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Le vocable
gauche" est en train de se redéfinir, de se refonder,
de se repositionner. Un vocable mythique qui se cherche désespérément.
On ne sait plus où donner de la tête pour espérer
rencontrer la gauche. Y a-t-il toujours une gauche dans la Koutla? L'USFP
s'en revendique, malgré l'usure rapide du pouvoir. L'OADP en fait
sa raison d'être avec un doute et un mal-vivre qui confinent au
dédoublement.
Et puis, ce vocable a-t-il encore un sens par les temps politiques actuels?
L'extrême gauche, qui ne veut plus être qu'une gauche normalisée,
entend lui en donner. Une tentative de perpétuation par l'occupation
d'une case jugée vacante.
Des rencontres croisées entre petits partis et grouspules se succèdent
pour constituer un pool sous un label revu, corrigé et actualisé.
Discutailleries difficiles dans ce petit monde politique du troisième
type où le verbe est sacré et le concept idéalisé.
Fusion
et sabordage
Réunion
le samedi 19 et dimanche 20 mai 2001 du comité central de l'OADP,
à Casablanca. À l'ordre du jour, discussion d'une plate-forme
d'union avec trois entités de la gauche extrême, le Mouvement
pour la démocratie (MPD) dirigé par Omar Zaïdi, les
Démocrates indépendants (DI) animé par Mohamed Moujahid,
et le groupe "Al Maïdane" créé par Ahmed
Harzanni. La fusion passe forcément par le sabordage de l'OADP
et la création d'une nouvelle formation: le "Parti de la gauche
démocratique" (PGD). Attention au lapsus qui entraînerait
une confusion grave avec le PJD islamiste du docteur El Khatib. D'un sigle
à l'autre, il y a un peu plus qu'une nuance.
Pour Mohamed Bensaïd Aït Idder, il ne s'agit pas de quitter
la Koutla. Il continuera à y siéger au nom du nouveau parti.
Il représentera une sorte d'opposition de gauche dans une alléance
politique, elle-même composante principale de la coalition gouvernementale.
Position difficile s'il en est, qui ne manquera pas de gêner l'USFP
et le PPS, deux partis dont l'extraction de gauche est toujours présente
dans les discours.
Avec toutes ces appellations, très peu connues du public, OADP
mise à part, on n'a pas encore fait le tour du propriétaire.
Quelques jours auparavant, le PADS (Parti de l'avant-garde démocratique
et socialiste) avait pris langue avec "Annahj adimoucrati".
Rappel et explication nécessaires pour les non-initiés.
Le PADS est le produit d'une dissidence au sein de l'USFP, en 1983, conduite
par Abderrahmane Benamour et Ahmed Benjelloun. Ces deux derniers étaient
opposés à la participation de l'USFP aux élections
législatives qui devaient se tenir à cette époque.
La raison invoquée n'a pas varié depuis, elle est même,
valeur aujourd'hui, largement partagée: le tripatouillage des urnes.
"Annahj adimoucratie" n'est autre que l'ancêtre d' "Ila
al amam", un groupe marxiste-léniniste qui avait appelé
à un référendum au Sahara marocain, avant que cette
option ne soit officiellement adoptée par le Maroc à l'occasion
du sommet africain de Nairobi, en juin 1981. Ce courant a eu, pendant
longtemps, Abrahm Serfaty comme chef de fil. Après son retour d'un
exil forcé, le vieux militant judéo-marocain a pris ses
distances pour se consacrer à ses réflexions politiques
et autobiographiques, et à ses retrouvailles avec son domaine d'expertise
minière.
Entre cette nébuleuse d'extrême gauche, deux dénominateurs
communs:
Un. Un passé douloureux d'atteinte aux droits de l'Homme en général
et à la liberté d'opinion en particulier. Si l'on additionne
les années de prison accumulées par cette petite population,
on obtiendrait un chiffre qui rend compte de l'arbitraire et de la répression
qui ont prévalu pendant ce qu'il est convenu d'appeler les
années de plomb". Sans parler des disparus". Ce
sont tous ces cas qui constituent le pain quotidien du CCDH. Dans les
années 60, 70 et 80, ces revenants d'une période sombre
et que lont voudrait définitivement révolue, ont connu
les pires tortures, les condamnations les plus lourdes et les conditions
d'incarcération les plus inhumaines. Ils étaient jeunes.
Ils avaient une idée du militantisme de gauche faite d'utopie généreuse
et de ténacité peu politique. Pour cela, que l'on soit d'accord
ou pas avec eux, ils méritent le respect.
Les
deux extrêmes
Deux. Ces
anciennes victimes d'une politique irrationnelle, ont la fâcheuse
tendance de se subdiviser, de se fragmenter à l'infini. On ne compte
plus le nombre de groupes, de groupuscules et de sous-groupuscules. Ce
sont des cérébraux, des activistes de l'intellect, bref,
des généraux qui ont gagné leurs galons dans la souffrance
de l'opposition radicale, mais sans jamais parvenir à se compter
un peu plus nombreux que ce qu'ils ont toujours été.
Qu'est-ce qui les pousse à vouloir se rassembler, aujourd'hui?
On remarquera que le terme "dimoucrati" (démocratique)
a retrouvé une certaine réhabilitation dans leur lexique
qui ne dépassait pas la terminologie marxienne. Leur radicalisme
pur et dur aurait donc baissé d'un cran. Ils veulent enfin en sortir,
pour épouser l'air du temps et s'impliquer dans le jeu électoral.
Tout en étant à l'autre extrémité de l'échiquier
politique, ils aboutissent au même cheminement que s'apprêtent
à emprunter les radicaux islamistes sous réserve de légalisation.
Justicialisme socialiste authentifié, d'un côté, justicialisme
islamiste puritain, de l'autre. On connaît donc les extrêmes.
C'est déjà ça. La deuxième tendance, ce n'est
pas un secret, a beaucoup plus le vent en poupe que la première.
En termes de poids électoral potentiel, ce n'est même pas
comparable. Une certitude, cependant, le gros du paysage partisan particulièrement
celui de la Koutla, risque de se faire grignoter une partie de ses troupes.
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