La classe ouvrière a fêté le 1er mai
Circulez, il n’y a rien à voir

Par Abdellah Chankou

 

• Noubir Amaoui.

 

Les défilés du 1er mai se succèdent se ressemblent. Celui de cette année n’a pas dérogé à la règle. Les foules des travailleurs se sont déplacées. Étaient-elles plus nombreuses que d’habitude ? En tout cas, le rituel est le même. Slogans, banderoles… Un esprit de fête. Pour la classe ouvrière, cette journée représente un exécutoire comme un autre. Chacun se défoule comme il peut. Ni tension, ni débordement. D’ailleurs, les forces de l’ordre n’ont pas débarqué aussi massivement que les années précédentes.
La fête du Travail de 2001 était placée, à tout point de vue, sous le signe de la banalité. Chaque syndicat a déployé ses troupes, ses banderoles. Visiblement, les gens sont fatigués. Lassitude de ne rien voir venir, d’entendre répéter les mêmes slogans, de ressasser les mêmes revendications.
Virulence
Comme d’habitude, l’UMT (Union marocaine du travail) de Mahjoub Benseddik a aligné le plus de marcheurs, le boulevard des FAR était noir de monde. Un spectacle qui a impressionné Nicole Nottat, secrétaire générale de la CFDT, invitée d’honneur de M. Benseddik. Ce dernier a fait à cette occasion un discours virulent, une espèce de réquisitoire quelque peu teinté, il est vrai, de populisme. “ Nous commémorons la fête du Travail dans un climat (…) rendu nauséabond par la multiplication et surtout par l’impunité des scandales, de la gabegie et des détournements du bien public”. M. Benseddik poursuit sur sa lancée en noyant ses critiques dans les généralités : “ Les Marocains et les Marocaines ont perdu confiance dans les équipes gouvernementales qui se succèdent et qui recommencent les mêmes errements, se contentant d’administrer la crise, d’improviser à la petite semaine, de gérer la pénurie, dévoués à sauvegarder les privilèges des privilégiés, le pouvoir des puissants, à enrichir les riches tout en écrasant les faibles. À ceux-là (…), seules sont consenties des opérations de charité”.
Qu’en est-il de la CDT (Confédération démocratique du travail) de Noubir Amaoui? Les regards étaient dirigés vers le bouillant syndicaliste qui s’est signalé récemment par un coup d’éclat en se retirant du congrès de l’USFP (Union socialiste des forces populaires). Que va-t-il dire à l’occasion du 1er mai? Qui va-t-il épingler? Quelle bourde va-t-il commettre? M. Amaoui ne fera rien. Il s’est contenté de lire un discours en demi-teinte, un peu modéré, moins agressif que d’habitude.
Écarts
Un discours consacré en grande partie à la dénonciation du massacre israélien contre les populations palestiniennes. Côté revendications sociales, il a critiqué en substance la dévaluation de 5% du dirham, l’absence d’initiatives privées courageuses et la prédominance de l’économie de rentes et de privilèges. Aucun ministre USFP n’a assisté au meeting de la CDT, seuls étaient présents quelques députés de Casablanca qui ont boycotté, eux aussi, les assises de l’USFP.
En revanche, le meeting organisé par l’UGTM (Union générale des travailleurs du Maroc) de Abderrazak Afilal a connu la participation de quelques figures de l’Istiqlal, notamment le ministre de l’Emploi, Abbas El Fassi, et son homologue du Plan Abdelhamid Aouad. M. Afilal a insisté dans son discours sur le non-respect du gouvernement des engagements contenus dans la déclaration du 19 mouharam. Il a dénoncé en substance les écarts entre les salaires et le retard dans la mise en œuvre de l’assurance maladie obligatoire. À la veille du 1er mai, Abbas El Fassi a accordé un entretien à la première chaîne. Le ministre s’est voulu rassurant, estimant que le gouvernement défend les intérêts de la classe ouvrière malgré les contraintes budgétaires et économiques. À titre d’exemple, il a cité la création de 18.000 postes d’emplois, la promotion interne des fonctionnaires qui a nécessité un budget de 670 millions de Dh. M. El Fassi, qui a mis beaucoup de bémol à ses propos depuis qu’il est entré au gouvernement, a annoncé qu’il a soumis au Premier ministre une liste de 17 propositions dont la facilitation d’accès aux jeunes à certains marchés, l’institution du travail partiel et la retraite anticipée. Pourvu que ces mesures voient le jour… En attendant que le changement se traduise par l’amélioration du quotidien de la population, rendez-vous le 1er mai prochain…

 

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