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C'est par
un communiqué laconique publié le 15 octobre par Le Matin
du Sahara et du Maghreb que les lecteurs ont appris un changement de taille
dans l'organigramme de ce quotidien, un nouveau directeur général
est arrivé, c'est Hicham Senoussi. On pouvait s'assurer du changement
en regardant la manchette: Ahmed Alaoui, anciennement directeur politique
est devenu président fondateur. Hassan Alaoui Kacimi reste à
son poste de directeur de la rédaction. Quant au nouveau patron,
il est loin d'être un inconnu. C'est un homme de communication.
De là à devenir patron de presse il y a moins de pas que
l'on pourrait croire.
Le moindre mouvement au sein d'un journal devenu institution est long
à naître, à maturer et à s'éteindre
sans faire de vagues. Mais c'est là un grand chamboulement, même
si l'on se doutait de son ampleur, c'était dans l'air depuis la
transition effectuée par Driss Jettou, il y a quelques mois. Il
n'était pas encore ministre de l'Intérieur. En fait Driss
Jettou était venu mettre de l'ordre et moderniser une structure
lourde, rompue à la routine et à la ligne éditoriale
quasi-officielle.
Dissuation
Il y eut même un temps où la tendance à "positiver"
dissuadait le lecteur marocain et donnait à l'étranger une
impression fâcheuse d'unanimisme de commande et d'optimisme béat.
Mais la mutation avait commencé dès le début de l'alternance
il y a plus de trois ans. On assistait à une revanche échevelée
des anciens réprouvés dont le Matin se retrouvait forcé
de donner le nom. La société civile avait contaminé
le journal en le crédibilisant un peu plus.
C'est à une accélération de cette évolution
que lon doit sattendre avec l'arrivée de Hicham Senoussi,
ancien patron de Canal Plus Horizon Maroc qui a dû se désengager
du Maroc, il y a trois mois. M. Senoussi, ancien collaborateur d'André
Azoulay, a été placé à la tête de tout
le Groupe Maroc Soir, une lourde et antique machine qui gère 3
autres titres selon la même ligne éditoriale. Le Temps du
Maroc, né en 1996, parmi ces titres avait gardé une position
atypique, un magazine a moins de mal à entretenir une image qu'un
quotidien. Le départ de Abdelhafid Rouissi et son remplacement
par Hicham Senoussi sont en fait dans la ligne de tous les changements
entrepris depuis 3 ans. C'est la fin d'une époque où l'on
tenait plus au conformisme et au triomphalisme quà la crédibilité.
Abdelhafid Rouissi avait réussi à reprendre en main un groupe
de presse hétéroclite, sans couleur ni âme, il a contribué
à lui donner un peu plus de mordant et de mobilité. Il faut
dire que les effectifs étaient pléthoriques, que le groupe
de presse n'était pas en règle avec le fisc et était
en délicatesse avec les cotisations sociales. La gestion de M.
Rouissi a été mise en cause, mais c'est le lot de toutes
les entreprises où l'État est un peu trop présent.
On peut considérer qu'il fut un homme de transition.
Abdelhafid Rouissi.
Le Matin du Sahara et du Maghreb est l'héritier d'un titre qui
remonte au protectorat.
Son ancêtre, Le Petit Marocain, dirigé par Yves Mas était
un titre dans la ligne du colonialisme, il avait opéré en
1956 une "remise en question" radicale. SM Hassan II ordonna
la marocanisation du journal en 1970. Un nouveau groupe de presse était
né, Moulay Ahmed Alaoui et Ahmed Benkirane le dirigèrent
pendant un temps. Puis Moulay Ahmed Alaoui géra seul "la maison".
Il créa As Sahara Al Maghribiya, une édition en langue arabe
et La Manana, en espagnol. La revue.
Conformisme
Moulay
Ahmed Alaoui ne géra pas l'argent mais la ligne politique. Son
itinéraire ne le prédisposait évidemment pas à
transformer le journal en foyer de la révolution permanente, mais
l'on pouvait difficilement faire mieux dans le conformisme, les commentaires
et les analyses dithyrambiques.
Ainsi, Moulay Ahmed Alaoui considéré comme proche du Palais
Royal, était attendu par les chancelleries qui voyaient dans ses
éditoriaux des messages à peine déguisés sur
les souhaits du Souverain défunt.
C'est cette image-là que Hicham Senoussi doit changer en tirant
Le Matin du Sahara d'un passé stérile pour en faire un journal
moderne, ouvert et moins attaché à la vaine répétition
des mots d'ordre gouvernementaux ou officiels.
Malgré tous les handicaps qu'il traînait Le Matin était
l'organe de presse francophone au tirage le plus fort, mais cela ne voulait
pas dire grand-chose, le journal était distribué d'office
aux administrations et aux responsables.
Un pas remarquable dans la politique du dernier directeur, Abdelhafid
Rouissi, était engagé avec la création du site Web.
Une offre déjà bien plus moderne à destination des
internautes, et une mine de documentation.
Moulay Ahmed Alaoui est désormais désigné comme président
fondateur. Quant à Abdelhafid Rouissi, une autre mission lui a
été assignée, il a été nommé
conseiller, et des conseils pour reprendre la gestion du Matin et de ses
satellites il en faudra.
Que l'on veuille ou pas, on ne bâtit pas sur des ruines, Le Matin,
c'était aussi des femmes et des hommes qui formaient une équipe.
Le nouveau directeur général aura des réformes à
entreprendre.
Canal Horizons Maroc avait perdu un pari. Hicham Senoussi nous avait déclaré
à la veille de sa fermeture: Ce n'est jamais de gaieté
de cur qu'on renonce à un rêve". Et il nous avait
donné l'assurance que tous les salariés de la société
seraient recasés. On peut espérer que les employés
du Matin ne seront pas les premières victimes de cette réorganisation
que les temps nouveaux exigent.
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