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On peut
être contre la politique américaine ici ou là dans
le monde, particulièrement au Moyen-Orient. Mais on ne peut pas
être anti-américain. Parce que c'est débile. Et pour
la raison très simple qu'être anti-américain inclue
le peuple américain qui a ses grandeurs et ses faiblesses, comme
tous les peuples. Or c'est ce peuple-là qui a été
frappé le 11 septembre 2001 dans sa chair et dans ses symboles
d'identification nationale. Ce grand peuple est aujourd'hui en deuil.
Il ne peut inspirer que consternation, compassion et solidarité.
Le déluge d'images qui tombe régulièrement sur la
planète médiatique a certes banalisé les scènes
d'apocalypse. Hollywood et la suprématie technologique américaines
en audio-visuel y sont d'ailleurs pour quelque chose. Le spectacle en
direct des deux plus grandes tours du monde s'affaissant comme un château
de cartes avaient quelque chose d'irréel. Les milliers d'innocents
écrasés par des milliers de tonnes d'acier et de ciment
étaient, eux, bien réels.
Folie
ordinaire
On peut
être Palestinien tenu en joue par Ariel Sharon, ou parent irakien
d'enfants faméliques pour cause d'embargo et de bombardements anglo-américains,
aucun homme sensé, aucun État normalement ou même
paranormalement constitué ne peut mettre ces victimes sur les pertes
et profits de la politique de leur gouvernement.

Limpact de lattaque suicide sur le Pentagone.
Et pourtant l'attentat contre le World Trade Center de New York, contre
le Pentagone et le département d'État à Washington,
devait avoir un sens pour ceux qui l'ont commis et pour ceux qui l'ont
commandité.
Aussi vrai qu'il n'y a pas d'acte gratuit, les hommes suicides ne sont
pas des fous désincarnés, agissant dans un état second
quasi extra-sensoriel et totalement inconscient des conséquences
de leurs actes. Même la folie ordinaire, au sens clinique, ne peut
échapper au besoin de comprendre ses causes, son fonctionnement
et ses moments de crises. C'est tout le travail des psychiatres et des
psychanalystes. Deux domaines de la connaissance qui manquent cruellement
dans les hautes sphères politiques où, justement, la folie
ordinaire n'est pas absente.
Le visage
du crime
Fait étonnant,
ce n'est pas ce besoin de comprendre qui a prévalu dans les chancelleries
et les médias. Les officiels américains relayés par
la galaxie des chaînes de télévisions et des agences
de presse, ont d'abord voulu savoir qui a commis l'affront que les États-Unis
d'Amérique n'ont jamais eu à subir? C'est peut-être
à mettre sur le compte du choc de la surprise et du poids des dégâts
humains, matériels et symboliques infligés à la première
puissance mondiale.
Scène de panique à Manhattan.
Par on ne sait qui. Ce "qui" doit bien exister puisque le forfait
a bien eu lieu. Sauf que cet acte de guerre caractérisé
n'a l'apparence ni d'une armée, ni d'un État, ni d'une déclaration
de guerre en bonne est due forme. C'est une nouvelle forme de guerre qui
ne dit pas son nom, mais sur laquelle il faut bien mettre un nom, mieux,
un visage pour être complet, pour justifier l'utilité des
structures d'État concernées et pour répondre dans
les plus brefs délais à l'angoisse de l'inconnu qui hante
l'opinion publique.
L'hypothèse de l'extrême droite américaine a vite
été évacuée, à partir du moment où
le Pentagone, objet d'un culte particulier des néo-nazis, a été
attaqué, plutôt profané, pour rester dans le même
registre.
Un produit
américain
Un nom
est vite trouvé. Il tombe presque sous le sens: Oussama Ben Laden.
Turban et barbe hirsute, l'homme a la tête, le profil et les antécédents
du suspect idéal. Non seulement il ne cache pas des sentiments
d'une virulence violemment explicite à l'encontre de l'Amérique,
mais il a déjà eu maille à partir avec les autorités
américaines pour d'autres coups de mains à l'intérieur
comme à l'extérieur des États-Unis. On lui prête
un attentat contre ce même Wold Trade Center, une attaque contre
la base américaine de Dahran en Arabie Saoudite, et contre un destroyer
US à Aden au Yémen. Il a donc bien mérité
son statut d'ennemi public numéro 1 des États-Unis.

