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Il paraît
plus difficile de trouver une lisibilité conséquente aux
positionnements proclamés par les uns et les autres dans le champ
politique : nouvelle gauche, Koutla historique liant lUSFP et le
segment islamiste représenté par Al Adl Wal Ihsane, bloc
démocratique, etc
Par-delà ce bouillonnement effervescent
et quelque peu échevelé, peut-être mésestime-t-on
un fait qualitatif de premier plan: un processus de mutation de lUSFP
vers un parti sapparentant à terme, par bien des traits,
à ce que lon pourrait appeler une gauche administrative".
Contrairement à ce que pourrait laisser entendre une appréhension
de niveau primaire et polémique de certains, cette terminologie
na rien dinfamant ni de rédhibitoire : elle exprime
seulement une nature, un état desprit, une nouvelle manière
dêtre pour tout dire.
Schématiquement, on croit pouvoir avancer au moins cinq facteurs
significatifs poussant dans ce sens. Le premier dentre eux est,
assurément, ladhésion de ce parti au cadre institutionnel
existant. Depuis le tournant stratégique et historique de loption
démocratique du congrès de décembre 1975, il aura
fallu pratiquement deux décennies pour que lUSFP approuve
en septembre 1996 la Constitution du Royaume. Cette décision marquait
un tournant dans le processus dintégration au système
politique puisque les fondements et larticulation des pouvoirs publics
étaient enfin acceptés en même temps que la centralité
du pouvoir royal dans cet édifice. Elle consacrait une démarche
déjà engagée dès les élections de 1976/1977
dans le sens dune intégration à des structures institutionnelles
locales et nationales.
Tournant
Deuxième-facteur:
la vocation gouvernementale de plus en plus affirmée de ce parti
dêtre associé à la direction des affaires publiques
au niveau national. Les négociations avortées sur les deux
premières tentatives de gouvernement dalternance (novembre
1993 et janvier 1995) participaient déjà de cette préoccupation.
Il aura fallu cependant attendre les élections de 1997 pour que
cette propension ou cette ambition si lon préfère
trouve un aboutissement concluant avec le cabinet Youssoufi, nommé
en mars 1998. Sauf à préciser que cette formule présentait
certains traits particuliers: elle ne procédait pas des urnes mais
dune volonté royale; elle impliquait lacceptation dun
compromis minimal qui était à prendre ou à laisser
(un domaine réservé" royal pour les départements
dits de souveraineté justice, affaires étrangères,
intérieur, affaires islamiques-; elle commandait une cohabitation
et un partage avec des partis issus de lancienne majorité
comme le RNI et le MNP pour former une majorité parlementaire.
Réglementation
En somme,
lUSFP acceptait son instrumentalisation comme composante structurante,
aux côtés dautres partis son nouveau statut
gouvernemental en faisait pour la première fois depuis 1960 un
parti comme les autres, se ralliant même à reculons à
un processus de banalisation. Elle tournait ainsi le dos à la fonction
dexception politique quelle mettait volontiers
en avant depuis des lustres au nom dun capital historique et symbolique
hérité du mouvement national.
Dans le même temps et cest une troisième donnée
en prenant la direction de ce cabinet depuis trois ans, lUSFP
laissait de côté les orientations de son programme électoral
et les références idéologiques qui le fondaient pour
adhérer de plain-pied à une politique économique
poursuivie par lÉtat et qui était celle-là
même définie par le Roi.
Il nest plus question alors de socialisme, de nationalisation ni
de planification directive mais dun libéralisme social articulé
sur léconomie de marché, la libre entreprise, lajustement
structurel de lappareil dÉtat - autant daxes
conformes à la médication recommandée par les institutions
financières internationales (FMI, Banque Mondiale) pourtant décriée
auparavant.
Une autre considération doit également être prise
en compte: celle relative à lacceptation dune certaine
pratique institutionnelle depuis trois ans. Il faut le dire: Me. Abderrahmane
Youssoufi, en sa qualité de Premier ministre, na pas vraiment
dérogé à cet égard par rapport à tous
ses prédécesseurs, loin de là. Il sest plié
sans rechigner mais sans doute avec des états dâme"
en son for intérieur
- à la conception que se faisait
le Roi feu SM Hassan II et SM Mohammed VI de son statut
et surtout de son rôle. Sa pratique effective du pouvoir réglementaire
que lui confie pourtant larticle 63 de la Constitution reste autolimitée
et bien modeste; le cantonnement de fait de laction gouvernementale
à des secteurs dattribution avec le dessaisissement de pans
entiers du domaine social tel le Fonds Hassan II doté de
ressources à hauteur de 7 milliards de DH ne paraît
pas faire lobjet dune interrogation de principe: sans parler
du cadrage constant de par les messages royaux ni de la lecture très
makhzénienne faite de larticle 30 de la Constitution (al.2)
relatif aux nominations aux emplois supérieurs par le Roi. Enfin
et ce nest pas le moins important la mutation en cours
de lUSFP se vérifie, me semble-t-il, dans un autre domaine:
celui de ladhésion de ce parti à une culture étatique
qui ne le distinguait pas dans le passé.
Cest sans doute le tribut et le corollaire dune nouvelle culture
gouvernementale devant prendre en charge lautorité de lÉtat,
la défense de lordre public, la protection des droits et
des libertés dans le cadre de la légalité; ce qui,
dailleurs, trouble certains militants de ce parti encore pétris
par les réflexes et les ressorts du passé et désespère
le microcosme de la nouvelle gauche et de quelques ONG nostalgiques des
ferveurs militantes dhier. LUSFP, donc, connaîtrait
une mue; cest là un faisceau déléments
qui en témoigne. Même la diplomatie et la politique étrangère
du Royaume confortent cette posture dun parti affirmant et confortant
sa vocation gouvernementale et soucieux de la prolonger au-delà
de 2002
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