Les musulmans vont-ils payer pour Oussama Ben Laden, le coupable désigné du “mardi noir” de l’Amérique ?
Le diable et le bon Dieu

Le peuple américain a été meurtri. L'Amérique officielle a été sonnée. La puissante Amérique n'est plus un sanctuaire hyper-protégé. Elle est à la portée d'une guerre du troisième type. Il n'y a donc plus de conflit lointain que l'on peut diriger à des milliers de kilomètres de distance sans coup férir.
La globalisation est ainsi rattrapée par le terrorisme qui lui aussi se globalise

Par Abdellatif MANSOUR

 


• Le second avion piraté se dirige vers la deuxième tour, alors que la première a déjà été transpersée par un autre avion suicide.

 

On peut être contre la politique américaine ici ou là dans le monde, particulièrement au Moyen-Orient. Mais on ne peut pas être anti-américain. Parce que c'est débile. Et pour la raison très simple qu'être anti-américain inclue le peuple américain qui a ses grandeurs et ses faiblesses, comme tous les peuples. Or c'est ce peuple-là qui a été frappé le 11 septembre 2001 dans sa chair et dans ses symboles d'identification nationale. Ce grand peuple est aujourd'hui en deuil. Il ne peut inspirer que consternation, compassion et solidarité.
Le déluge d'images qui tombe régulièrement sur la planète médiatique a certes banalisé les scènes d'apocalypse. Hollywood et la suprématie technologique américaines en audio-visuel y sont d'ailleurs pour quelque chose. Le spectacle en direct des deux plus grandes tours du monde s'affaissant comme un château de cartes avaient quelque chose d'irréel. Les milliers d'innocents écrasés par des milliers de tonnes d'acier et de ciment étaient, eux, bien réels.

Folie ordinaire

On peut être Palestinien tenu en joue par Ariel Sharon, ou parent irakien d'enfants faméliques pour cause d'embargo et de bombardements anglo-américains, aucun homme sensé, aucun État normalement ou même paranormalement constitué ne peut mettre ces victimes sur les pertes et profits de la politique de leur gouvernement.


• L’impact de l’attaque suicide sur le Pentagone.


Et pourtant l'attentat contre le World Trade Center de New York, contre le Pentagone et le département d'État à Washington, devait avoir un sens pour ceux qui l'ont commis et pour ceux qui l'ont commandité.
Aussi vrai qu'il n'y a pas d'acte gratuit, les hommes suicides ne sont pas des fous désincarnés, agissant dans un état second quasi extra-sensoriel et totalement inconscient des conséquences de leurs actes. Même la folie ordinaire, au sens clinique, ne peut échapper au besoin de comprendre ses causes, son fonctionnement et ses moments de crises. C'est tout le travail des psychiatres et des psychanalystes. Deux domaines de la connaissance qui manquent cruellement dans les hautes sphères politiques où, justement, la folie ordinaire n'est pas absente.

Le visage du crime

Fait étonnant, ce n'est pas ce besoin de comprendre qui a prévalu dans les chancelleries et les médias. Les officiels américains relayés par la galaxie des chaînes de télévisions et des agences de presse, ont d'abord voulu savoir qui a commis l'affront que les États-Unis d'Amérique n'ont jamais eu à subir? C'est peut-être à mettre sur le compte du choc de la surprise et du poids des dégâts humains, matériels et symboliques infligés à la première puissance mondiale.


• Scène de panique à Manhattan.

Par on ne sait qui. Ce "qui" doit bien exister puisque le forfait a bien eu lieu. Sauf que cet acte de guerre caractérisé n'a l'apparence ni d'une armée, ni d'un État, ni d'une déclaration de guerre en bonne est due forme. C'est une nouvelle forme de guerre qui ne dit pas son nom, mais sur laquelle il faut bien mettre un nom, mieux, un visage pour être complet, pour justifier l'utilité des structures d'État concernées et pour répondre dans les plus brefs délais à l'angoisse de l'inconnu qui hante l'opinion publique.
L'hypothèse de l'extrême droite américaine a vite été évacuée, à partir du moment où le Pentagone, objet d'un culte particulier des néo-nazis, a été attaqué, plutôt profané, pour rester dans le même registre.

Un produit américain

Un nom est vite trouvé. Il tombe presque sous le sens: Oussama Ben Laden. Turban et barbe hirsute, l'homme a la tête, le profil et les antécédents du suspect idéal. Non seulement il ne cache pas des sentiments d'une virulence violemment explicite à l'encontre de l'Amérique, mais il a déjà eu maille à partir avec les autorités américaines pour d'autres coups de mains à l'intérieur comme à l'extérieur des États-Unis. On lui prête un attentat contre ce même Wold Trade Center, une attaque contre la base américaine de Dahran en Arabie Saoudite, et contre un destroyer US à Aden au Yémen. Il a donc bien mérité son statut d'ennemi public numéro 1 des États-Unis.


