Le Parti de la Justice et du Développement monte au créneau
Loterie électorale

Par Abdellatif El Azizi

 

• Abdelkrim Al Khatib.

 

Abdelkrim Al Khatib ne perd pas de temps. Pendant que les autres partis politiques s’étripent dans des dissensions internes qui n’en finissent pas, il annonce la couleur : «le gouvernement doit se décider à aborder la question des élections qui doivent absolument se tenir à la date prévue». Dans le communiqué du secrétariat général du Parti de la Justice et du Développement, M. Al Khatib fait remarquer que le gouvernement fait preuve d’une lenteur et d’une transparence quelque peu suspecte vis-à-vis des échéances électorales. Une mise en garde qui tombe juste après la tenue du congrès de l’USFP (Union socialiste des forces populaires) et les sorties vaseuses des autres partis politiques.

Références

Face à une droite complètement à genoux, à côté d’une gauche qui paye à présent le prix d’une participation forcée au gouvernement, les Islamistes se préparent à entrer en dernière ligne droite dans la course aux élections. Si le mouvement de Cheikh Yassine fait mine de se faire prier pour participer aux échéances électorales, le PJD, lui, a déjà entamé la course.
La mouvance islamiste s'active déjà sur le terrain. Les sorties à répétition du secrétaire général du PJD, les rencontres, les rendez-vous, les calculs politiques et les déclarations des responsables du parti s’inscrivent tous dans une logique préélectorale. Pour les islamistes, 2002 c’est pour tout de suite. La réunion des cadres du PJD, organisée à Bouznika les 20 et 21 janvier dernier rentre dans ce cadre.
Les débats avaient notamment porté sur les missions des cadres à l’intérieur du parti, sur les domaines d’intervention ainsi que les moyens d’action. Plusieurs ateliers avaient pour objectif la préparation des plans d’action avec un slogan porteur « pas de développement sans justice sociale et pas de justice sociale sans retour à l’identité et aux références islamiques ».
Si l’islamisme du PJD est plus soft que celui des autres composantes de la mouvance, il n’en reste pas moins que les références restent les mêmes. Troisième force islamiste du Maroc, le PJD d'Abdelkrim Al Khatib joue la carte de l'islamisation en douceur de la société marocaine avec à la clé l’arabisation et une opposition farouche au plan d’intégration de la femme qui s’inscrit dans les tentatives de réformes du gouvernement Youssoufi.

Preuves

Pour ce qui est du programme, le slogan justice et développement représente à lui seul tout un programme. Un programme qui compte faire ses preuves sur le terreau de la misère. Il s’agit en clair de se positionner dans les zones périphériques surpeuplées, de séduire une jeunesse désillusionnée par les politiques au pouvoir, tout en maintenant une prudence extrême au niveau du discours. Pour résumer, il s’agit de se positionner dans les champs où la gauche a perdu du terrain.
Le discours est véhiculé par divers canaux, des brochures, enregistrements, prêches enflammés, cycles de formation, sans oublier les fameuses actions de bienfaisance. Des veuves qui se voient secourues par des mains providentielles, des cérémonies mortuaires prises en charge de A à Z, du festin jusqu’à l’enterrement. Bref, là où la misère explose, les islamistes apportent des réponses claires, précises et rapides.
Battant sur son propre terrain une société civile qui reste très sélective dans ses actions. Une proximité que les politiciens de tout poil rêvent de s’approprier mais qui reste pour l’instant l’apanage des islamistes.
Les échéances électorales de 2002 représentent une véritable inconnue dans ce pays mais valeur actuelle, au train où vont les choses, les islamistes disposent malgré les réticences d’une bonne partie de la population d’une bonne avance sur leurs concurrents.

 

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