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Les hommes
sapprochent furtivement, une véritable procession de femmes
saccrochent au catafalque. Dautres se bousculent à
lentrée de la « chambre des supplications ».
Dans limaginaire populaire, Moulay Bouchaïb est un saint dont
la baraka est souvent synonyme de fertilité. Partir seul et amoureux,
c'est l'enfer pour les couples en mal denfants, le voyage est fertile.
Paradoxalement, le périple nest pas le même pour tout
le monde, fêtards en mal de filles, dévots en quête
de labsolu, femmes délaissées demandant secours au
saint, tout ce monde se bouscule dans une jovialité sereine.
Cest que le cadre sy prête merveilleusement.
Cest vrai que latmosphère est sereine, le ronronnement
des vagues rappelle la légende de ces deux amoureux que furent
My Bouchaïb et Lalla Aïcha El Bahria. Amour, passion dévorante,
sentiments arrachés, destin incompris, lhistoire des deux
amoureux est celle dun amour impossible, la légende veut
que les larmes qui navaient pas réussi à tarir les
deux curs meurtris avaient réussi à remplir un fleuve,
Oum Rabia, le fleuve le plus légendaire du Maroc.
Sensation
Le nom
dAzemmour est lié à celui de Moulay Bouchaïb,
le saint patron qui a vécu à la fin du règne des
Almoravides et qui mourut en 1166.
Cest dailleurs la première image qui surgit après
le virage, après un tournant brusque, le fleuve vous prend à
la gorge dans une sensation de beauté éternelle. Dun
bleu foncé, le fleuve rappelle le passé maritime de la ville.
Ce fleuve magnifique représente lâme de la ville comme
le décrit Zimmermann dans Villes et paysages du Maroc: «
C'est la ville toute entière qui apparaît périlleusement
accrochée dans un désordre pittoresque d'une blancheur exquise
à l'oeil, sur le faîte de la falaise abrupte dont les eaux
rouges du fleuve baignent le pied».Le
paysage est magnifique, la ville qui se réveille se secoue dune
torpeur qui nexiste nulle part ailleurs. Malgré une animation
précoce, les gens nont pas vraiment lair de se presser.
Cette impression dun temps qui a suspendu son vol est beaucoup plus
présente à lintérieur des murailles. Ici, les
senteurs du henné mêlées au parfum du coriandre rappellent
un passé glorieux. La médina ne diffère guère
de celles des autres villes anciennes. Larôme de la menthe
est un irrésistible appel à la convivialité ; une
petite échoppe transformée en café rassemble quelques
vieux. Létranger a sa place, on se bouscule pour assouvir
sa curiosité et connaître en retour les raisons de sa visite.
Larbi, lui, ne demande quà sépancher. En vieux
loup de la mer, il na dyeux que pour la mer. Il fustige tour
à tour ces jeunes qui ont abandonné la mer pour un plancher
des vaches bien ingrat, les autorités portuaires et un quotidien
sans pitié. Il se souvient des années fastes du port dAzemmour.
Les raïs d'Azemmour qui sont réputés dans tous les
ports de lAtlantique: «tu connais Estivanico? Derrière
les yeux embués par lâge et la fumée, je ressens
une certaine jubilation. Il allait me faire la leçon et mes yeux
ronds traduisaient sans aucun doute une ignorance certaine; il mexplique
quen fait Estivanico , cest le surnom donné à
lépoque à un « Raïs » de la ville
dAzemmour qui avait fait baver les Portugais et qui avait finalement
été adopté par ces derniers. Jeus la chance
par la suite de retrouver lhistoire de ce fameux marin à
qui on a consacré pas moins de six sites internet qui racontent
son épopée.
Lhistoire date de 1513. Mis aux fers, lors de l'occupation du port
marocain d'Azemmour par les Portugais, Saïd ben Haddou a été
vendu à Cadix à un capitaine espagnol.
Hommage
En 1540,
deux ans avant l'évacuation d'Azemmour par les Portugais, une flotte
partit de l'estuaire de cette ville pour conquérir le Mexique et
la Floride. Connu pour sa bravoure et sa connaissance des océans,
le raïs marocain a participé à l'expédition
en tant que second de Don Antonio De Mendoza.
Il fut dun grand secours pour la conquête du Mexique et de
la Floride dont il devint gouverneur jusqu'à sa mort en 1549.
En son hommage, une association appelée Association Estivanico"
a été créée en Floride, plus précisément
à El Paso. Azemmour signifie en berbère le rameau d'olivier,
la capitale des Msamdas a été islamisée en l'an 667
soit l'an 45 de l'hégire par Moussa Bnou Nouçaïr. Une
des mosquée les plus austères du pays fut construite à
cette époque.
De ces échanges, la ville garde un cosmopolitisme qui la distingue
des autres cités du pays. Un lieu privilégié où
la rencontre des hommes se fait autant à travers l'espace quà
travers le temps.
Nest-ce pas Montaigne qui disait : «Je réponds ordinairement
à ceux qui me demandent raison de mes voyages: que je sais bien
ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche »
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