Une longue filiation d’islamisme politique
La saga des Kettani

Par Abdellatif Mansour

 

Idriss El Kettani le premier signataire de cette fetwa et celui qui semble l'avoir inspirée fait partie d'une longue lignée d'oulémas dont le commerce politique a été plus ou moins heureux. La famille Kettani a même fondé une Zaouia originellement installée à Fès puis délocalisée à Salé après l'indépendance.
Au commencement était Abdelkbir El Kettani qui a levé une harka contre Moulay Hafid lorsque celui-ci a dû signer, malgré le pacte passé avec les oulémas, mais la mort dans l'âme, le traité du Protectorat avec la France, le 30 mars 1912. Son jeune frère Abdelhay El Kettani, lui, a pris fait et cause pour la présence française au Maroc. Il était considéré comme l'ouléma officiel du Protectorat. À ce titre, il a rassemblé des oulémas du même acabit, pour prononcer une fetwa en faveur de la déposition de Mohammed V, en 1953. Un forfait qu'il a commis en duo avec El Glaoui qui, lui, a rameuté des caïds de la même souche.
Idriss El Kettani, celui a concocté l'actuelle fetwa, est le fils de Jaâfar El Kettani, lui-même cousin germain de Abdelkbir et de Abdelhay et contemporain de ces deux derniers.
Un ami de Yassine
Jaâfar était très proche de Moulay Abdelaziz, mais chaque fois que les relations entre le palais royal et les oulémas arrivaient à un stade conflictuel, il partait pour le Hijaz. Il a écrit un livre qui constitue la référence en matière de fetwa, et que son fils Idriss El Kettani a réédité, sous le titre “conseil aux gens de l'Islam" (Nasihat ahl al Islam).
Venons-en à Idriss El Kettani. L'homme est octogénaire. Il n'a pas fait que de l'ijtihad (recherche orthodoxe à partir d'un souci d'exégèse), il a fait aussi de la politique sous des couvertures partisanes (Parti de l'Istiqlal puis de la Choura sous la férule de Mohamed Ben El Hassan El Ouzani) ou associative dans le cadre du “Cercle de la pensée islamique".
Cette association lui a toujours servi de tribune pour propager ses idées d'islamisme politique. Professeur à la faculté des lettres de Rabat, jusqu'à sa mise à la retraite tardive, il a toujours appelé et pris part aux différentes réformes du système éducatif dans le sens du tout-islamiste.
Proche et même très proche de Abdeslam Yassine, il ne s'empêche pas d'écrire dans un hebdomadaire concurrent, Attajdid, animé par la tendance El Khatib/Benkirane. Déjà, lors de la guerre du Golfe, il avait regroupé un certain nombre d'oulémas autour d'une fetwa, dans les mêmes termes que ce qu'il vient de rééditer après les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis.

Retour