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Le Prince
Moulay Hicham pourrait reprendre du service dans les Balkans. Il vient
d'être consulté, au même titre que d'autres personnalités
de notoriété diplomatique internationale, telles que James
Baker et Bernard Kouchner, pour une éventuelle implication active
de l'ONU en Macédoine. Il ne s'agit encore que de consultations
que les Nations Unies ont entreprises suite aux derniers affrontements
ethniques entre Slaves et Albanais.
L'ONU inaugure ainsi une diplomatie préventive pour ne pas être
prise de court par une quatrième guerre des Balkans, comme ce fut
le cas pour les trois premières, en Bosnie, en Croatie et au Kossovo.
Valse
géo-politique
Une action
planifiée qui pourrait s'avérer salutaire, en ce sens qu'elle
aura le mérite d'éviter, ne serait-ce que partiellement,
des drames humains que la communauté internationale a vécus
en direct, au jour le jour et en toute impuissance. L'ONU admet ainsi
que sa régence morale sur le monde suppose, pour qu'elle soit effective
et utile, un maximum d'anticipation.
Encore une fois, le projet des Nations Unies n'est encore qu'au stade
de la consultation. Encore faut-il que le Conseil de Sécurité
l'adopte et que la Macédoine en fasse la demande. Mais si Moulay
Hicham a été approché pour un avis d'expert et pour
une éventuelle mission onusienne en Macédoine, c'est qu'on
a jugé à New York qu'il avait la tête et les qualités
de la fonction.
Précisément, Moulay Hicham a suffisamment démontré,
lors de sa précédente affectation au Kossovo, toujours pour
le compte de l'ONU, qu'il était capable de contribuer à
la gestion d'une situation aussi complexe, avec un mélange de diplomatie,
d'implication, de recul objectif, d'imagination et d'efficacité.
Le témoignage, à l'agence de presse UPI, de Bernard Kouchner,
administrateur-représentant de l'ONU au Kossovo, est à ce
titre édifiant. Le french-doctor reconnaît volontiers sa
réticence lorsque le secrétariat des Nations Unies l'a informé
de la nomination à ses côtés du Prince Moulay Hicham.
De militant
à militant
Il s'est
dit, Oh! la la, qu'est-ce que c'est que ce type qui a des gardes
du corps et qui ne reçoit même pas sa paie de un dollar par
jour!".
D'une expérience qui s'annonçait comme un exotisme
imposé", Bernard Kouchner dit avoir découvert un
homme d'humanité, un démocrate, un militant qui a une connaissance
formidable des hommes et de la politique". Entre le toubib sans frontières
et le Prince diplomate s'établit une amitié fondée
sur l'estime réciproque, des rapports de militant à
militant".
La politique, le Prince Moulay Hicham y est venu par la force des choses
et par les études. Âgé de 36 ans, père de deux
enfants, Faïza et Hajar, fils de feu SAR le Prince Moulay Abdellah
frère de feu SM Hassan II, cousin de SM Mohammed VI, Moulay Hicham
a fait des études de sciences exactes et de sciences politiques
dans des universités américaines.
Chargé des droits de l'Homme et des communautés au sein
de la Minuk (Mission des Nations Unies au Kossovo), Moulay Hicham s'est
vu confier le chapitre le plus difficile parce que le plus douloureux:
les prisonniers et les personnes disparues. Ce sont des milliers de Kossovars
albanais qui, entre deux découvertes de charniers, gardent l'espoir
de retrouver vivants leurs pères, leurs frères, leurs femmes
ou leurs enfants. Ils s'accrochent au moindre indice.
Moulay Hicham était chargé de leur parler, de communiquer
avec eux sans pour autant leur donner de faux espoirs. Avec tous ces angoissés,
perdus dans le tourbillon sanglant du Kossovo, il a pu tisser des liens
de confiance et d'assurance, à force d'écoute, de simplicité
et de compréhension.
