Deqqa marrakchia pour Hasna Benhassi, championne du monde
Gazelle à grande vitesse

Une deuxième marocaine championne du monde. Hasna Benhassi a fait vibrer les Marocains, le 11 mars, à Lisbonne. Même si la télévision a un peu raté la fête. Le sport marocain avait besoin de cette victoire. Hicham El Guerrouj, sacré champion au 3000 mètres, avait aussi besoin de reprendre confiance. Mais une victoire féminine est un peu une victoire de toutes les Marocaines. Cette victoire ne doit en rien occulter les fléaux dont elles souffrent encore malgré tous les efforts.

Par Amale Samie

 

• Hasna Benhassi

 

Les Marocains étaient à la fête, le 11 mars. Hasna Benhassi et Hicham El Guerrouj avaient remporté le titre de champions du monde dans le 1500 m, pour Hasna et le 3000 m pour Hicham El Guerrouj. Hasna Benhassi était une spécialiste du 800 mètres, mais durant les championnats du monde d’athlétisme en salle qui se sont tenus à Lisbonne, début mars, elle a choisi de tenter le 1500 m. Aux qualifications, elle s’était qualifiée en troisième place. Le pari était risqué, mais Hasna avait confiance en la nouvelle direction technique nationale, elle a été soutenue moralement par Hicham. Elle a gagné. Pour les connaisseurs, il faut dire que tactiquement, elle avait gagné dès le premier tiers de la course. Même en suivant tous les télés journaux, on n’a pas pu voir quel tour pendable Hasna avait bien pu jouer à ses rivales pour les semer. Mais, dimanche dernier, à Lisbonne où se couraient les huitièmes championnats du monde en salle, El Guerrouj qui a remporté le 3000 en 7 min 37 sec et 74 centièmes , a eu l’élégance de s’effacer pour que Hasna Benhassi savoure totalement une émouvante victoire.

La petite marrakchia

Les deux chaînes de télévision n’ont pas eu le même soin.
La petite marrakchia aux yeux naïfs et malicieux à la fois, elle a 24 ans, aurait pu bénéficier d’une plus grande attention.
Dans une course de demi-fond, les images de l’arrivée n’ont de sens que si l’on montre les images de l’instant où elle s’est décidée. Saura-t-on jamais comment Hasna Benhassi a fait pour gagner la course qui s’est terminée par un finish trop disputé pour faire croire à une victoire facile? En remportant le titre dans le temps de 4 minutes 83/100, Hasna Benhassi a permis à la femme marocaine d’apprécier cette journée. Nawal Moutawakkil, Fatima Aouam, Nezha Bidouane, Zahra Ouaâziz et maintenant Hasna Benhassi n’apporteront pas à la femme de chez nous la reconnaissance ni même une amélioration de son statut et de sa vie quotidienne. Mais enfin, il faut reconnaître à ces championnes d’avoir vécu dans un univers rude, machiste parfois, qu’elles ont dû s’accrocher pour s’entraîner, et aucune d’entre elles n’appartient à un milieu favorisé. Combien de coureurs anonymes pour un Aouita, un Guerrouj, ou un Boulami ? La proportion est vertigineuse dans les rangs féminins. Les gazelles aux pieds nus, il y en a dans toutes les villes et les campagnes, elles font du sport comme on respire, sauf qu’elles n’ont pas vraiment les moyens de respirer à pleins poumons. La société inégalitaire frappe les plus faibles en premier. En 1984, Nawal Moutawakkil remportait l’olympiade des 400 mètres-haies à Los Angeles. Même les Marocains ne la connaissaient pas tous. On l’avait affectueusement baptisée la femme arabe la plus rapide du monde. Pour devenir championne du monde à son tour, Hasna a effectué un parcours pénible, et elle enregistrait des résultats qui ne promettaient pas cette victoire. Elle a donc été bridée par quelque chose, et ses remerciements à la nouvelle direction technique expliqueraient laquelle. Elle était parvenue avec peine aux demi-finales au championnat du monde à Athènes en 1997, elle arriva en 8 ème place au championnat du monde en salle au Japon. Même classement aux Jeux olympiques de Sydney en 2000.

Chargˇes comme des mulets

De l’avis général, Hasna Benhassi avait donné toute sa mesure, on ne portait sur elle que des espoirs condescendants, et le respect était proportionnel à ses résultats. C’est là qu’une sportive est mise sur le carreau, c’est aussi là qu’elle peut prouver qu’elle ne croit pas en ses propres chances par orgueil. Hasna voulait gagner un jour, elle a gagné. Une course prestigieuse. Les footballeuses marocaines n’avaient pas eu autant de considération quand on les avait jetées sur le trottoir à Rabat alors qu’elles venaient de gagner à l’extérieur contre l’équipe algérienne. Ce qui n’a pas empêché les responsables de les rappeler pour les envoyer au casse-pipe, en Afrique du Sud, un pays réputé pour son football. Un pays sérieux.
Mais à Marrakech, rentrée dans sa famille, Hasna Benhassi a reçu l’accueil que l’on réserve aux fiancées de rang, chez le peuple de Marrakech. Une fête gaie, rythmée, où un volontaire téméraire a même lu un poème écrit en l’honneur de la championne. La télévision a un peu réparé la gaffe de la course. Le Maroc a gagné un vaillant petit bout de femme. Mais d’autres femmes trimballent avec la même vaillance un fagot de bois, de l’eau, chargées comme des mulets. La période que nous vivons autorise de l’espoir pour la femme marocaine. Pour le sport marocain, c’est aux sportifs de faire leurs analyses.


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