Les deux tours du world Trade Center après lattentat.
Mais faire d'un homme retranché dans les montagnes d'Afghanistan,
malgré ses milliards présumés et son réseau
supposé, l'auteur d'une action de l'envergure de celle du 11 septembre
2001, c'est peut-être aller vite en besogne. Certains commentateurs
avisés l'ont déjà relevé. Quatre avions transformés
en bombes volantes, plus une voiture piégée, est une opération
concertée dont la logistique de préparation et d'exécution
n'est pas dans les capacités de l'illuminé de Kandahar.
À moins que l'épouvantail modèle cache un stratège
hors-pair, un Ché Guevara doublé d'un Giap des temps nouveaux,
avec des équipes où il n'y a que des Carlos fanatisés.

George W. Bush sur le site du Pentagone éventré.
Et puis ce Ben Laden, déstabilisateur du nouvel ordre mondial,
d'où vient-il, où a-t-il été formé
et par qui? Il n'est plus un secret maintenant que Ben Laden a fait ses
premières classes à l'école américaine, celle
de la CIA plus précisément, lorsque celle-ci encadrait la
résistance afghane à l'invasion soviétique dans les
années 80. Ce n'est qu'après la guerre du Golfe en 1991,
qu'il déclara la guerre sainte aux États-Unis accusés
d'avoir occupé sa terre natale, en déployant des troupes
en Arabie Saoudite. Il a par la suite ajouté à sa plateforme
idéologique du Jihad contre "le Grand Satan", la cause
palestinienne.
Ce Ben Laden là, ou un autre ou d'autres du même profil,
peu importe. Le fait est que des milieux nourrissant une haine absolue
pour les États-Unis ont atteint ce pays au cur même
de ce qui représente sa force militaire et sa puissance économique.
Pourquoi? Pourquoi en vouloir tant à l'Amérique de tous
les fantasmes du bon vivre et du bien être, au point de massacrer
sciemment des milliers d'innocents?
Il y a bien une continuité dans la politique extérieure
des États-Unis, mais -question presque subsidiaire- pourquoi cette
tragédie est-elle arrivée maintenant, alors que George W.
Bush n'a pas bouclé sa première année de présidence,
et pas durant les deux mandats de Bill Clinton?
Le jour même, juste après les terribles attentats de New
York et de Washington, les regards et les soupçons se sont vite
tournés vers le Proche-Orient. Dans ce sac de nuds de toutes
les tensions mondiales, l'Amérique, héritière volontaire
de l'ex-puissance britannique, mène depuis des décennies
une politique à sens unique.
Pas
dinterlocuteur
Une politique
constamment, systématiquement et littéralement alignée
sur celle d'Israël. Qu'Israël parte en guerre contre ses voisins
et occupe leurs terres ou que ses dirigeants commettent des meurtres à
l'égard des Palestiniens, l'Amérique est toujours là
pour assurer la couverture diplomatique et faire suivre l'intendance.
Ajouter à cela, le maintien, contre toute logique, de l'embargo
contre l'Irak et la guerre privée, hors ONU, menée par les
États-Unis et la grande Bretagne contre ce pays.
Tout cela ne pouvait qu'accentuer le sentiment de profond ressentiment
des peuples arabes et musulmans à l'encontre de l'Amérique.
La politique de deux poids, deux mesures, régulièrement
dénoncée par les pays arabes, parce que ressentie comme
une profonde injustice, n'a jamais été prise en compte par
les concepteurs de la stratégie proche-orientale de Washington.
Durant la première Intifada, Bill Clinton, dès le début
de son premier mandat, a réussi, presque à l'arraché,
à amener Israéliens et Palestinien à la table des
négociations pour la conclusion des accords d'Oslo en septembre
1993. Il ne cessera de déployer d'immenses efforts et de colmater
les brèches, y compris avec un certain Benyamin Netanyahou, chef
de fil des faucons israéliens, jusqu'aux dernières semaines
de son second mandat.
