Ariel Sharon choisit l’escalade militaire au Proche-Orient
L’impossible guerre syro-israélienne

Après l’Intifada palestinienne, cette première grande crise militaire depuis
l’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir a permis de situer les nouvelles alliances
et postions à l’égard de ce conflit.

Par Mustapha Tossa

 

Faut-il l’annoncer dès le début, jamais le Proche-Orient n’a été si près d’un embrasement général, d’une guerre ouverte et collective que pendant cette semaine sainte pour les chrétiens quand le premier ministre israélien Ariel Sharon avait ordonné des raids sur des positions militaires syriennes à l’intérieur du Liban et décidé de réoccuper une partie de la bande de Gaza qu’Israël avait cédée à l’Autorité palestinienne au terme de labyrinthiques négociations.

Agressivité

Le cliquetis des radars espions, le bruit de bottes se sont nettement fait entendre cette semaine quand Ariel Sharon, l’enfant gâté de l’administration américaine, a décidé d’exercer sa virilité militaire en ouvrant plusieurs fronts, le front libano-syrien étant celui susceptible de procurer l’étincelle de la déflagration.
Pourtant les ingrédients d’une impossible guerre syro-israélienne étaient là, rassurant l’ensemble des capitales arabes et occidentales dont les diplomates se sont fendus de communiqués dénonciateurs, au ton croque-morts et apocalyptiques. Damas n’allait pas marcher sur Tel Aviv et Hosni Moubarak n’allait pas revêtir son treillis d’aviateur pour piloter une diplomatie agressive. Il s’est contenté de mettre dans ses avertissements les trémolos nécessaires pour calmer sa vox populi qui trépigne d’impatience de voler au secours de la veuve et de l’orphelin palestiniens.
Malgré la nouvelle escalade militaire qui a donné l’impression qu’Ariel Sharon a franchi une étape supplémentaire qui rapproche la région du chaos, il s’agit d’une fausse impression, car les cénacles européens et américains qui veillent sur l’équilibre sécuritaire de cette région ont sans doute estimé que Ariel Sharon n’a pas encore dépassé les lignes rouges qu’un agrément non écrit stipulait. Depuis l’arrivée de Georges W. Bush aux affaires qui a coïncidé avec l’intronisation d’Ariel Sharon, la nouvelle doctrine américaine dans la région n’est plus d’établir une paix, fût-elle de couleur américaine, mais d’éviter de subir une guerre israélo-arabe, avec tous les déséquilibres et instabilités que cela entraînerait. Mais entre abandonner les rêves d’une paix satisfaisante pour les Israéliens et les Arabes et éviter un embrasement général, de nouvelles lignes rouges se sont imposées.
Tuer et massacrer du Palestinien, bombarder du Libanais a cessé d’être dans cette nouvelle équation le déclic ou l’interdit à ne pas dépasser sous peine de saper le fragile équilibre de la terreur savamment protégé par les pontes du Pentagone et de la CIA.

Déclic

Par conséquent les territoires palestiniens et le territoire libanais se sont transformés par la grâce de cette nouvelle donne en champs de manœuvres à ciel ouvert pour démonstration de force israélienne, le substrat électoral et idéologique de l’équipe Sharon, avec la bénédiction inavouée des autorités syriennes, car on ne peut éternellement échapper à cette double interrogation: pourquoi malgré ses vociférations contre Damas Israël se contente-t-il de bombarder ses positions au Liban sans jamais oser toucher le territoire syrien ?
Et pourquoi malgré les déclarations officielles syriennes de soutenir la résistance libanaise (le Hezbollah et autres forces hostiles à Israël), Damas oublie de nourrir un mouvement de résistance à l’intérieur de Golan syrien occupé par Israël et préfère, même du temps de Hafez El Assad, le récupérer par la voie de négociation.
Après l’Intifada palestinienne, cette première grande crise militaire depuis l’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir a permis de situer les nouvelles alliances et postions à l’égard de ce conflit: l’administration américaine conserve un soutien sans faille, malgré des froncements de sourcils, à l’égard de l’Etat d’Israël quels que soient ses dirigeants, l’Union européenne s’avoue impuissante à disposer de moyens d’influencer les protagonistes et observe un statut de spectateur affligé, quant aux pays arabes notamment ceux qui ont des relations diplomatiques avec l’Etat hébreu (l’Egypte, la Jordanie, la Mauritanie), la situation ne leur paraît pas encore suffisamment grave, et l’arbitraire et l’arrogance israéliens suffisamment visibles pour couper les relations diplomatiques et s’insérer dans un programme de boycott des principaux parrains d’Ariel Sharon.

 

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