population de 350.000 personnes. Ce chiffre est inférieur à la mortalité moyenne nationale.
16 naissances, c’est la preuve que seize femmes ont trompé le vigilance des commissions provinciales pour “marcher", c’est la preuve de l’engagement, de la détermination et de la ferveur.
Mais au delà, quelle démonstration de savoir-faire chez les populations du Sud, quelle discipline chez celles du Nord, quelle vivacité au centre !
Enseignement
Toute sociologie de l’action mériterait d’interroger cette richesse car le Maroc est réellement complémentaire et pluriel. Il ne peut être uniformisé. Cette conscience, Sa Majesté Hassan II l’avait assurément d’instinct et il avait pour cela, résisté bien avant au parti unique au prix de dépressions, décidé à l’encontre de la mode d’alors de décentraliser.

Symbiose

L’intensification de la réforme engagée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour notre actuel et notre avenir est habitée sans nul doute par la même conviction et s’appuie sur les mêmes déterminants en parfaite symbiose avec le peuple.
Les vecteurs constitutionnels de l’encadrement devraient constamment s’obliger à une relecture de notre passé pour admettre la justesse des options prises et s’engager à leur enrichissement car le Maroc moderne est né avec la glorieuse Marche Verte. Sa Majesté Hassan II ayant éprouvé son peuple dans l’adversité, il lui a alors prouvé sa volonté politique, malgré les écueils, de le faire participer à la gestion des affaires nationales.
La Marche Verte aura été une dialectique entre la maturation d’un peuple et la volonté affichée d’une monarchie qui puise sa force dans l’allégeance de ce même peuple. Son esprit est encore vivace et son histoire est actuelle. Elle est la démonstration vivante d’une dynamique de la résistance à l’ennemi et de l’œuvre de parachèvement de notre intégrité territoriale sur une base participative. Les citoyens de nos provinces du Sud sauront sûrement faire montre d’une telle démonstration d’unité lors de la visite historique de Sa Majesté Mohammed VI à Laâyoune, et que tous les calculs malveillants viendront se fracasser sur un roc millénaire solidifié à l’épreuve du temps.
En cela, la Marche Verte est une leçon vivante, une référence.
J’ai eu la chance exceptionnelle de servir cette œuvre grandiose, et j’en tire une grande fierté. J’en retire une considération réelle et constante pour tout l’encadrement et en particulier pour les membres de l’État Major avancé dont certains se sont dépensés jusqu’à l’usure. Que ceux parmi eux qui sont morts depuis trouvent ici l’expression de mon humble hommage.

 

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