Rapport annuel de l’Organisation internationale du contrôle des stupéfiants

Le Maroc maillon de la filière

Le Maroc figure encore et "en bonne place" dans le palmarès
des pays producteurs de cannabis. On montre du doigt sans
pour autant dénoncer la complicité et l’hypocrisie des pays européens,
principaux consommateurs de dogue.

Par Rachid Sami

 

• Hassan Amrani

 

Le dernier rapport rédigé conjointement par l’Organisation mondiale des douanes, l’organisation internationale du contrôle des stupéfiants (OICS) et Interpol estime que 70 à 80 % de la résine de cannabis sont saisis en Europe, la moitié provient du Maroc Tout en saluant les efforts louables déployés par le Maroc au niveau de la détection, la répression et le renforcement du contrôle douanier, les auteurs du rapport prétendent que notre pays reste néanmoins " une source majeure de résine de cannabis destinée à l’Europe occidentale ".
Hassan Amrani, directeur de l’Agence du développement des provinces du nord a estimé dans une déclaration à la presse, le 8 mars 2001 que " La culture du cannabis, dont la superficie s'est stabilisée autour de 65.000 ha depuis 1994, est une activité en voie de disparition au Maroc qui souhaite l'éradiquer progressivement au cours des sept prochaines années", a dit M. Amrani, lors d'une rencontre avec Pino Arlacchi, directeur exécutif du programme des Nations-unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID) pendant sa visite au Maroc.

Solutions économiques

Pino Arlacchi a précisé pour sa part que les opérations coup de poing et de destruction des plantations ont montré leurs limites, en Europe. Les tentatives d’imperméabilisation des frontières n’ont pas donné de résultats. On dit généralement que seules 10% des quantités de drogues qui traversent les frontières sont saisies, ce sont des estimations internationales. M. Arlacchi a rendu hommage à la démarche du Maroc à travers l'Agence du nord, qui entend mettre en place non seulement un programme d'éradication du cannabis, mais aussi la recherche de solutions économiques. Toutefois, le rapport annuel de l’OICS n’accable pas pour autant le Maroc, prenant sans doute en ligne de compte les saisies effectuées par l’administration de la douane marocaine. Elles sont passées de 44 tonnes en 1999 à 102, en l’an 2000, soit une variation de 130 %. La mise en place d’une brigade spécialisée en matière de lutte contre les stupéfiants dans la région du Nord a été pour beaucoup dans l’efficacité et le succès des opérations de saisies de drogue effectuées au Maroc.

Complicité

A en croire les chiffres du rapport, le Maroc figure encore et " en bonne place " dans le palmarès des pays producteurs de cannabis. Depuis des années, les rapports internationaux se succèdent périodiquement selon la même mouture à quelques détails près, leurs auteurs montrent du doigt le Maroc sans pour autant dénoncer la complicité et l’hypocrisie des pays européens principaux consommateurs et " importateurs " de dogue, devenus au fil du temps, le deuxième marché économique à l’échelle planétaire après le trafic d’armes, damant même le pion pétrole. Un énorme enjeu économique dont les bénéficiaires se ne sont autres que les multinationales du crime implantées en Europe et ailleurs. Le Maroc est souvent mis à l’index mais ce sont les organisations mafieuses internationales qui tirent les ficelles et engrangent des montagnes de dollars de ce marché dont la courbe d’évolution va crescendo quels que soient les caprices de la Bourse et les crises sociales et économiques dans le monde. Les planteurs de kif dans les versants Nord et Sud des montagnes du Rif et principalement dans la région de Ketama, véritable noyau dur de cette d’agriculture, ne tirent pour leur compte que des miettes de ce trafic. Les barons locaux basés à Mellilia, Sebta, Tétouan et Tanger et dont la structure d’organisation est quasiment identique à celle des Mafias opérant sous d’autres cieux, encaissent, quant à eux, de substantielles recettes mais pas aussi colossales que les cartels de la drogue basés à l’étranger qui une fois en possession de la drogue, l’écoulent au prix fort, 10 fois supérieur à celui pratiqué à la source.
Pour s’assurer une bonne livraison dans les temps et convoyer leur drogue à bon port, ces marchands de la mort emploient les gros moyens : bateaux, avions, camions TIR et autres vedettes rapides.

Lutte

En matière de lutte contre ce trafic, le Maroc déploie depuis ces dernières années des " efforts louables " comme le note le rapport qui omet de rappeler que le Royaume a engagé une lutte sans merci contre les trafiquants de drogue. Mais le Maroc à lui seul parviendra-t-il à venir à bout du trafic et à planter du maïs à la place du Kif ? Assurément non sauf bien sûr si les pays membres de l’union européenne daignent mettre la main dans la poche pour honorer les engagements qu’ils ont pris en matière d’aide au développement et à la promotion des provinces du Nord car le mal ne touche pas seulement notre pays mais étend ses tentacules à cette Union européenne qui ne cesse de nous accuser alors que bon nombre des pays qui la composent ont opté depuis belle lurette pour la dépénalisation de la consommation du cannabis, Pays-Bas en tête, alors que d’autres leur emboîtent le pas comme la Belgique, L’Italie, L’Espagne et la grande Bretagne. La tendance vers la dépénalisation de la consommation du cannabis va crescendo en Europe où l’on assiste à débat des plus controversés.
Les partisans de cette option, intellectuels et politiques entre autres, élèvent la voix pour dire que le cannabis n’est pas aussi nocif que l’alcool et le tabac, appelant à sa dépénalisation voire même pour certains, à sa légalisation. Alors jusqu’à quand le Maroc restera-t-il victime de l’attitude pénalisante et hypocrite internationale au moment où sous leurs cieux, les Européens notamment, sont en passe de faire de la dépénalisation la règle définitive en matière de consommation de cannabis?


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