|
Les minorités
dans le monde arabo-islamique. Cétait le thème de
la troisième édition de l'émission Mounadarate transmise
sur 2M, le lundi 7 mai 2001. Vaste programme. Il fallait donc réduire
l'angle d'approche pour ramener le débat à l'actualité.
Une actualité dramatique, brûlante, celle du Proche-Orient
en général et du peuple palestinien en particulier. Pour
y arriver, l'animateur de l'émission, Mohamed El Ayadi, s'y est
employé avec une progressivité méthodique. C'est
un sociologue spécialiste de l'histoire des idées. Il commence
par évoquer la vie des minorités juives dans les pays arabes,
avec un intérêt particulier et parfaitement compréhensible
pour le Maroc. Face à lui deux débatteurs, un Marocain et
un Syrien, tous deux universitaires: Mohamed Kenbib et Borhane Ghalioune.
De cette première partie des discussions, il n'en ressort rien
de plus que ce l'on savait déjà sur le statut et la situation
de la minorité juive du Maroc. Une implantation ancienne, quelque
deux mille ans, qui a donné et reçu de l'environnement berbère
puis arabo-islamique où elle a vécu, pour développer
un particularisme culturel intégré et enrichissant. C'est
ce qu'on appelle la culture judéo-marocaine.
Intégration
parfaite
Intervenant
en externe, André Azoulay, conseiller de S.M le Roi et illustre
juif marocain dira: Je ne me suis jamais senti minoritaire, bien
qu'appartenant à cette minorité. La minorité juive
est constitutive de l'identité nationale dans ses multiples dimensions.
Les Juifs marocains ont vécu dans une proximité, dans une
conviviabilité qui ne s'est jamais démentie quels que soient
les aléas. Cela, grâce à un consensus qui n'a pas
eu besoin d'être forcé".
Comme pour illustrer les propos d'Azoulay, l'animateur propose un cas
d'intégration parfaite. David Cohen, un Juif marocain, médecin-traumatologue
de son état. La caméra restitue, en quelques minutes, une
journée professionnelle, familiale et confessionnelle du docteur
Cohen. Du CHU Ibnou Rochd avec les patients et les étudiants, aux
séminaires avec ses collègues, en passant par son domicile
et son sabbat à la synagogue du quartier.
Borhane Ghalioune, lui, estime que le cas du Maroc n'est ni unique, ni
exceptionnel.
Il peut être élargi à d'autres pays arabes, tels le
Yémen, l'Égypte, l'Irak ou la Syrie, avec les nuances propres
aux vicissitudes que chacun de ces pays a connues. Il en déduit
qu'il n'y a de cultures juives que celles apparues et façonnées
dans les pays d'origine. Un Juif marocain, allemand, russe ou américain,
porte un judaïsme marqué par la culture du pays où
il a vécu. Autrement dit, il n'y a pas de culture israélite
proprement dite, commune et homogène. Mais un assemblage disparate,
artificiellement provoqué pour les besoins de la création
d'un État juif en Palestine. Arrive alors la grande question qui
tombe sous le sens, que tout le monde attend et qui fait passer l'émission
à une vitesse supérieure.
Pourquoi les Juifs marocains sont-ils partis d'un pays où ils étaient
si anciennement ancrés et si bien intégrés? Mohamed
Kenbib, auteur d'une thèse d'histoire sur les Juifs du Maroc, a
d'emblée paru gêné, crispé, avare de son savoir
et des mots pour le dire. Il s'est retranché derrière son
étiquette de thésard, pour distiller, par bribes de phrases,
un historicisme incompréhensible et décevant.
Il a tout bonnement ramené l'exode des Juifs du Maroc vers Israël
au dépérissement de certains métiers traditionnels.
Le comble, c'est lorsque M. Kenbib donne au mouvement sioniste un caractère
premier de judaïsme humanitaire. On avait de la peine à croire
ses yeux et ses oreilles. En fait, M. Kenbib, attaché culturel
à l'ambassade du Maroc à Paris, s'est cru obligé
de jouer au diplomate. Il a tout simplement basculé dans l'offense
des sentiments et des convictions des Marocains. Franchement, il aurait
mieux fait de s'abstenir.
Embrigadement
sioniste
Heureusement,
Borhane Ghalioune a remis les choses dans leur contexte et rétabli
la vérité historique. L'exode des Juifs n'a d'autre explication,
a-t-il dit, que la propagande sioniste, l'embrigadement idéologique,
et l'encadrement logistique de l'agence juive internationale. La naissance
d'Israël a constitué un point de rupture dans la longue coexistence
pacifique entre juifs et musulmans.
Abraham Serfaty, autre intervenant en externe, a abondé dans le
même sens. Les dirigeants d'Israël (depuis sa création
en 1948) n'ont jamais été autre chose que sionistes. Israël
est fondé sur une idéologie raciale, y compris entre juifs
occidentaux et juifs orientaux".
Le mot de la fin revient à André Azoulay: La façon
dont j'ai appris à être Juif consiste à respecter
les autres. Ce n'est possible que si mon voisin est maître de son
identité et de sa dignité. Aujourd'hui, mon voisin est Palestinien.
Or, celui-ci est privé de sa liberté et bafoué dans
sa dignité. Il ne pourra recouvrir l'une et l'autre qu'avec un
État palestinien qui tarde à venir". En définitive,
on a eu droit à un débat calme et réfléchi
sur un sujet où des vérités bien qu'évidentes
étaient bonnes à rappeler sans autres formes de passion
excessive, ou de rétention empruntée. L'animateur de l'émission
y a été pour quelque chose.
Retour
|