• Les deux tours du world Trade Center après l’attentat.


Mais faire d'un homme retranché dans les montagnes d'Afghanistan, malgré ses milliards présumés et son réseau supposé, l'auteur d'une action de l'envergure de celle du 11 septembre 2001, c'est peut-être aller vite en besogne. Certains commentateurs avisés l'ont déjà relevé. Quatre avions transformés en bombes volantes, plus une voiture piégée, est une opération concertée dont la logistique de préparation et d'exécution n'est pas dans les capacités de l'illuminé de Kandahar. À moins que l'épouvantail modèle cache un stratège hors-pair, un Ché Guevara doublé d'un Giap des temps nouveaux, avec des équipes où il n'y a que des Carlos fanatisés.


• George W. Bush sur le site du Pentagone éventré.


Et puis ce Ben Laden, déstabilisateur du nouvel ordre mondial, d'où vient-il, où a-t-il été formé et par qui? Il n'est plus un secret maintenant que Ben Laden a fait ses premières classes à l'école américaine, celle de la CIA plus précisément, lorsque celle-ci encadrait la résistance afghane à l'invasion soviétique dans les années 80. Ce n'est qu'après la guerre du Golfe en 1991, qu'il déclara la guerre sainte aux États-Unis accusés d'avoir occupé sa terre natale, en déployant des troupes en Arabie Saoudite. Il a par la suite ajouté à sa plateforme idéologique du Jihad contre "le Grand Satan", la cause palestinienne.
Ce Ben Laden là, ou un autre ou d'autres du même profil, peu importe. Le fait est que des milieux nourrissant une haine absolue pour les États-Unis ont atteint ce pays au cœur même de ce qui représente sa force militaire et sa puissance économique. Pourquoi? Pourquoi en vouloir tant à l'Amérique de tous les fantasmes du bon vivre et du bien être, au point de massacrer sciemment des milliers d'innocents?
Il y a bien une continuité dans la politique extérieure des États-Unis, mais -question presque subsidiaire- pourquoi cette tragédie est-elle arrivée maintenant, alors que George W. Bush n'a pas bouclé sa première année de présidence, et pas durant les deux mandats de Bill Clinton?
Le jour même, juste après les terribles attentats de New York et de Washington, les regards et les soupçons se sont vite tournés vers le Proche-Orient. Dans ce sac de nœuds de toutes les tensions mondiales, l'Amérique, héritière volontaire de l'ex-puissance britannique, mène depuis des décennies une politique à sens unique.

Pas d’interlocuteur

Une politique constamment, systématiquement et littéralement alignée sur celle d'Israël. Qu'Israël parte en guerre contre ses voisins et occupe leurs terres ou que ses dirigeants commettent des meurtres à l'égard des Palestiniens, l'Amérique est toujours là pour assurer la couverture diplomatique et faire suivre l'intendance. Ajouter à cela, le maintien, contre toute logique, de l'embargo contre l'Irak et la guerre privée, hors ONU, menée par les États-Unis et la grande Bretagne contre ce pays.
Tout cela ne pouvait qu'accentuer le sentiment de profond ressentiment des peuples arabes et musulmans à l'encontre de l'Amérique. La politique de deux poids, deux mesures, régulièrement dénoncée par les pays arabes, parce que ressentie comme une profonde injustice, n'a jamais été prise en compte par les concepteurs de la stratégie proche-orientale de Washington.
Durant la première Intifada, Bill Clinton, dès le début de son premier mandat, a réussi, presque à l'arraché, à amener Israéliens et Palestinien à la table des négociations pour la conclusion des accords d'Oslo en septembre 1993. Il ne cessera de déployer d'immenses efforts et de colmater les brèches, y compris avec un certain Benyamin Netanyahou, chef de fil des faucons israéliens, jusqu'aux dernières semaines de son second mandat.
C'est maintenant, avec un recul somme toute très court, qu'apparaît la valeur du travail patient et inlassable accompli par l'ex-président américain.
Depuis l'arrivé de George W. Bush à la Maison-Blanche, les Arabes n'ont, pour ainsi dire, plus d'interlocuteur. Connu pour sa méconnaissance de ce dossier et de tant d'autres, Bush junior a fait semblant de se retirer du bourbier israélo-palestinien.

