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Mésaventure
de Tahar Benjelloun : son dernier roman, Cette Aveuglante absence
de lumière", édité chez Le Seuil, attise la
controverse.
Comme le signale la couverture du livre, luvre est une fiction,
inspirée de faits réels, basés sur le témoignage
dun ex-détenu, Aziz Binebine, qui a passé 18 ans dans
le bagne-mouroir de Tazmamart pour avoir participé au putsch de
1972.
Le malaise provient de deux causes essentielles :
Dabord le témoin lui-même, Aziz Binebine qui dénonce
dans une lettre ouverte, datant du mardi 9 janvier 2001, les conditions
de rédaction du livre ainsi que quelques éléments
du contrat ; ensuite les amis des anciens détenus qui crient à
limposture. Comment un écrivain qui sest tu, au temps
de la peur, se permet-il de parler au nom de la liberté et du droit?
Pendant ce temps, Tahar Benjelloun ne chôme pas, de plateau-télé
en conférence de presse, obligé de répondre aux accusations
des uns et au revirement des autres.
Un thème
vendeur
Deux affaires"
ont été révélées au public en moins
dun an.
En fait, limage du romancier-poète a été quelque
peu ternie par la première, laffaire de Fatna",
sa femme de ménage qui la accusé de mauvais traitements,
à la fin de lété 2000, via la presse française
et le comité contre lesclavage moderne, SOS esclavage.
Dans lédition du 9 septembre du quotidien français
Libération, le journaliste Stephen Smith nhésite pas
à écrire que lécrivain marocain lui aurait
fait part dune exploitation de cette affaire par les services secrets
marocains afin de le dissuader de sortir son roman.
Version formellement rejetée par Tahar Benjelloun, le jour même
dans Le Monde, puis dans une interview accordée à Maroc
Hebdo International (MHI N°431).
Le livre nétait pas encore sorti.
Aujourdhui, avec la sortie du livre et la promotion qui sen
suit, ce sont les réactions des anciens détenus des geôles
de Tazmamart, libérés en 1991, qui portent un coup dur à
notre Prix Goncourt.
Lécrivain
et le prisonnier
Principaux
reproches : son mutisme pendant leurs années de malheur alors que
des voix avaient commencé à fuser dès la fin des
années 70, de même que la récupération et lexploitation
dun thème vendeur.
Le Forum marocain pour la Vérité et la Justice ne mâche
pas ses mots. Larbi Maaninou, président de la section France du
Forum a déclaré dans un communiqué que Tahar Benjelloun
a choisi le silence sur le Maroc et le courage et laudace
sur lAlgérie ou la Palestine. Nous ne pouvons comprendre
quun intellectuel se taise devant lhorreur lorsque cette horreur
est chez lui et se transforme en donneur de leçons ailleurs dans
le monde". Féroce.
Lauteur, on le sait, revendique un statut dintellectuel engagé.
Rappelons à ce titre ses plaidoyers pour la Tchéchénie
ou, plus proches de nous, en 1995, ses diatribes contre linertie
de la gauche française au sujet des massacres en Algérie,
harangues qui lui avaient valu des reproches sur sa réaction tardive
-déjà!- et sur son silence sur le sort de ses propres compatriotes,
embastillés pendant des décennies dans les oubliettes du
Royaume.
Cest maintenant Aziz Binebine, ex-détenu et témoin,
qui réagit, par le biais dune lettre ouverte, remettant en
question les conditions mêmes de la rédaction du livre.
Nous avons contacté son frère Mahi, peintre et romancier
de renom qui ne conteste pas le choix du thème, considérant
quil nest lexclusivité de personne. Mon
frère, dit-il, était globalement content du roman".
Ce seraient plutôt les déclarations de Tahar Benjelloun à
la presse qui auraient provoqué leur colère.
Il dit que mon frère lavait supplié pour quil
écrive son histoire, alors que cest lui qui me harcelait
pour que je lui présente mon frère qui ne voulait pas raconter
son histoire pour des raisons personnelles. Tahar Benjelloun a le droit
décrire son texte, mais quil en assume pleinement la
paternité !".
Quant à la conclusion du contrat, elle aurait été
lobjet dun âpre marchandage -Certains diront que cest
de bonne guerre ! - Selon Mahi Binebine, lauteur naurait proposé
au départ que 10 % des droits dauteurs qui avoisinent les
800.000 francs nets (1FF= 1DH50), pour arriver au bout du compte à
un taux plus équitable de 50 %, sur lesquels il aurait déjà
perçu une avance de 408.500 FF, équivalant à 33%
du montant global.
La cabale
qui dure
Joint à
son bureau parisien, mardi 16 janvier, Tahar Benjelloun na pas caché
son exaspération par cette cabale" qui le visait personnellement.
Le jour même, Libération et Le Figaro ajoutaient leur grain
de sel à la polémique, notre ami téléguidé,
Gilles Perraut, criait à la lâcheté à lAFP,
pendant que lauteur de La Plus haute des solitudes se préparait
à se rendre sur le plateau-télé de LCI où
laffaire nallait pas tarder à être évoquée.
Car le succès a toujours quelque chose de suspect, avait-il déclaré
un jour, et jusque Mahi Binebine reconnaît que les adversaires de
Tahar Benjelloun ont trouvé là, une occasion à la
mesure de leurs ressentiments
Ce nest pas la première fois que ce natif de Tanger, installé
à Paris dès 1971 dérange par ses écrits, destinés
dit-on au public français et par la propulsion dêtres
exclus de la parole (prostituée, immigré, fou-sage, androgyne
).
Mais là au moins, il avait la possibilité de sabriter
derrière les méandres insaisissables de limaginaire.
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