Une mission résidente mandatée par l'ONU est par définition
hétéroclite. Moulay Hicham travaillait en duo avec un Japonais,
Yoshi Okamora. En évoquant ce tandem des deux extrémités
de la planète, Bernard Kouchner met à leur actif sa propre
campagne d'administrateur représentant l'autorité d'interposition
onusienne.
C'était, dit-il, des heures de meetings, dans toutes les
villes du Kossovo. Il fallait voir le prince Moulay Hicham et Yoshi Okamora,
marcher dans la rue, faire des débats publics, questionnaire en
main. C'est précisément ce qui n'a jamais été
fait au Kossovo. Cela nous a fait comprendre les aspirations de ce peuple
et la réalité de ce pays".
En guise d'exotisme, Bernard Kauchner a eu de l'humanitaire terriblement
opérationnel. D'ailleurs, Yoshi Okamora, docteur en droit et juriste
de son état, a eu de la promotion à son retour au pays.
Il est devenu vice-ministre.
À
l'écoute des Albanais
Moulay
Hicham n'a pas fait que de la communication publique et de la diplomatie
de proximité pour les besoins d'une mission jugée, a priori,
impossible, presque de la folie doucereusement aventureuse.
Il a fait aussi de la diplomatie itinérante entre le Kossovo et
la Turquie. La minorité turque fait partie des enjeux ethniques
de ce conflit. Ankara en est arrivée à menacer de retirer
ses contingents des troupes de l'OTAN engagées dans les Balkans.
Le Prince a fait plusieurs navettes pour persuader le ministre turc des
Affaires étrangères d'uvrer pour l'apaisement des
tensions et la réussite de la mission de l'ONU.
Moulay Hicham a également largement contribué à la
mobilisation de capitaux étrangers pour la reconstruction du Kossovo.
Il a été, pour ce faire, un interlocuteur persuasif auprès
des pays du Golfe dont l'apport financier a permis la réfection
et la réalisation de plusieurs ouvrages d'infrastructure ou d'utilité
sociale. La Fondation du Roi Fahd, en particulier, a offert soixante millions
de dollars étalés sur quatre ans.
Il faut dire, pour relativiser, que Bernard Kouchner et Moulay Hicham,
les deux têtes de listes de cette aventure humaine au dénouement
heureux, ont reçu une aide à la fois précieuse et
inespérée.
Le docteur-diplomate, bien que n'ayant plus à convaincre de son
engagement humanitaire, a été efficacement épaulé
par une équipe de volontaires qui se sont donnés corps et
âme à leurs tâches. Et ce n'est pas fortuit.
Une mission
modèle
C'est que
la mission onusienne d'interposition et de stabilisation du Kossovo, tenait
tant à cur à une communauté internationale
en mal de conscience que les pays sollicités ont proposé
les meilleurs de leurs représentants, tous domaines d'intervention
confondus. Cela correspondait parfaitement à l'esprit d'un Bernard
Kouchner qui n'entendait pas agir en proconsul ou en bureaucrate retranché
derrière ses notes et ses directives. Il voulait une équipe
qui va à la rencontre des Kossovars, particulièrement les
Albanais. Il a été servi.
Le prince, lui, a eu à ses côtés le contingent militaire
marocain, avec sa forte délégation médicale et sociale.
Il en a été fier et heureux. Parce que nos médecins,
nos infirmiers, nos psychologues, nos psychiatres, nos assistantes sociales
et nos soldats n'ont pas seulement fait amende honorable auprès
des envoyés d'autres nations. Ils ont donné le meilleur
d'eux-mêmes.
Le 16 novembre 2000, le Conseil de sécurité de lONU
a salué la Minuk . L'ONU a quinze missions de paix à travers
le monde. Celle du Kossovo a fait date. Elle est entrée dans les
manuels de l'ONU comme modèle de gestion, d'attitude et de comportement,
à prendre en exemple pour des missions et des situations similaires.
L'expérience de la Minuk sera certainement d'une grande utilité
pour la réflexion anticipatrice de l'ONU à propos de la
Macédoine. Une diplomatie préventive. Un champ nouveau dans
la gestion et la canalisation des conflits par les Nations Unies.
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