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Le Sahara,
enjeu de la lutte pour le pouvoir en Algérie Le Sahara n'est pas le seul motif de l'inimitié algérienne, mais c'est un élément central des luttes internes pour le pouvoir. Les généraux ont la haute main sur le dossier et sur les relations algéro-marocaines en général. Une normalisation ne leur sied pas. Il faudra donc attendre des jours meilleurs, l'avènement d'une démocratie algérienne, par exemple. Par Mustapha SEHIMI
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Faut-il
s'attendre un jour à une véritable normalisation dans les
relations maroco-algériennes? On est en droit de se le demander
de nouveau alors que celles-ci se crispent ces dernières semaines
en particulier à propos de l'attitude d'Alger sur la question du
Sahara marocain. Cela tient au contentieux complexe existant entre les
deux pays depuis près de quatre décennies sur la base de
données connues: antagonisme de deux projets de société,
le modèle" algérien accusant un sinistre historique,
forme consensuelle et légitime du régime monarchique marocain
contrastant avec l'introuvable solution institutionnelle et démocratique
du pays voisin, quête inassouvie d'un leadership d'Alger dans la
région
Blocage Il ne pouvait provoquer de rupture brutale avec l'ancien régime; c'était encore plus vrai à propos du Sahara sur lequel l'armée se positionnait et se définissait d'une manière propre. Celle-ci postule à un statut particulier: celui d'être fondé à agir au nom de ce qu'elle considère comme étant un intérêt supérieur national. À ce titre, les généraux et la haute hiérarchie militaire sont globalement opposés à la normalisation des relations avec le Royaume. On peut peut-être s'échiner à tenter de trouver des nuances entre les uns et les autres; mais, au total, il y a bien un consensus sur leur rapport à la question du Sahara marocain. Le blocage sur la gestion du dossier saharien est ainsi resté le trait constant des deux décennies écoulées, même lors de l'intermède 1986-1989 qui avait marqué une relative normalisation" entre les deux pays. Au lendemain des événements d'octobre 1988 à Alger le président Chadli Benjedid se voit privé du consensus social et politique qui avait prévalu du temps de son prédécesseur; il essaie alors de trouver une légitimité" dans une autre forme de pacte, fondé sur le pluralisme et la démocratie. Il s'ensuit que les conditions mêmes qui fondaient pratiquement le soutien algérien au Polisario" changent d'une manière notable. Des responsables comme Mohamed-Chérif Messaâdia à la tête de l'appareil du F.L.N. et Ahmed Taleb Ibrahimi, alors ministre des Affaires étrangères, sont écartés des postes de décision sur la question du Sahara.
L'armée, elle-même, s'est retirée en mars 1989 de toutes les instances du pouvoir. La gestion du conflit du Sahara se trouve alors concentrée entre les mains du président et du nouveau ministre des Affaires étrangères, Boualem Bessaïh, nommé dernièrement d'ailleurs ambassadeur à Rabat. Mais dans ce nouveau contexte, la question du Sahara ne se situe plus au sein du sérail militaire: les limites à la latitude de manuvre de l'équipe Chadli Bendjedid dépassent le camp des boumediennistes pour gagner celui des islamistes. Cette mouvance-là ne partage guère l'attitude de l'Algérie officielle d'alors. Tout d'abord, elle n'en fait pas une question de premier plan dans la politique régionale et extérieure de l'Algérie; ensuite, sur la base de sa conception de la question nationale ou territoriale, elle met en avant l'Oumma Islamique qui s'oppose à toute revendication d'un État" supplémentaire divisant davantage la communauté islamique; enfin, pour les islamistes algériens, les Sahraouis du Polisario" sont perçus, dans une large mesure, comme des marxistes mécréants aux idées fortement laïques Rien d'étonnant, dans ces conditions, que l'aide au Polisario" soit à leurs yeux une faute" commise par Boumedienne et non réparée par Chadli Benjedid. D'une autre manière, le Polisario" ne livrait-il pas une guerre contre un chef d'État musulman d'un pays frère et voisin, de surcroît Amir Al Mouminine? L'audience accordée en 1991 par le regretté Souverain à Alger, à Abbassi Madani et à d'autres, traduit bien cette symbolique. Étonnement En se rendant
à Bou Sfer, le 28 mai 1991, pour y rencontrer le président
algérien, feu S.M Hassan II n'ignorait guère une équation
de cette nature. Il y exprima le vu de rencontrer les généraux
algériens à propos de la question du Sahara cette
demande n'eut pas de suite. Mais le Roi montrait de cette manière
au chef de l'État algérien les limites de son pouvoir sur
cette question. La carte du Sahara prenait de nouveau sa véritable
nature ainsi que sa portée; c'était le dernier atout dont
dispose Alger dans ses rapports avec Rabat. Celui-ci se présentait
sous la forme d'un diptyque: négociations, référendum.
Ce qui excluait une paix marocaine; ce qui montrait aussi que le dossier
saharien a été géré par Alger en fonction
de circonstances politiques internes du moment.
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