Un duo à haut risque

En fait, il ne s'en est pas lavé les mains. Le voudrait-il qu'il n'aurait pas pu. Exploitant ses multiples faiblesses, les lobbies sionistes lui font prendre des positions unilatérales aux antipodes du b a ba universellement admis de la diplomatie.
Il a commencé par dérouler le tapis rouge pour Ariel Sharon, tout en refusant de recevoir Yasser Arafat. Pire, chaque fois qu'il ouvre la bouche pour s'exprimer sur le Proche-Orient, il somme Arafat d'arrêter la violence. Ce qui passe pour une mauvaise plaisanterie aux yeux des observateurs les moins pro-palestiniens et pour une provocation insoutenable par les peuples arabes et musulmans.
Georges W. Bush représente le summum caricatural de l'engagement sans condition et sans retenue de l'exécutif américain au profit du mouvement sioniste et de l'entité israélienne. Par malchance, il a rencontré un Ariel Sharon, lui-même personnification caricature et sanguinaire de ce que représente Israël pour la communauté musulmane.
C'est dans la politique extérieure en général, arabe et islamique en particulier menée par ce duo à très haut risque, qu'il faut rechercher les vraies raisons du drame qu'a connu la population américaine le 11 septembre 2001. Brandir un Ben Laden prêt à fonctionner comme un épouvantail qui cache les causes réelles de ce “mardi noir”, ne résout rien . S'en servir pour légitimer une nouvelle croisade contre les pays arabes et musulmans serait s'enfoncer la tête dans le sable et attiser encore plus de haine, susciter d'autres vocations à la Ben Laden.
La tour de Kaboul
Le peuple américain a été meurtri. L'Amérique officielle, celle qui dirige le monde à partir de la Maison-Blanche, du département d'État, du Pentagone, de la CIA et du FBI, a été, elle, sonnée. Comment cette Amérique va-t-elle réagir? C'est toute la question. La planète terre est en attente. Supposons que Ben Laden soit livré pour un peu plus de cinq millions de dollars, traduit en justice et condamné à dix mille années de prison, autant d'annuités d'incarcération que de victimes américaines. Il faut être naïf pour penser que la page sera tournée et que l'on en parle plus. La logique américaine veut qu'il y ait bombardement avec force images à la télévision de pays dévastés.
Ben Laden, comme chacun sait, vit en Afghanistan. Il faut donc bombarder l'Afghanistan. Cela donnera quoi en termes d'images et d'impact? Vu du ciel, la force de frappe œcuménique des États-Unis. Vu d'en bas, des baraques et des tentes qui brûlent, la plus haute tour de Kaboul, R+3 et demi, en feu, et quelques corps déchiquetés à flanc de montagne du Panshir.
Aucun rapport avec les deux tours de cent vingt étages qui flambent et le Pentagone éventré. Quant aux vies humaines, on sait depuis longtemps qu’elles ne se valent pas ou plus.
En fait, s'il y a un enseignement et un seul à tirer des événements du 11 septembre 2001, c'est que la puissante Amérique n'est plus un sanctuaire hyper-protégé. Elle est à la portée d'une guerre du troisième type. Il n'y a donc plus de conflit lointain que l'on peut diriger à des milliers de kilomètres de distance sans coup férir. La globalisation est ainsi rattrapée par le terrorisme qui lui aussi se globalise avec une réduction inversement logarithmique des distances.
Les quatre points cardinaux n'ont jamais été aussi proches. New York et Washington y sont au centre. Accessibles et vulnérables.


Message de SM le Roi Mohammed VI
au président américain
Condamnation ferme

 

Suite aux attentats perpétrés aux États Unis, SM le Roi Mohammed VI a adressé au président américain le message suivant.
“Monsieur le président et grand ami, l'horrible tragédie consécutive aux actes terroristes dirigés contre des institutions et des édifices de votre pays ami a été ressentie avec une profonde douleur par moi-même et par tout le peuple marocain. En adressant à votre excellence et aux familles des innocentes victimes et des blessés frappés par cet acte tragique et abominable, ainsi qu'au peuple américain ami, mes condoléances les plus attristées et l'expression sincère de toute ma compassion, je tiens à vous exprimer la condamnation énergique par le royaume du Maroc de ces actes barbares et odieux, contraires à tous les principes et valeurs de l'humanité.
En ces moments terribles, j'exprime à votre excellence ma solidarité entière et absolue ainsi que celle du peuple marocain, avec le peuple américain ami dans la pénible épreuve qu'il traverse, vous assurant que nous nous associons à sa douleur suite à cette horrible catastrophe, et réitérant notre constante condamnation du terrorisme ignoble.
Nous prions Dieu d'accueillir les innocentes victimes en sa sainte miséricorde, de préserver votre pays ami de tout malheur et de vous aider à surmonter cette épreuve cruelle. Je réitère, à votre excellence, l'expression sincère de ma solidarité et de ma compassion".

 

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