Le dahir royal pour l'épanouissement de la culture amazighe
L’Amazighe, culture commune

L'engagement pour la défense de la lanque amazighe date de plus de quarante ans. Il a abouti à un grand progrès le 17 octobre dernier, la création par Sa Majesté le Roi de l'Institut Royal de la Culture Amazighe. Un grand pas vient d'être franchi par les défenseurs de la culture marocaine authentique.

Par Amale Samie

 

• Mohamed Chafik.

 

Le mercredi 17 octobre 2001 à Ajdir, dans la province de Khénifra, le conseiller de SM le Roi Mohammed VI lisait le discours royal sur l'Amazighe qui établissait le dahir portant la création de l'Institut Royal de la culture amazighe. D'immenses espoirs sont nés depuis cette date. Il est légitime de considérer que maintenant, on peut espérer non seulement en la survie de l'Amazighe, mais aussi en son développement à tous les niveaux de la société marocaine. Un progrès pour une langue et une culture bien de chez nous depuis des millénaires. Une culture refoulée, acculée à l'entretien de l'analphabétisme, absente des livres d'histoire et victime d'un ostracisme intolérable.
Les Imazighen ont vu, dans la création de cet institut la preuve de l'attachement du Souverain aux valeurs ancestrales et son souhait de voir réalisée la réparation nécessaire d'une amnésie de l'État, des partis politiques, des intellectuels et même, il faut le dire, des citoyens non avertis. La nomination du Recteur de l'Institut, Mohamed Chafik, un militant éprouvé de la cause amazighe, a été accueillie avec satisfaction.

Mission

Le choix n'est pas fortuit, Mohamed Chafik a été durant de longues années directeur du Collège royal. On lui doit de nombreux ouvrages sur la culture amazighe et un dictionnaire Arabe-Amazighe méticuleux. Il y a montré la richesse de l'Amazighe mais aussi son érudition en arabe.
C'est à cet homme que revient désormais la mission de faire appliquer les dispositions concrètes et pratiques du dahir. Parmi les défenseurs de la réhabilitation de l'Amazighe en tant que langue nationale, un acteur de poids: un comité Amazighe qui a présenté un manifeste comprenant 9 revendications essentielles, le 1er mars 2000. Ce manifeste a été signé par un million de citoyens. Les militants devaient tenir une assemblée à la fin du mois de juin dernier, mais la réunion avait été interdite par Ahmed Midaoui, alors ministre de l'Intérieur.
L'Institut créé par le Souverain a entraîné une véritable mobilisation. Mais il faudra entreprendre ensuite une sensibilisation des citoyens mal informés. C'est une mission ambitieuse. Mais les défenseurs de l'Amazighe considèrent que cette fois, ils sont soutenus par la plus haute autorité du pays. Un défi mais aussi un gage.

Formation

Concrètement, la tâche de l'Institut consistera à réunir l'ensemble des expressions amazighes, les sauvegarder. Réaliser des recherches sur la culture amazighe pour en faciliter l'accès au plus grand nombre. De même, il s'agit d'étudier la graphie qui optimisera tous les efforts futurs dans l'enseignement de cette langue. Le choix de la graphie est complexe. Sa Majesté laisse à l'Institut le soin de trancher dans le débat. Graphie arabe ou graphie latine?
Les principaux intéressés sont divisés. Depuis près d'un siècle, on peut le regretter, les études et les recherches amazighes ont été l'œuvre d'Occidentaux. C'est une des raisons pour lesquelles la graphie latine, dite aussi universelle, a la faveur du plus grand nombre qui déclare déjà que l'étape suivante sera l'adoption de l'alphabet amazighe, le Tifinagh, encore en usage chez les Touaregs. Les partisans de la graphie arabe ne craignent pas pour le devenir de leur langue transcrite dans la langue avec laquelle elle a été mise en compétition inégale depuis bien longtemps.
D'ailleurs, les partisans de la graphie universelle soupçonnent les autres, qui souvent viennent des partis politiques, de continuer à véhiculer une "idéologie étrangère", le panarabisme.
Mais les islamistes aussi voient avec rage se développer une pensée qu'ils qualifient de laïque et même d'athée.Parmi les autres missions de l'Institut Amazigh, celles de procéder à l'élaboration de programmes de formation initiale pour l'enseignement de l'amazigh. Pour sa constitution initiale, Sa Majesté nommera une commission provisoire composée, outre du Recteur, de quatre personnalités et chargée de lui proposer les membres du conseil d'administration en vertu du dahir qui prendra effet dès janvier 2002.
Mais la route est longue et ce serait un leurre de croire que les adversaires de la culture amazighe ont accueilli ce dahir dans la liesse. Ils considèrent que l'amazighité est une atteinte à la marocanité, à l'Islam et à la langue arabe.

Évolution

Leur autre argument est que l'Amazighe n'est pas une langue mais une myriade de dialectes atomisés.
Sur cette question, la ligne de partage n'est pas entre berbérophones et arabophones, l'opposition est entre les tenants d'une idéologie et ceux qui se battent seulement pour la préservation de notre patrimoine. Il y a une seule langue, tamazight, mère des trois parlers du Maroc.
Les différences entre parlers concernent essentiellement le vocabulaire et la prononciation. Mais la grammaire est absolument identique. Les différences entre parlers sont dûes à des siècles de guerres et d'invasions et à une évolution souvent autonome.
Le manifeste amazigh du 1er mars 2000 exigeait, entre autres points, la reconnaissance de l'Amazighe comme langue officielle. On est loin de la Charte de la Cosef.
Certains membres de cette charte voient en l'Institut Royal Amazigh une opportunité pour revenir en force. Les partis politiques tentent de récupérer le combat.
Mais les Imazighen veilleront à l’application effective du dahir royal. Ils se passeront du soutien des opportunistes.

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