Les AC-130 entrent en action
Guerre à sens unique

Par Abdallah Ben Ali

 

 

À la veille du déclenchement, le 7 octobre courant, de l’opération “liberté immuable", nombreux ont été les spécialistes des affaires afghanes qui avaient tourné en dérision l’optimisme “excessif " affiché par les Américains. Leurs doutes sont, aujourd’hui, corroborés par les faits.
Les bombardements “robustes" menés, depuis lors, par les USA et la Grande Bretagne contre les principales villes afghanes n’ont pas encore permis d’atteindre l’objectif immédiat de la campagne : l’effondrement du régime des Talibans qui doit, aux yeux des Américains, baliser la voie au démantèlement de l’organisation Al-Qaida et la mise hors d’état de nuire de son chef, Oussama Ben Laden, soupçonnés d’être les instigateurs des attentats meurtriers qui ont secoué l’Amérique le mois dernier.
Le pilonnage intensif des positions des Talibans a réduit, il est vrai, à néant le rudimentaire dispositif de la défense aérienne des maîtres de Kaboul. Ce qui a permis aux Américains de mettre à contribution, dès mardi 16 octobre, des avions “canonnières" AC-130 volant à basse altitude et disposant d’une gigantesque puissance de feu. Mais, les pilotes américains se sont vite trouvés face à une réalité désarmante. En Afghanistan, il n’y a d’objectifs dignes de ce nom.

Absence

Les aéroports sont, depuis longtemps, vétustes, les camps d’entraînement aux équipements ridicules sont abandonnés. Le pays ne dispose quasiment plus , après vingt-deux ans de guerre et de sécheresse, d’infrastructures. Reste les concentrations de troupes talibanes. Celles-ci n’existent pas non plus.
Il est clair que le maintien d’une ville comme Kaboul, située à quelques dizaines de kilomètres de la ligne de front mettant aux prises les Talibans et leurs opposants armés de l’Alliance du nord, est imputable, avant tout, à l’absence d’un consensus entre les puissances étrangères influentes en Afghanistan sur l’après-Talibans. Les USA et le Pakistan ont,longtemps, refusé de donner le moindre coup de main à l’avant-garde de l’Alliance du nord.

Contradictions

Mais un changement était perceptible, sur ce chapitre, lorsque les bombardiers américains ont pris pour cible, mercredi 17 octobre, pour la première fois depuis le début de l’opération “Liberté immuable", des objectifs talibans sur le front. Entreprise au lendemain de la visite du secrétaire d’Etat américain Colin Powell à Islamabad, cette initiative militaire pourrait, comme l’a suggéré le président Bush, lui-même, baliser la voie à la prise de Kaboul par l’Alliance du nord. Elle signifie également que le chef de la diplomatie américaine avait pu avoir raison des réticences pakistanaises envers la perspective d’une victoire décisive de l’opposition armée aux Talibans.
Selon plusieurs sources, les Américains envisagent d’installer à Kaboul une très large coalition, autour de l’ancien roi Zaher Chah, à laquelle des éléments modérés des Talibans pourraient prendre part individuellement.
Les mollahs au pouvoir en Iran ne cachent pas leur hostilité à toute éventualité de restauration de la monarchie chez leur voisin oriental qui pourrait éveiller tant de nostalgie de l’autre côté de la frontière. Tandis que les hommes du Kremlin sont irréductiblement opposés à toute participation des Talibans dans la gestion future de l’Afghanistan.
D’ici un mois, l’ardeur belliciste des belligérants sera entravée par le mois de Ramadan et surtout par le fameux hiver afghan.

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