Abderrahim Ariri, journaliste à Al Ittihad Al Ichtiraki
Le trouble-fête

Rarement un journaliste aura maîtrisé les ficelles de la vie communale et connu les entrailles de la métropole comme Abderrahim Ariri. Persévérance,
volonté et ambition ont permis à ce jeune Casablancais de se tailler
un nom en roc dans le monde des médias. Portrait.

Par Abdelali Darif Alaoui

 

• Abderrahim Ariri.

 

Ariri, c’est le nom d’une vaste terre. Et plus précisément celle qui se trouve à cheval entre la région de Abda et de Doukkala et que les habitants de la région surnomment Ariri en référence à sa superficie. Si elle ne voit pas la naissance de celui qui porte son nom, Abderrahim Ariri, elle a toutes les raisons d’être fière du journaliste d’investigation qu’il est devenu. Habillé modestement, il arbore une mine joviale et, derrière ses lunettes fumées, ses yeux pétillent d’intelligence. Son accent est celui d’un Casablancais pur et dur. Il n’est pas de ceux qui maquillent leur accent.
Les lièvres que M. Ariri a soulevés dans plusieurs domaines et spécialement celui des communes ont fait de lui la bête noire des élus véreux ou à la conscience pas très tranquille. E plus spécialement à Casablanca, où il est devenu le maître incontesté de la vie communale casablancaise riche en rebondissements. “Je m’intéresse à la métropole car elle produit beaucoup d’informations et elle a une influence certaine sur le reste du Royaume. C’est, en outre, dans cette ville que nous réalisons le quart de nos ventes", déclare-t-il. M. Ariri ne se considère pas comme un spécialiste mais comme un maillon dans une chaîne.

Spécialisation

Son entrée dans le monde des médias, il la doit à deux professeurs qu’il a rencontrés à la Faculté de Droit de Casablanca. Le premier à lui tendre la main est feu Nadir Yata, alors enseignant de terminologie juridique. Grâce à lui, il foule du pied le monde de la presse en même temps qu’il enjambe le seuil de la rédaction d’Al Bayane durant l’été 1988. Même si c’est pour un stage d’un mois, le jeune étudiant est ravi. Depuis il gardera un œil sur ce qui s’écrit dans les journaux. En novembre 1988, sa licence en poche, il intègre la rédaction de Ittihad Al Ichtiraki suite à une recommandation de son professeur Khalid Alioua. En Avril 1989, il signe avec ce quotidien. Depuis, il n’a pas migré comme tant de journalistes le font.
Loin de la terre de ses ancêtres, Abderrahim Ariri voit le jour par une belle journée d’été le 6 août 1964 à Zenata dans la préfecture du Bernoussi. Il est le troisième enfant dans une famille qui en comptera bientôt dix. Son père, issu de Jamâat Sehim, est ouvrier dans une usine sucrière à Zenata et sa mère est femme au foyer. L’usine ferme ses portes en 1978 et son père se retrouve au chômage. Dès lors l’aînée prend en charge ses frères et sœurs.

Parcours

Le jeune Ariri fera toutes ses études jusqu’au secondaire dans le quartier du Bernoussi. Ses études dans une école coranique lui permettront de gagner une année puisqu’il n’aura pas à suivre les cours de la classe préparatoire. De son séjour à l’école, il gardera un souvenir indélébile de son directeur d’établissement, un certain Lamghabar. Cœur en or dans un gant de fer, ce dernier a formé des générations de Marocains et tenait à leur réussite. “Je n’oublierai pas cet homme. À la fin de l’année scolaire, et comme son école enregistrait l’un des meilleurs taux de réussite, il amenait une troupe de troubadours pour fêter les vacances et tout le monde dansait dans la cour", se remémore avec nostalgie M. Ariri.
Le collège sera moins gai. Les effectifs étaient considérables à tel point qu’il y avait 27 classes de première année secondaire et ainsi de suite jusqu’au brevet. Un surpeuplement qui n’a pourtant pas empêché le Collège Tariq de fournir d’autres journalistes comme Hassan Habibi ou Mohamed Temimi.
Au Lycée, le jeune Ariri, est très actif sur le plan syndical. Avec d’autres élèves il est à l’origine de sit-in et d’incessantes revendications. Il se verra convoqué à plusieurs reprises par le conseil de discipline. Après avoir décroché son baccalauréat il imite les jeunes de son quartier qui se sont inscrits en droit. “Les débats auxquels j’assistais me faisaient croire que le droit était la science des sciences". Il ne regrettera pas ce choix puisque cela lui permettra de rencontrer ses deux parrains, MM Yata et Alioua. Se remémorant ses débuts de stagiaire dans l’organe de l’USFP, M. Ariri déclare: “au départ le côté financier ne suivait pas, heureusement c’était largement occulté par la chaleur humaine, la solidarité et l’ambiance qui régnaient dans le journal".

Action

En 1992, il est élu au Conseil de Bernoussi où la Koutla a remporté la victoire. Il déchante rapidement. Les procédures lourdes et fastidieuses vident son action et celle de ses collègues de leur substance. Vers la fin de 1995, il présente sa démission qui est aussitôt refusée par le gouverneur de Bernoussi Zenata de l’époque Mohamed Mchichi Alami, et par la section locale de l’USFP. “J’étais contre l’ambiance générale, le rythme lent et le système créé par le législateur qui ne permet pas de résoudre les problèmes rapidement. L’élu n’est pas le seul acteur, son action est plombée par la multitude d’intervenants qui ne travaillent pas au même rythme ", déplore-t-il.
Un compromis est trouvé, il ne se consacrera pas à plein temps à son activité d’élu. Une charge qu’il quitte en 1997. Depuis il a fait son choix. “On ne peut être politicien et officier en même temps dans le quatrième pouvoir. J’ai tourné la page et j’assume ce choix ", assure-t-il.
Marié depuis l’été 1990 avec une enseignante, M. Ariri est père d’une fillette de 10 ans et d’un garçon de 6 ans. Quand il se rend à son boulot, il change toujours d’itinéraire. Si tous les chemins mènent à Rome, M. Ariri entend bien le prouver, d’autant que cela lui permet de voir ce qui change dans la métropole. Un chemin pavé de réussite, de volontarisme et d’ambition. M. Ariri espère créer une rédaction spécialisée pour Casablanca. La métropole le mérite comme elle mérite des plumes comme lui.

 

Retour