Sixième congrès de l’Association marocaine des droits humains
Le Maroc, pays de l’impunité?

L’Association marocaine des droits humains a tenu son sixième congrès à Bouznika les 30, 31 mars et 1er avril. L’ancien président, Me Abderrahmane Benameur, ne s’est pas représenté. Un hommage appuyé lui a été rendu.

Par Noureddine Jouhari

 

• Abderrahmane Benameur.

 

Il aura fallu trois jours, et des nuits interminables de discussions en commissions, aux congressistes de l’AMDH pour l’adoption des résolutions et du communiqué final du 6ème congrès de l’Association. Et il aura fallu des heures et des heures pour élire le nouveau président qui remplace Me Abderrahmane Benameur, figure fameuse, à la tête de l’Association voilà plus d’une décennie. À la place de l’ex-bâtonnier du barreau de Rabat, c’est un ingénieur agronome, Abdelhamid Amine, qui a été élu.
Le congrès de l’Association, fondée en 1979, s’est tenu sous le thème “L’impunité politique et économique entrave la marche du Maroc vers la démocratie”. Et pour la première fois dans l’action politique et de la société civile marocaine, l’AMDH lie les crimes politiques et les crimes économiques. Ils sont dénoncés avec la même vigueur. C’est que les arrestations et les enlèvements d’opposants pendant les années de plomb ont servi à engraisser des notabilités économiques et de ce fait, des fortunes douteuses ont été amassées, relève l’AMDH.

Convictions

Marqué par une tonalité gauchiste, puisque les principaux animateurs de l’AMDH sont d'obédience progressiste, notamment PADS, d’Annahj et des Démocrates indépendants, le discours de l’association n’omet pas de se solidariser avec les Islamistes incarcérés injustement ou avec les mouvements non reconnus tel que Al Adl Wal Ihssane. Comme c’est le cas pour le communiqué du sixième congrès. Et c’est la particularité de l’AMDH de parvenir à maintenir un dosage très subtil entre les convictions radicales les réalités du terrain…Il est vrai que l’AMDH est l’une des plus importantes organisations de défense des droits de l’Homme du monde arabe. Et il est vrai aussi que tout en étant qualifiée de maximaliste, en refusant de siéger au Conseil consultatif des droits de l’Homme, l’AMDH n’en bénéficie pas moins d’une véritable aura, ses communiqués et ses déclarations sont décortiqués aussi bien par les politiciens marocains, les décideurs économiques que par les chancelleries accréditées à Rabat. L’élection de Abdelhamid Amine s’est faite devant deux autres candidats, à savoir Fouad Abdelmoumni et Mohamed Sebbar. Homme politique, doublé d’un syndicaliste chevronné, le nouveau président a trouvé la formule adéquate pour qualifier son élection. « Les militants considèrent que je fais l’unanimité et c’est pour cela que j’ai été élu », dit-il.
Oui, et régulièrement.


Abdelhamid Amine, nouveau président de l’AMDH
l’homme de la continuité

 

L’homme aux grosses lunettes, au rire spontané, mais aux convictions sincères, à été élu à la tête de l’Association. Ce natif de Tissa, près de Taounate, en 1944, ne fait pas son âge. Et pourtant, à cinquante-sept ans, Abdelhamid Amine a fait un passage de douze ans en prison, pour ses idées.
Arrêté en mai 1972, dans la vague des arrestations des militants de l’extrême gauche, Amine a été condamné en 1973 à 15 ans de prison ferme. A l’époque, Amine était membre de l’organisation A qui allait devenir, en avril 1973, Ilal Amam. Il n’a quitté la prison centrale de Kénitra qu’au mois d’août 1984.
Ingénieur agronome, lauréat de l’Institut nationale d’agriculture de Paris en 1969, il a eu son diplôme de spécialisation en génie rural, l’année suivante. Fraîchement diplômé, Amine revient au pays où il est affecté à la tête du service de l’équipement à l’Office régional du développement agricole du Gharb. Une fonction qu’il ne va pas occuper longtemps puisqu’il sera arrêter moins de deux ans après.
Après sa mise en liberté, Amine regagne la fonction publique, cette fois-ci à l’administration centrale du ministère de l’Agriculture. Militant syndicaliste, ayant construit sa carrière d’opposant dans les rangs de l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc), et surtout à l’UMT (Union marocaine du travail), Amine reprend tout naturellement son activité syndicaliste.
Fin des années 80, il accède au poste de secrétaire général de la Fédération nationale de l’agriculture, affiliée à l’UMT. Après deux mandats, il est actuellement président d’honneur. D’autant plus qu’il a été élu au bureau national de la centrale de Mahjoub Benseddik.
Sympathisant d’Annahj Addimocrati, la nouvelle formation des anciens d’Ilal Amam, Amine a aussi et surtout une carrière riche en matière de défense des droits de l’Homme. En 1988, il est membre de la commission préparatoire du 2ème congrès de l’AMDH qui allait se tenir en 1989. L’association était en veilleuse, presque interdite depuis 1983. C’est tout naturellement qu’Amine accède au bureau central à l’issue de ses assises. Réélu en 1991 membre de l’instance dirigeante de l’AMDH, il est, trois ans plus tard, vice-président de l’association, au terme de son quatrième congrès. Une responsabilité qu’il a gardée à l’issue du cinquième congrès tenu en 1998.
A la veille de la journée internationale des droits de l’homme, le 9 décembre 2000, M. Amine avait été arrêté pour manifestation sans autorisation sur les lieux publics, en compagnie de Me Benameur et d’autres dirigeants de l’association. En liberté provisoire, ils ont comparu jeudi 5 avril devant le tribunal de première instance à Rabat… Mais ce n’est pas le verdict qui risque de faire baisser les bras à M. Amine.

N.J

 

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