Fadel Agoumi, rédacteur en chef de La Vie économique
Le journalisme dans les tripes

Fadel Agoumi est, à 29 ans, rédacteur en chef de La Vie économique.
De ses études à l’ISCAE, il a gagné le sens de la rigueur et de l’organisation. Des atouts pour mieux gérer sa vie professionnelle…

Par Abdellatif El Azizi

 

• Fadel Agoumi

 

S’il est venu à la presse par accident, il a attrapé le virus en cours de route et à présent, il ne se sent pas moins journaliste que les autres. A 29 ans, le rédacteur en chef de La Vie économique a tout le temps de voir venir. Fadel Agoumi, après avoir décroché en 1992 un diplôme de l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises, se lance dans une carrière bancaire.
Après un court passage dans l’organisation d’événementiels à l’espace Toro et un DESS en gestion des ressources humaines, il se voit offrir en 98 par un copain de promotion un poste dans l’hebdomadaire Le Journal. Avec Aboubakr Jamaï, c’est le début de l’aventure: “Je ne savais pas quoi dire mais la question qui me taraudait, c’était comment, où chercher l’information?"

Nomination

Il s’est d’abord occupé d’une rubrique sectorielle. Quelques mois après, vu le manque d’effectif, il acceptait le poste de secrétaire général de la rédaction du Journal. “C’est là où j’ai vraiment appris le métier puisqu’il me fallait écrire des articles, monter les pages, trouver les photos…"
Quand il quitte Le Journal pour La Vie économique en septembre 1999, il est déjà bien armé pour un métier qui lui colle à présent à la peau.
Une année plus tard, jour pour jour, il est appelé à la tête de la rédaction en chef: “C’est vrai, à l’époque, j’étais loin de m’attendre à cette nomination car il s’agit d’une tâche très lourde mais comme j’aime les défis, je n’hésite jamais à aller au front." Il n'en tire aucune vanité, même pas le plaisir d’une revanche prise sur le destin, mais plutôt une occasion supplémentaire de bosser encore plus.
Quand la pression est trop forte, il se shoote à la cigarette et au café noir. Seul le travail au quotidien, acharné, obsessionnel, méthodique permet de faire face au stress d’un métier qu’on ne peut faire sans amour.
“Je suis un fonceur, je n'ai pas fait ce métier pour glander." Il croit en une seule chose, la rigueur, que ce soit dans le journalisme ou ailleurs, il pense que seule la rigueur paie. C’est ce qui reste de l'éducation stricte de papa. A l’évocation de ce souvenir, ses yeux brillent d’une lueur particulière.

Défi

“Je me rappelle un jour, je devais avoir dix ans, mon père m’a invité à une petite promenade. Il prit alors le soin de m’expliquer une chose capitale. Il m’a appris ainsi la valeur du gain, m’expliquant que l’argent gagné est le strict équivalent de la sueur".
Ce qui explique certainement ce côté perfectionniste du personnage. Dans ce métier, dans la presse, “il y a beaucoup de demandes", insiste Fadel Agoumi. Ce qui ne l’empêche pas de broyer du noir tant que le journal n’est pas sous presse et il ne s'en cache pas: “Je passe deux jours d’enfer, le mardi et le mercredi, parce qu’il s’agit des jours décisifs pour un hebdomadaire qui sort le vendredi". Est-il possible de faire l’impasse sur la politique quand on est journaliste?

Pression

Pour lui, si la politique peut mener à quelque chose, ce n’est pas le chemin le mieux indiqué pour trouver les réponses les plus appropriées à toutes les questions. Il pense ainsi qu’il n’a pas à créditer l'humanité de vertus illusoires.
“Je suis carré, scientifique, je ne crois pas que la politique soit l’outil le mieux indiqué pour changer les choses. Je n’ai pas peur de dire que je suis vraiment apolitique", confie-t-il. Il a un génie certain du calembour prononcé, de l'aphorisme, beaucoup d’humour, et là l’explication est à chercher peut-être dans la lecture. Passionné de lecture, il dévore tout ce qui lui passe par la main.
Une curiosité insatiable qui lui coûte parfois des nuits blanches quand le texte est bon ou l’histoire passionnante. Avec une préférence pour les ouvrages scientifiques, ceux qui dévoilent les mystères des choses.
Bien sûr, avec un emploi du temps chargé entre réunions avec les journalistes, les coups de fil et la conception du journal, les seuls moments qui restent pour la lecture sont à prendre sur sa vie privée. Parce qu’il a la chance d’avoir une femme qui comprend les choses. Du coup, le jeune homme avoue vivre comme s'il avait dix ans de plus, il continue à gérer tranquillement sa carrière. Sans se presser.


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