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Après
23 ans d'exil (intérieur, 14 mois), et extérieur, Mokhtar
Ould Daddah, le père de la Nation Mauritanienne est rentré
à Nouakchott le 17 juillet via Paris. La veille de ce retour
une dizaine de médias internationaux l'ont sollicité, il
en a refusé plusieurs parce que la voix et le corps ont faibli
sous le poids de l'âge. Je suis né entre 1921 et 1924"
me dira-t-il un jour et c'est à Maroc Hebdo International qu'il
accordera ses derniers propos, ce 17 juillet avant de présenter
son nouveau passeport, profession ancien Président de la
république", au guichet des frontières de l'aéroport
Roissy Charles De Gaulle, perdu dans l'anonymat des voyageurs intercontinentaux.
De Gaulle, à qui un jour Mokhtar Ould Daddah a dit non"
et qui a voulu, déjà, le punir d'un coup d'État,
via Jacques Foccart en mai 1962. Mokhtar a eu le culot de refuser, ce
jour-là, une médiation de De Gaulle entre le regretté
Roi Hassan II et lui avec l'aval du GPRA algérien à quelque
45 jours de l'indépendance de l'Algérie. Le sort de Tindouf
et bien sûr du Sahara occidental s'est joué ce jour-là.
C'est l'un des grands secrets de cette affaire créée de
toutes pièces
Dominations
La reconnaissance
officielle de la Mauritanie par le Maroc sera, repoussée à
1969 et jamais au grand jamais Hassan II ne trahira aucun de nos
accords" me dira Mokhtar. Entre temps l'Algérie et La Libye
ont changé de stratégie et avec l'aide de l'augmentation
du prix du pétrole de la Guerre d'octobre 1973 au Moyen-Orient,
ils ont poussé à la création du Polisario pour affirmer
leurs dominations au Maghreb. Pauvre Maghreb! Passez dans mon camp"
lui dira Boumediene. Rejoignez la Libye et je vous offre tout le
Sahara Occidental", lui dira Kadhafi.
Les deux Non" de Mokhtar pour ne pas trahir son alliance naturelle
avec le Maroc pousseront ses adversaires vers le coup d'État du
10 juillet 1978. Mais contrairement à la légende, entretenue,
ce coup d'État a été favorisé par cinq ans
de sécheresse qui ont mis le pays à genoux et aussi par
les premières grandes affaires de corruption. Plusieurs officiers
supérieurs dont ne faisait pas partie Mouaouya, l'actuel Président,
ont précipité le coup du 10 juillet pour éviter le
scandale et probablement les arrestations.
Ce coup d'arrêt de l'alliance Maroc-Mauritanie a donné un
nouveau tonus au Polisario qui par surcroît a reçu l'aide
de 3000 nouvelles recrues militaires, cadeau du nouveau pouvoir avec à
sa tête le falot Colonel Mustapha Ould Salek. D'autres officiers
lui succéderont à la tête de l'État avant la
prise du pouvoir par Mouaouya Ould Sid Ahmed Taya le 12 décembre
1984, durant le voyage, forcé par Mitterrand, du Colonel Khouna
Ould Haïdallah au sommet Franco-africain de Bujumbura.
Cadeau
La Mauritanie
est revenue depuis à une attitude plus modérée dans
la région du Maghreb, en tournant aussi la page de l'unanimisme
du parti unique. Cela a ouvert d'autres fronts et d'autres confrontations
dont la dernière est la non-rupture des relations avec Israël
suite à la politique très agressive de Sharon contre les
Palestiniens.
C'est un mystère dont je voudrais connaître les raisons",
me dira Mokhtar ce dix-sept juillet avant de connaître un véritable
bain de foules populaires à son arrivée à Nouakchott.
Sans accueil officiel, la rue lui a fait un triomphe avant d'arriver chez
lui, suivi du rituel défilé de ses anciens amis, parents,
politiques et chefs de file de la société civile.
Ce retour, il y a longtemps que je l'ai souhaité. Un retour
dans l'honneur et la dignité", me dira-t-il avant de s'embarquer
sur le vol AF 764.
Déception
Et pour
rendre ce retour irréversible, définitif il a vendu, avec
sa femme, le seul bien qu'il possédait en France; un appartement
qui lui a été offert par des amis africains parce que le
jour où il est arrivé en France le 3 octobre 1979, il ne
possédait aucune fortune personnelle.
Il a renoncé au pouvoir, a refusé de comploter, avec ceux,
dont Kadhafi, qui lui ont fait deux offres de service pour le ramener
au pouvoir à Nouakchott, afin de redonner plus de crédibilité
et plus de chances aux relations arabo-africaines". Refus net de
la part de Mokhtar, à la grande déception de ses partisans
de l'intérieur.
Mais l'homme, serein, en bonne conscience avec lui-même et quoique
usé par l'âge ne refuse pas d'être encore utile pour
le pays qu'il a créé de toutes pièces contre la volonté
de tous ses voisins et le handicap intérieur, composé d'un
puzzle d'Émirats et tribus antagonistes. Cette Mauritanie malgré
son immensité est un miracle. Et sa capitale, dont Mokhtar a posé
la première pierre en 1957, devait accueillir 55.000 habitants
en l'an 2000. Elle en compte presque un million aujourd'hui! Beaucoup
d'entre eux sont venus à sa rencontre.o
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