En marge des déclarations de Khalli Henna Ould Rachid
Un rebond, mais pour quoi faire ?

Khalli Henna Ould Rachid qui a été ministre durant une décennie a voulu
trouver une “fenêtre” pour se repositionner pour l’avenir. Il estime qu’il en
a les qualités et les capacités - autant de données qui en ont fait d’ailleurs
le seul ministre d’origine saharaouie durant le règne du regretté Souverain.

Par Mustapha Sehimi

 


„ Nos compatriotes du Sahara manifestent leurs joies et leurs problmes.

 

Comment analyser les déclarations faites par Khalli Henna Ould Rachid, le week-end dernier, dans les quatre principales villes de nos provinces méridionales récupérées, lors des meetings tenus à cette occasion? Un double constat paraît s’imposer à cet égard: l’un intéresse le contexte; l’autre regarde la mise en perspective des déclarations de l’ancien ministre chargé des Affaires sahariennes.

Régulation

Sur le contexte, tout d’abord, il faut bien faire cette observation de principe: ce même discours aurait-il été et pu être tenu, voici deux ans par exemple? Certes non, parce que la gestion du dossier du Sahara ne souffrait alors aucune approche “plurielle": elle était univoque et homogène. En septembre 1981, on s’en souvient, le regretté Abderrahim Bouabid avait formulé une critique de fond sur le plan d’action de Naïrobi I – il l’a payé de six mois de prison… Or, aujourd’hui, personne ne s’aviserait de faire jouer éventuellement la loi pénale pour sanctionner les griefs formulés par le président du conseil municipal de Laâyoune. C’est que le système politique s’est ouvert, dans tous les secteurs d’activité. Dès lors, pourquoi les acteurs qui s’y déploient, se priveraient-ils d’exercer leur liberté de mouvement et d’analyse puisque les limites de l’inacceptable et de l’intolérable ne sont pas clairement posées ni perçues.
Khalli Henna Ould Rachid le sait fort bien ; et il a sans doute appréhendé d’une manière conséquente jusqu’où il pouvait aller trop loin. Parce que c’est un responsable politique, madré, familiarisé avec les codes et les arcanes du pouvoir, il n’ignore pas que la régulation plutôt corsetée du passé n’est plus de mise aujourd’hui; que de nouvelle logiques – voulues ou subies? – marquent fortement leur prégnance dans le jeu politique; et qu’ainsi une nouvelle dynamique se déploie quotidiennement sou nos yeux. Pourquoi se priverait-il alors de ces nouvelles opportunités s’agissant en particulier d’un dossier sur lequel il a quelque expertise et quelque lumière.
Mais c’est la nature même de ses déclarations qui peut poser problème. Les pouvoirs publics n’ont rien fait pour empêcher ces réunions, surtout que dès le premier meeting à Laâyoune, le ton avait été donné. Comment expliquer cette “neutralité passive" pour reprendre la terminologie sollicitée lors des élections de 1997? En tout cas ce qu’a dit en l’occurrence ce responsable mérite qu’on s’y arrête. Que la nature “autonomiste" de ces déclarations en soit le trait typique, n’échappera à personne.

Perception

Ce discours-là ne saurait être évacué d’un revers de la main ni donner lieu aux attaques personnelles qui sont le lot ordinaire des roquets de gazette. Il doit être pris, en termes politiques, pour ce qu’il est: l’expression d’un état d’esprit qui ne saurait laisser indifférent.
Cela dit, que jusqu’à plus ample informé, personne n’ait trouvé à y redire, ni dans les provinces du sud ni ailleurs, est sans doute un fait à preuve en considération. Celà donne une idée du déficit de perception et de compréhension de ce qu’il est convenu d’appeler la “troisième voie" à laquelle le Maroc s’est rallié, à la fin septembre dernier, lors de la rencontre de Berlin, sous les auspices de James Baker. Cela peut également générer des dynamiques, encore confuses aujourd’hui sans doute, mais qui peuvent nourrir et conforter une posture et une conduite “autonomiste" débridée et incontrôlable à terme.
Oui, donc, à la régionalisation, la plus large possible, telle que voulue par SM le Roi Mohammed VI et répondant d’ailleurs pleinement aux aspirations des habitants de nos provinces sahariennes et à celles des autres collectivités de même nature du Royaume. Mais pas sur la base du ressentiment, de l’inégal partage des ressources, ni des fruits du développement. Les comptes de la Nation sont un et indivisibles et il ne saurait être question de fragmenter les régions sur la base d’une comptabilité institutionnelle et politique peu opératoire et aux conséquences perverses. Tel est bien l’enjeu.
Khalli Henna Ould Rachid qui a été ministre durant une décennie ne l’ignore pas. Mais il a voulu trouver une “fenêtre" pour se repositionner pour l’avenir. Il estime qu’il en a les qualités et les capacités- autant de données qui en ont fait d’ailleurs le seul ministre d’origine saharaouie durant le règne du regretté Souverain.

Démarche

Dans tous les cas de figure, il estime qu’il ne peut que gagner. Il retrouve, tout d’abord, une visibilité sur une question nationale de premier plan; il se positionne, ensuite, sur un “soutien critique" de nature à en faire la voix de tous ceux qui expriment les mêmes sentiments et les mêmes préoccupations; il prend date, enfin, pour l’avenir en espérant, dans l’optique d’une régionalisation devenue incontournable, pouvoir décrocher le premier rang de la représentation institutionnelle en devenir. Ira-t-il plus loin? Se risquera-t-il à donner forme et contenu à ses déclarations en mettant sur pied une parti sahraoui? On peut mettre cela sur le compte d’une démarche opportuniste, mais on peut également le créditer d’un allant et d’un tempérament de battant, qui le distinguent depuis des lustres du personnel politique du Sahara marocain. Une équation qu’il doit gérer parce qu’il sait qu’il n’est pas consensuel… Mais qui l’est vraiment aujourd’hui dans son parti ou dans le monde politique?


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