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Il peut
être affirmé que les très graves violations des droits
de l'homme commises à compter des années 1992 et notamment
l'usage systématique de la torture s'inscrivent dans le cadre d'un
programme de harcèlement sinon d'élimination systématique
pour des mobiles politiques dont Khaled Nezzar était le principal
instigateur et artisan.
Les caractères massif ou systématique et organisé
des crimes commis en Algérie depuis octobre 1988, et particulièrement
après le 11 janvier 1992 et jusqu'à ce jour, ressortent
suffisamment des faits. Pour en comprendre la logique il nous paraît
nécessaire d'en faire un bref historique.
Dès octobre 1988, et surtout après le 26 décembre
1991 et jusqu'à ce jour, des milliers de civils sont arrêtés
en dehors des formes prescrites par la loi, séquestrés,
déportés, exécutés sommairement, empoisonnés
ou condamnés, torturés ou tués dans des conditions
atroces: certains sont enterrés anonymement avec «X»
comme patronyme, parce que méconnaissables après l'assassinat
pendant la torture alors que d'autres victimes furent brûlées
vives
Exterminateur en chef
Le Général
Khaled Nezzar a occupé différents postes militaires lui
permettant toujours d'agir non seulement sur les troupes, mais sur toutes
les autorités civiles et militaires. Le général-major
était, déjà en 1982, chef de la 5éme Région
militaire à Constantine.
Il devient chef des forces terrestres en 1986. Sa désignation au
commandement pour le rétablissement de l'ordre a eu lieu le soir
du 5 octobre 1988, en même temps que la signature du décret
portant proclamation de l'état de siège sur tout le territoire.

Les généraux algériens, avec Lamari premier
à gauche.
Il dirigeait l'armée lorsque celle-ci tire sur des émeutiers,
en octobre 1988, parce qu'il était le plus haut responsable de
la gestion de l'état de siège avec 600 morts et plusieurs
centaines de victimes de tortures pratiquées à une large
échelle.
Répression
systématique
Promu chef
d'état-major de l'armée en remplacement du Général
Belhouchet, puis général-major le 5 juillet 1990, il devient
ministre de la Défense le 27 juillet 1990, un poste réservé
depuis 1965 au président de la république, et le restera
jusqu'au 10 juillet 1993. Comme ministre de la Défense, il devient
alors l'homme de toutes les décisions au sein du pouvoir, il met
sur pied une commission composée de généraux influents
en décembre 1990, c'est-à-dire après les élections
locales de juin 1990, chargée de contrer l'avancée du parti
politique Front islamique du salut. Il joue un rôle important pour
limoger, le 5 juin 1991, le chef du gouvernement, le réformateur
Mouloud Hamrouche, - envers lequel il manifeste ouvertement son inimitié,
et le fait remplacer par Sid-Ahmed Ghozali. Après avoir protesté
contre les résultats d'élections libres, sous prétexte
que le parti vainqueur des élections avait l'intention de mettre
en péril les valeurs démocratiques, il contraint et force
le président de la République élu, Chadli Bendjedid,
à la démission en janvier 1992, provoquant ainsi une crise
politique.
Chadli Benjdid.
En juillet 2000, Khaled Nezzar crée une société,
au capital de 6 millions de dinars (500.000 FF) avec trois de ses enfants.
L'entreprise, Soft Link Com, est spécialisée dans l'Internet,
un marché encore vierge en Algérie. L'automne 2000, le général
en retraite publie ses mémoires, et l'un des chapitres s'intitule
Comment j'ai nommé Zeroual, se reconnaissant ainsi d'énormes
pouvoirs puisque pouvant désigner, à la place du suffrage
universel populaire, les chefs d'État de l'Algérie.
Il résulte dun rapport sur la torture en Algérie que
lorsque Khaled Nezzar, était ministre de la Défense, pendant
les années 1992 et 1993, la torture a été massivement
utilisée soit dans les lieux de détention contrôlés
par l'institution militaire soit dans les prisons militaires comme celle
de Blida.
Cette situation est également décrite dans un rapport rédigé
par le Département d'État des États-Unis.
Anti-mémoires
accusatrices
Le caractère
systématique et massif des crimes de torture dans les années
92 et 93 résulte également du Livre blanc sur la répression
en Algérie.