C'est maintenant, avec un recul somme toute très court, qu'apparaît
la valeur du travail patient et inlassable accompli par l'ex-président
américain.
Depuis l'arrivé de George W. Bush à la Maison-Blanche, les
Arabes n'ont, pour ainsi dire, plus d'interlocuteur. Connu pour sa méconnaissance
de ce dossier et de tant d'autres, Bush junior a fait semblant de se retirer
du bourbier israélo-palestinien.
Un duo
à haut risque
En fait,
il ne s'en est pas lavé les mains. Le voudrait-il qu'il n'aurait
pas pu. Exploitant ses multiples faiblesses, les lobbies sionistes lui
font prendre des positions unilatérales aux antipodes du b a ba
universellement admis de la diplomatie.
Il a commencé par dérouler le tapis rouge pour Ariel Sharon,
tout en refusant de recevoir Yasser Arafat. Pire, chaque fois qu'il ouvre
la bouche pour s'exprimer sur le Proche-Orient, il somme Arafat d'arrêter
la violence. Ce qui passe pour une mauvaise plaisanterie aux yeux des
observateurs les moins pro-palestiniens et pour une provocation insoutenable
par les peuples arabes et musulmans.
Georges W. Bush représente le summum caricatural de l'engagement
sans condition et sans retenue de l'exécutif américain au
profit du mouvement sioniste et de l'entité israélienne.
Par malchance, il a rencontré un Ariel Sharon, lui-même personnification
caricature et sanguinaire de ce que représente Israël pour
la communauté musulmane.
C'est dans la politique extérieure en général, arabe
et islamique en particulier menée par ce duo à très
haut risque, qu'il faut rechercher les vraies raisons du drame qu'a connu
la population américaine le 11 septembre 2001. Brandir un Ben Laden
prêt à fonctionner comme un épouvantail qui cache
les causes réelles de ce mardi noir, ne résout
rien . S'en servir pour légitimer une nouvelle croisade contre
les pays arabes et musulmans serait s'enfoncer la tête dans le sable
et attiser encore plus de haine, susciter d'autres vocations à
la Ben Laden.
La tour de Kaboul
Le peuple américain a été meurtri. L'Amérique
officielle, celle qui dirige le monde à partir de la Maison-Blanche,
du département d'État, du Pentagone, de la CIA et du FBI,
a été, elle, sonnée. Comment cette Amérique
va-t-elle réagir? C'est toute la question. La planète terre
est en attente. Supposons que Ben Laden soit livré pour un peu
plus de cinq millions de dollars, traduit en justice et condamné
à dix mille années de prison, autant d'annuités d'incarcération
que de victimes américaines. Il faut être naïf pour
penser que la page sera tournée et que l'on en parle plus. La logique
américaine veut qu'il y ait bombardement avec force images à
la télévision de pays dévastés.
Ben Laden, comme chacun sait, vit en Afghanistan. Il faut donc bombarder
l'Afghanistan. Cela donnera quoi en termes d'images et d'impact? Vu du
ciel, la force de frappe cuménique des États-Unis.
Vu d'en bas, des baraques et des tentes qui brûlent, la plus haute
tour de Kaboul, R+3 et demi, en feu, et quelques corps déchiquetés
à flanc de montagne du Panshir.
Aucun rapport avec les deux tours de cent vingt étages qui flambent
et le Pentagone éventré. Quant aux vies humaines, on sait
depuis longtemps quelles ne se valent pas ou plus.
En fait, s'il y a un enseignement et un seul à tirer des événements
du 11 septembre 2001, c'est que la puissante Amérique n'est plus
un sanctuaire hyper-protégé. Elle est à la portée
d'une guerre du troisième type. Il n'y a donc plus de conflit lointain
que l'on peut diriger à des milliers de kilomètres de distance
sans coup férir. La globalisation est ainsi rattrapée par
le terrorisme qui lui aussi se globalise avec une réduction inversement
logarithmique des distances.
Les quatre points cardinaux n'ont jamais été aussi proches.
New York et Washington y sont au centre. Accessibles et vulnérables.
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