“La vie normale”, dernier one man show de Gad El Maleh
Une bête de scène

Gad a tenu hors d’haleine les Casablancais et nombre de spectateurs venus d’autres villes marocaines. Son humour n’est point décalé par rapport
à la réalité marocaine. La preuve, on se retrouve aisément
dans les différentes situations de son spectacle.

Par Naïma BOUACHRINE

 

• Gad El Maleh.

 

Casablanca était désignée pour la poursuite de la tournée artistique de Gad El Maleh qui a commencé depuis le 6 septembre à Paris et qui durera encore cinq autres mois. Objet de ce one man show très hilarant, très réaliste: La vie normale. Un spectacle qui a rendu le cinéma Rialto “full” du 20 au 25 septembre.
Ceux qui ne se sont pas avisés de réserver plus tôt, n’ont pas eu droit à un billet. C’est normal, Gad est très populaire chez la fine fleur et la classe moyenne de Casablanca. Les organisateurs ne cachent pas leur satisfaction après le premier one man show de Gad, “Décalages”, organisé en 1996 et où il a mis en scène avec brio le personnage excentrique, arriviste, mais maladroit et plouc de Madame Tazi. Le prototype de la nouvelle “bourgeoisie de Casablanca" qui fait des efforts désespérés pour être à la page au prix de se ridiculiser.

Décalages

Gad connaît les confins de la vie marocaine. Né à Casablanca en 1971, il quitta le Maroc en 1988 pour le Canada. Cinq années de pérégrinations lui font découvrir le Québec. “Drôle de pays” où il s’initie tout seul à la vie. Il y apprend à festoyer. Pris dans les tentacules de la vie de nuit, Gad laissa tomber ses études de sciences politiques à la fac. C’est dans ce pays qu’il apprend à enregistrer toutes sortes de “décalages”. Les malentendus linguistiques et culturels sont courants et donnent lieu à de vraies situations comiques.
C’est un peu le petit Marocain, aux dons d’un comique, aux prises avec l’Occident. Mais son goût de la nuit, du spectacle lui permettent de se savoir artiste. La nuit est désormais nourricière pour lui. Il joue dans des cabarets, travaille dans des radios, multiplie des petits jobs, jusqu’au jour où il fut admis aux célèbres cours de Florin à Paris.
Et ce n’était pas une erreur de casting. Gad est né dans un milieu où l’on avait un faible pour l’art et le verbe.

Partage

C’est donc à Paris, cette Mecque des artistes et du show business, que Gad fait ses premiers pas sur les planches. Ses premiers amours ne furent autre que le théâtre. C’est pour cette raison que Gad est à l’aise dans ses rôles de one man show. Tchatcheur. Non, il ne l’est point. Gad est un vrai artiste. Le temps de monter deux one man show, Gad est devenu le chouchou du jeune Marocain branché.
Son humour très fin, qui s’inspire de la vie de tous les jours, est même universel. Tous ceux qui ont en partage le français, sont accro à son humour. Mimique, chorégraphie, choix de situations comiques, français agrémenté des jurons les plus populaires, ceux qu’utilise le gars de Bab Marrakech pour sacrer contre ses potes. Bref, Gad est resté le Casablancais de souche.
Issu d’une famille juive, et surtout d’un père artiste collectionneur, Gad a eu ce goût du raffinement non dénué de fantaisie. Sa famille fut parmi les nombreuses familles juives qui ont refusé de quitter le Maroc.
Dans son sketch “La vie normale”, Gad El Maleh se met dans la peau de son grand-père Ba Yahya, un vieux juif marocain qui maudit le cellulaire qui permet d’économiser les visites. Ayant assez vécu en France, Gad est aussi à l’écoute de la communauté marocaine immigrée.
De ce personnage d’agent immobilier, Abderrazak El Malhaoui, qui s’ingénie de débrouillardise pour louer un appartement et qui fait une pub des plus bizarres de l’appartement au travelo algérien qui chute dans la rue Saint-Denis à Paris et vante la liberté sexuelle mi-amer, mi-agressif, à la rock-star qui sautille sur scène à la façon de Mike Jagger, avec un anglais approximatif et des refrains musicaux passe-partout…
Les jeux de mots, calembours et différents accents qui maltraitent le français fusent sur scène par l’œuvre de Gad. L’improvisation est toujours au rendez-vous dans le spectacle et une forte interactivité se crée dès les premières minutes entre l’acteur sur scène et le spectateur. Pourtant Gad aura aimé garder une certaine distance. Et ce n’était pas chose aisée durant toutes les soirées de son one man show au cinéma Rialto.
Bref, Gad a tenu hors d’haleine les Casablancais et nombre de spectateurs venus d’autres villes marocaines.
Son humour n’est point décalé par rapport à la réalité marocaine. La preuve, on se retrouve aisément dans les différentes situations du spectacle de Gad El Maleh.
Les Casablancais et autres citadins marocains et étrangers ont eu droit à une bonne cure de rire très conseillée pour se libérer du stress d’une mégalopole comme Casablanca.

 

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