La consommation du narguilé en passe de devenir
un phénomène de société
La shîsha au féminin

Les ventres des narguilés glougloutent au rythme des aspirations des fumeurs. L’odeur du tabac doux relevé d’une pointe de miel ou de pomme embaume
l’atmosphère de ces cafés et vous donne l’impression de vous retrouver
dans un café cairote ou alexandrin.

Par Naïma Bouâchrine

 

 

Cela se passe dans un café sur l'Avenue des Forces armées royales à Casablanca. Deux filles bon chic bon genre s’introduisent dans le café et demandent au serveur, avant de s’attabler, s’elles peuvent consommer le narguilé (shîsha) dans cet établissement. Le serveur regrette de ne pouvoir répondre à leur désir, mais s’empresse de leur donner le nom de quatre cafés en ville qui offrent ce genre de service. Les jeunes filles s’en vont à la recherche de ce lieu. Profitant de cet engouement pour la pipe orientale nommée «l’appareil élégant» par Balzac, plusieurs propriétaires de café affichent cette consommation dans leur menu.
Dans nombre de cafés, les ventres des narguilés glougloutent au rythme des aspirations des fumeurs. L’odeur du tabac doux relevé d’une pointe de miel ou de pomme embaume l’atmosphère de ces cafés et vous donne l’impression de vous retrouver dans un café cairote ou alexandrin.
Les Casablancaises consomment avec délectation le narguilé, communément connu sous le nom de shîsha. Phénomène marginal?

Aspiration

Fumer le narguilé est particulier à l’Egypte et aux pays du Moyen-Orient. Le narguilé était et reste un symbole de convivialité dans les groupes de femmes entourées de leurs enfants avec les nuages de fumée autour et les gargouillements des bulles que provoque l’aspiration dans l’eau.
Pour Souâd, une jeune Marocaine de 23 ans : «fumer le narguilé est un geste de raffinement, c’est un acte convivial, en plus l’arôme du maâssel, issu de fruits, n’empeste pas comme la cigarette». Et autre originalité, Souâd comme d’autres jeunes filles peuvent fumer la shîsha chez elles. Le narguilé, jadis acheté par les Marocains pour décorer un coin du salon est désormais dépoussiéré pour un usage familial. Dans certains milieux, les parents les plus conservateurs tolèrent que l’on fume la pipe orientale à la maison.

Engouement

Pour Ilham, une autre jeune fille qui fréquente un petit café situé en plein Maârif: «Le narguilé me donne à rêver, on est une société arabo-musulmane, une femme qui fume des cigarettes et consomme de l’alcool est mal vue, alors que fumer le narguilé est plus toléré. Dans les sociétés égyptienne et moyen-orientale, on fume le narguilé en famille, donc pourquoi pas chez nous?".
L’Orient avec notamment cette tradition gagne doucement les foyers marocains. On ne s’en offusque nullement. Le secret de cet engouement? Beaucoup de ces néophytes pensent que le narguilé ne nuit pas à la santé. Ce qui est faux, bien entendu.
Ces petites douceurs qui envahissent le mode de consommation de certains citadins a quand même un prix dans les différents cafés de la capitale économique. Ainsi, dans un café ordinaire où le prix des consommations est normal, il faut débourser 30 dirhams pour fumer le narguilé. Dans d'autres cafés bien aménagés, plus modernes, cette nouvelle consommation coûte entre 50 et 60 dirhams. Dans d’autres restaurants qui offrent des spécialités orientales, la shîsha fait partie du menu. Dans plusieurs cafés en ville et au Mâarif, il est de bon ton de fumer langoureusement une shîsha à la fraise ou à la pomme. Avant d’arriver au Maroc une sorte de shîshamania a d’abord touché les capitales occidentales, comme Paris où l'on trouve de vrais cafés narguilé avec une décoration et de la bonne musique orientale. Aux Etats-Unis, en plein cœur de Manhattan, les top models féminins ont été les premières à lancer cette mode néo-orientaliste. Contrairement aux Etats-Unis, les amateurs de la shîsha à Paris ne sont pas de la jet-set.

Mode

Au Maroc, ce sont aussi les filles qui sont derrière la prolifération de la consommation de la shîsha. Moins fort que la cigarette, le tabamel utilisé dans la shîsha est un mélange de tabac et de mélasse ou de miel, auquel on ajoute aujourd’hui de la glycérine et diverses essences, comme la pomme et la fraise, la menthe, la rose ou l’abricot. Cette variété de parfums attire la jeunesse. Pourtant les vrais fumeurs de la shîsha, les vrais puristes, préfèrent la shîsha au miel.
En plein cœur du centre ville de Casablanca, Ahmed, un Égyptien, propriétaire d’un restaurant-café populaire a été le premier à offrir la shîsha à ses clients après un repas copieux : « C’est une sorte de dessert, au début mes clients me voyant fumer la shîsha, ils en demandaient, et c’est devenu après une consommation à 27 DH, la moins chère dans le tout Casa ». Une fois dans la terrasse de ce café-restaurant, une odeur douce de maâssel vous flatte les narines. Et pour cause, plusieurs clients sont fidélisés car ils peuvent à tout moment fumer la fameuse shîsha.


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