Le rôle de Khaled Nezzar est décrit dans l'ouvrage Le livre
noir sur l'Algérie pages 115, 117, 143 et 144.
Le Comité des droits de l'homme des Nations Unies a constaté
dans son rapport de 1998 que «les autorités de la république
algérienne ont été dénoncées comme
étant responsables de l'utilisation de la torture et de mauvais
traitements à grande échelle (
) ».
Par la suite, il a occupé le poste de chef d'État dans une
structure collégiale -le HCE - avec quatre autres personnes.
Khaled Nezzar était le membre le plus influent du HCE qui avait
des prérogatives extrêmement importantes sous la direction
duquel fut prônée et appliquée une politique très
répressive à l'encontre de l'ensemble des opposants et notamment
à l'encontre du FIS.
C'est publiquement et ouvertement que Khaled Nezzar a prôné
et encouragé cette politique de répression.
En tout état de cause, il est indiscutable et indiscuté
que la responsabilité en l'espèce du supérieur hiérarchique
qu'était le Général Khaled Nezzar quelles qu'aient
été ses fonctions, soit ministre de la Défense ou
Président du HCE, est gravement engagée du fait des fonctions
qui étaient les siennes.
En effet, il est irréaliste d'imaginer l'usage aussi massif et
systématique de la torture, dans des lieux de détention
militaires et/ou contrôlés par des militaires ait pu intervenir
sans son aval.
Par conséquent, à la responsabilité du Général
Khaled Nezzar en qualité de supérieur hiérarchique,
se double sa responsabilité pénale directe du fait d'être
l'instigateur, le coordinateur, l'organisateur présumé de
la politique de torture systématique commise dans les années
92, 93 et 94 dont ont été victimes les parents des plaignants.
Bien entendu, le Général Khaled Nezzar ne saurait se prévaloir
d'une quelconque immunité dès lors qu'il apparaît
avoir été responsable de la commission de crimes internationaux
pendant qu'il exerçait les fonctions de ministre de la Défense
et postérieurement pendant qu'il exerçait le rôle
extrêmement important qui était le sien jusqu'au 30 janvier
1994 au sein du HCE.
Massacre
à Bab El Ouad
Le Général
Khaled Nezzar fait l'objet de nombreuses mises en cause précises
et concordantes soulignant sa responsabilité en qualité
de ministre de la Défense et ensuite en qualité de chef
d'État de fait, dans le cadre collégial du HCE, recueillies
par les organes pertinents des traités des droits de l'homme, ainsi
que par les rapporteurs spéciaux et groupes de travail de la Commission
des droits de l'homme et, enfin, par de nombreuses organisations non gouvernementales
des droits de l'homme.
Responsable direct de l'exécution extrajudiciaire d'une cinquantaine
de victimes civiles à Bab-El-Oued (Alger), le requis, Khaled Nezzar,
présente lui-même les faits qui se sont déroulés
le 10 octobre 1988. Nous utilisons les propres propos du mis en cause.
Les faits et les déclarations du mis en cause sont tirés
du livre Octobre : ils parlent, Entretien réalisé par Ahmed
Semiane, éditions Le Matin, Alger, 1998.
Le massacre de Bab-El-Oued du 10 octobre est présenté ainsi
qu'il suit:
Au moment crucial, Khaled Nezzar se dérobe et décrit le
massacre comme une surprise, en tous les cas comme s'il n'avait pas donné
l'ordre de tirer. Des militaires ont tiré, comme ça,
parce qu'ils n'en avaient pas l'habitude, par peur. Il y a malheureusement
eu de rares cas où les militaires ont réagi de la sorte.
Mais il dévoile un peu plus loin le motif de l'ordre de tuer: Les
coups de feu qui avaient été tirés ont influé
sur le cours des événements. Ils étaient inattendus
et ont permis, en même temps, de mettre en sourdine les manifestations.
Le jeu s'est calmé peu à peu.
Cest dans ces conditions que les plaignants déposent plainte
entre vos mains, Monsieur le Procureur de la République, de chef
de tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants, infractions
commises depuis temps non prescrit, à lencontre du Général
Khaled Nezzar.
La compétence des juridictions de Paris résulte du fait
que le Général Khaled Nezzar se trouve à Paris depuis
un temps indéterminé et en tous les cas sy trouvera
dans la journée du 25 avril 2001 à 18h30.
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