Unification de la langue amazigh au Centre Tariq Ibn Zyad
Une standardisation graduelle

Par Abdallah Ben Ali

 

Le dialecte amazigh tel qu’il est parlé au Rif n’est pas celui du Souss. Et celui de l’Atlas diffère à plusieurs égards des deux premiers. Si des liens de parenté existent, les variations d’une région à une autre sont nombreuses. Au moment où le mouvement amazigh réclame à cor et à cris l’enseignement de cette langue, la nécessité de standardiser cette langue se fait de plus en plus sentir.
Le Centre Tariq Ibn Zyad d’études et de recherches a eu le mérite de poser le débat le 3 octobre dernier à Rabat. Le thème de “La standardisation de la langue amazighe " tel qu’il a été abordé par le Professeur Abdellah Bounfour, enseignant de littérature amazighe à l’Institut national des langues orientales à Paris, a gagné en clarté et en objectivité. Loin des élans passionnels qui prêchent parfois des “vérités " qui n’ont pas lieu d’être.

Sensibilité

Avant tout généraliser une langue suppose sa standardisation. La France n’a-t-elle pas opté pour le dialecte de l’Île de France et de la Loire pour le généraliser à tout le pays ? Or, celle-ci est loin d’être une mince affaire. La mener rondement revient à mobiliser des moyens humains et matériels conséquents pour pouvoir saisir sur le vif le langage utilisé par les Amazighs dans différentes régions et localités. C’est à ce prix que l’on peut définir un référentiel linguistique, composé d’un lexique, d’une phonétique, d’une grammaire, partagé par toutes les entités concernées, exportable vers tous ceux qui veulent apprendre cette langue. Le Pr. Bounfour dresse une liste de constats concernant le Maroc. Au premier abord, il n’y a pas d’unicité de la langue. Et ce, bien que dans un sens structural, linguistique et grammatical il s’agisse d’une seule langue. En outre, il existe différentes variantes tant au niveau du sens, de la phonétique qui empêchent une intercompréhension entre des personnes de régions différentes. Le chercheur a enfin insisté sur le fait que la standardisation n’est pas une affaire de techniciens. “Fabriquer une langue dans un laboratoire me semble aberrant", a-t-il ajouté. Ce principe devrait déboucher sur la “naturalité de la langue". Une langue standardisée ne peut être vivante, appropriée par les habitants, si elle n’est issue du dialecte quotidiennement utilisé.
Cette constatation poussera le Pr. Bounfour a formuler un paradigme essentiel. L’obligation de standardiser l’amazigh dialecte par dialecte. La tâche n’est pas de tout repos. Des problèmes de variations des termes, des sens, des prononciations et même de néologisme ou de grammaire sont des écueils sérieux qu’il faut surmonter. L’auteur préconise un ensemble de démarches méthodologiques pour surmonter ces obstacles. Le linguiste devra avoir toujours à l’esprit qu’il faut éviter de créer une langue morte-née car non parlée. Pour qu’une langue puisse vivre, il faut qu’elle soit déjà vivante.

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