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Le microcosme
politico-médiatique national ne parle que de la nouvelle mission
confiée à Driss Jettou : la mise en route de laudit
des comptes du groupe Maroc Soir dirigé depuis décembre
1993 par Abdelhafid Rouissi. Linformation a fait lobjet dun
communiqué laconique, publié en première page du
Matin du Sahara et du Maghreb du lundi 16 avril: «Moulay Ahmed Alaoui,
président du groupe Maroc Soir, a demandé à M. Driss
Jettou qui la accepté, de conduire une mission daudit
et danalyse de la situation des différentes publications
et activités du groupe.
Au vu des conclusions et des enseignements tirés de cette mission,
un projet de restructuration et de développement devrait être
élaboré et mis en uvre prochainement».
Chantier
Cest
donc loption de la réorganisation qui a été
finalement retenue et non celle de la création dun autre
quotidien officiel. Car il y a quelques semaines encore, ces deux solutions
étaient en compétition.
Ex-ministre du Commerce extérieur sous le gouvernement Abdellatif
Filali, représentant des intérêts de la famille Royale
dans lONA, Driss Jettou sest réuni lundi avec le personnel
et les responsables du groupe Maroc Soir. M. Jettou leur a expliqué
le sens et la finalité de la mission daudit : la réorganisation
des titres du groupe, lhebdomadaire Le Temps du Maroc et les trois
quotidiens, Assahrah, La Manana et Le Matin du Sahara, le titre-phare
du groupe, objet de toutes les convoitises et de toutes les rumeurs. Les
auditeurs se pencheront également sur la situation des deux imprimeries
du groupe et de son service de distribution. Tout un chantier.
Avec sa pédagogie et son doigté habituels, Driss Jettou,
par ailleurs homme daffaires accompli, a rassuré ses interlocuteurs
dont certains ont évidemment paniqué, à lannonce
de la mission daudit. «Il ny aura ni chasse aux sorcières,
ni règlement de comptes, a déclaré M. Jettou. Notre
travail vise à assainir les comptes du groupe pour installer à
lavenir une culture de transparence et de bonne gestion».
Laudit na pas encore démarré. Les choses sont
encore au stade de consultation avec les quatre cabinets internationaux
de la place, KPMG, Price Waterhouse, Ernst & Young et Deloitt &
Touch. Le choix se fera en fonction du prix de la prestation, mais aussi
de lexpertise dans laudition des comptes de la presse. Le
souci étant la mise en place préalable de procédures
de transparence et de contrôle écrites avec une définition
précise des objectifs. Et ce, conformément à la nature
des activités de ce groupe de presse. Les négociations vont
bon train.
Continuité
Driss Jettou
a dores et déjà une idée sur la future configuration
du groupe dans le cadre de la réforme engagée. Dabord,
pas question de mettre en uvre une stratégie de rupture.
Mais initier une politique de changement dans la continuité. Ensuite,
le maintien des droits et des acquis du personnel, ni licenciement ni
dégraissage. Enfin, Le Matin du Sahara nouvelle version, selon
M. Jettou, se chargera principalement de la promotion de limage
de S.M le Roi et de celle de la famille Royale. Loin de tout esprit partisan
et de tout parti pris. Donc, la polémique, longtemps entretenue,
autour de la question « A qui appartient le groupe Maroc Soir?»
avec toute la confusion que cette question a entraînée, est
désormais tranchée même si le groupe a été
enregistré au nom de Moulay Ahmed Alaoui. Lentrée
en lice de Driss Jettou ressemble à une reprise en main du palais
royal. Laffaire est entendue.
Répartition
Appartenant
à lorigine à Yves Mas, lentreprise est tombée
en 1971 dans lescarcelle de lÉtat suite à la
politique de la marocanisation, amorcée à lépoque
de Karim Lamrani. Confié depuis à Moulay Ahmed Alaoui, le
groupe a connu une histoire mouvementée.
Depuis la maladie de Moulay Ahmed Alaoui sa famille a essayé de
reprendre à plusieurs reprises la direction du groupe sur fond
dinterrogations sur la santé financière du Matin.
En vain. Cest la mission daudit qui va tirer au clair ce volet
de laffaire. «Depuis plusieurs années, le groupe a
du mal à recouvrer ses créances vis-à-vis de lÉtat.
Ce qui a conduit lentreprise à ne pas payer les impôts
et les cotisations à la CNSS», explique M. Jettou. Il ajoute:
«Il sagit maintenant de connaître les points forts et
les points faibles du groupe pour optimiser les ressources et améliorer
les conditions de travail».
Au-delà des enjeux financiers, reste le problème de la future
équipe dirigeante. À cet égard, une restructuration
en profondeur sera opérée: le groupe, qui jusquici
était dirigé par un seul homme, sera organisé autour
de trois pôles dactivité: un Président-directeur
général qui se chargera de laspect éditorial,
un directeur financier qui soccupera de la gestion et un responsable
qui chapeautera limprimerie et la distribution.
Une répartition des tâches pour une meilleure visibilité
et une grande souplesse. Qui sera le futur patron du quotidien Le Matin
? On ne sait pas pour le moment.
Mais Driss Jettou brosse déjà son profil: Un professionnel
de la presse, qui ne doit être lié à aucune administration.
Il doit être jeune et dynamique, un meneur dhommes compétent
qui saura mettre tout le monde au travail, notamment les journalistes,
dans le droit-fil de la nouvelle politique éditoriale du journal.
Il sagit maintenant de trouver loiseau rare. Ce qui est une
autre paire de manche.
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